Le besoin de nature, selon Louis Espinassous (3/4)

Le spectacle de la nature est toujours beau. – Aristote

L’exercice physique et l’élargissement émotionnel que les enfants apprécient dans les jeux non organisés sont plus variés et moins limités dans le temps que dans les sports organisés. Le temps de jeu – en particulier le jeu exploratoire, non structuré et imaginatif – est de plus en plus reconnu comme une composante essentielle du développement sain de l’enfant. – Richard Louv

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Chronique de « Besoin de nature » 

besoin nature louis espinassous

de Louis Espinassous, 240 pages, publié en 2014

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Louis Espinassous a multiples casquettes. Celle qui nous intéresse dans cette chronique, et peut-être sa plus connue, est celle de personne de référence dans l’éducation-nature. En particulier, Louis Espinassous a écrit des livres pour enfants, portant sur la nature, ainsi que des livres sur comment créer une connexion entre les enfants et la nature.

Ce livre porte sur un besoin fondamental de l’enfant, et plus généralement de l’être humain : le besoin de nature.

La chronique de ce livre fait l’objet d’une série de quatre articles. Cet article est le troisième de la série. Le premier se trouve ici : Le besoin de nature, selon Louis Espinassous (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Le mouvement urbain des jardins partagés est une formidable initiative ; cultiver un jardin partagé contribue à mettre en œuvre, de manière intégrée, différentes composantes essentielles à une vie épanouie : du « faire », du corps en mouvement et, bien entendu, une connexion privilégiée avec des éléments de nature : de la terre, du végétal, de l’animal.
  • Créer un jardin partagé, c’est contribuer à réintroduire de la nature dans la vie citadine, de la nature accessible pour l’expérience des sens : toucher, vue, gout, odorat, etc. Faciliter cette démarche devrait être inscrite dans toute politique de la ville.
  • Pour créer une connexion de qualité avec la nature, les encadrants d’enfants pourront mettre en œuvre une approche double :
    • intégrer plus de nature dans la vie quotidienne ;
    • partir régulièrement en « cure » de nature, c’est-à-dire passer plusieurs jours au milieu d’un environnement naturel : vacances, week-ends, « colos », classes vertes, etc. Ce peut être dans la forêt, à la campagne, à la mer (au bord ou dessus), à la montagne, à proximité ou dans un ailleurs plus lointain.
  • Autant que possible, les environnements naturels devraient être laissés à eux-mêmes, pour qu’ils puissent trouver un équilibre stable par eux-mêmes. L’influence de la gestion humaine devrait être réduite, car la complexité du fonctionnement de la nature nous dépasse.
  • La notion de politesse, que les enfants connaissent généralement bien, quel que soit leur niveau d’application concrète, peut être transposée à la nature : lorsqu’on est invité chez un ami, on s’attache à ne pas renverser des objets, à ne pas abîmer certaines zones du terrain, à ne pas vider le frigidaire, etc. De même, une fois dans la nature, on peut utilement s’interroger sur l’impact potentiel de son comportement : mes actes sont-ils supportables pour les autres et pour le milieu ? Dans une semaine ou dans longtemps, les autres pourront-ils avoir les mêmes bonheurs que moi aujourd’hui ?
  • La marche dans la nature est une activité physique qui ne génère pas d’essoufflement, ce qui permet de pouvoir bavarder en chemin. Et comme la marche est également une activité où le silence n’est pas jugé anormal, cette articulation entre silence et échanges bilatéraux produit souvent des temps de qualité avec les enfants.
  • Une activité particulière, en plus d’être associée à du plaisir et à de nombreux bénéfices pour la santé, produit des souvenirs durables dans la vie d’un individu : grimper aux arbres. Permettre cette activité à risque aux enfants demande de :
    • laisser les basses branches aux arbres ;
    • vaincre la peur associée au risque de chute. Ceci peut être facilité par un apprentissage de la grimpe :
      • où les mesures de sécurité de base sont soulignées auprès de l’enfant,
      • qui s’appuie sur une progression par essai et erreurs, adaptée au rythme d’apprentissage de l’enfant.
  • Construire une cabane dans un arbre permet d’articuler, symboliquement et réellement, ces deux besoins fondamentaux et contraires : le besoin de murs, de dedans, et le besoin de nature, de dehors.

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

L’enfant – et moi aussi – est libre de marcher seul, de se taire, ou de parler avec les copains ou avec moi. Et moi, je peux faire varier la distance avec l’enfant telle que je le veux et qu’il le veut. On peut se rapprocher, s’éloigner, marcher en silence, parler puis se taire, parler sans exiger une réponse. C’est la marche longue dans la nature qui le permet, qui crée cet espace de relation, cet espace éducatif unique.

La marche longue, le groupe qui s’étire, se regroupe, s’étire à nouveau, sous l’œil vigilant et attentionné de l’accompagnant, va permettre à chacun de choisir – sans que cela ne lui soit jamais imposé – sa dose de groupe, de petit groupe, de paire ou de soliplénitude.

Dans un travail régulier sur les souvenirs d’enfance avec des adultes, je suis frappé combien le pommier, le noyer, le figuier, le frêne, ou simplement « l’arbre de mon enfance », reviennent souvent. Souvenir d’heures entières, de jours entiers passés, seul(e) surtout, ou en bandes de frangins, cousins, copains, dans un refuge, un nid de réflexion ou de création, un lieu de jeu ou de construction de cabane. C’est toujours décrit comme un havre d’enfance, un appui, un pilier, comme si l’enfant se nourrissait d’instinct – je m’y nourris encore a plus de soixante ans – à toutes les qualités de l’arbre : puissance, sérénité, durée, stabilité, élévation.

Dans ma vie personnelle, familiale et professionnelle, je ne trouve quasiment aucune chute, juste quelques égratignures, une ou deux bosses, et strictement rien qui relève de l’accidentologie, même légère. Animateurs : la grimpe dans les arbres ne fait objet de législation qu’à partir de trois mètres, on a de la marge ! Ma petite fille (à peine six ans) grimpe et redescend allègrement dans le grand figuier où elle a son siège attitré, deux rondins calés à deux mètres de haut. « Son » figuier.

Après des dizaines d’années, des centaines de camps, des milliers d’enfants, avec les collègues, lorsque vient la question : « Ton plus beau souvenir du camp ? », les deux tiers répondent les nuits à la belle étoile. Parents, jeunes grands-parents, oncles, tantes, animateurs, directeurs d’accueil de loisir, de séjours de vacances, offrez-leur cette merveille : camper, ou mieux, partir camper une ou quelques nuits.

Le jeu libre dehors est plus important encore que les jeux organisés ou les activités encadrées. Permettez aux enfants de construire librement dehors une part essentielle de leur être au monde, de leur être aux autres et à eux-mêmes. Votre rôle parents, animateurs, enseignants, est de permettre et d’ouvrir ces temps libres, dehors, et de laisser jouer, en veillant de près ou de loin.

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La fin de cette chronique se trouve ici : Le besoin de nature, selon Louis Espinassous (4/4)

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Photo par Thomas Strandebø

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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