Le mouvement, un besoin fondamental pour la santé des enfants

Musique par Ronan Vernon

 

Demeurer le moins possible assis : ne prêter foi à aucune pensée qui n’ait été composée au grand air, dans le libre mouvement du corps – à aucune idée où les muscles n’aient été aussi de la fête. – Friedrich Nietzsche

Point de santé si l’on ne se donne tous les jours suffisamment de mouvement ; toutes les fonctions de la vie, pour s’effectuer convenablement, demandent le mouvement des organes dans lesquels elles s’accomplissent et de l’ensemble du corps. – Arthur Schopenhauer

 

Bonjour à tous !Mouvement sante enfants environnement

Cet article est le premier d’une série de trois articles, portant sur l’importance d’intégrer une grande variété mouvements dans le quotidien de nos enfants. Plus généralement, cette série s’inscrit dans mon projet de faire une synthèse des « basiques pour un corps d’enfant en bonne santé ».

 

Les analyses de ce blog s’appuient sur l’approche ancestrale, selon laquelle notre corps et ses besoins restent proches de ceux de nos ancêtres préhistoriques : à l’échelle de l’évolution, il n’y a pas eu suffisamment de temps et de pression de sélection pour que notre corps puisse complètement s’adapter au mode de vie moderne classique. C’est en particulier le cas de son aspect sédentaire. L’observation des populations actuelles de chasseurs-cueilleurs suggère qu’une grande variété de mouvements faisait partie du quotidien de nos ancêtres.

 

Intégrer une grande variété de mouvements dans la routine de nos enfants présente deux atouts importants, en matière de santé environnementale :

  • l’approche ancestrale, ainsi que de nombreux travaux de recherche récents, suggère qu’il s’agit d’un des besoins fondamentaux du corps humain, au même titre qu’une bonne alimentation ou qu’un sommeil adéquat. Or un corps en bonne santé est un corps qui neutralise et élimine efficacement les polluants auxquels il est exposé ;
  • le mouvement participe au bon fonctionnement du système lymphatique. Ce système contribue à l’élimination des toxines présentes dans le corps. Or contrairement à la circulation du sang, qui est assurée par le cœur, la circulation de la lymphe n’est pas assurée par un organe particulier : elle se base notamment sur les alternances contractions/relâchements des différents muscles du corps. Une grande variété de mouvements favorise donc l’élimination des polluants qui se sont introduits dans l’organisme.

 

Katy Bowman est chercheuse en biomécanique. Elle est souvent citée comme une référence mondiale du domaine. Certains parlent de « génie » de la biomécanique. Le contenu qu’elle partage sur son blog me parait être d’une grande qualité… tout en étant exprimé dans un style très informel, très pêchu, souvent non-conformiste, avec beaucoup d’humour : Katy Bowman me semble bien illustrer le fameux adage « faire du travail sérieux sans se prendre au sérieux » 😉

Pour aider le lecteur à comprendre l’importance du mouvement pour la santé, elle s’appuie sur une analogie avec l’alimentation :

  • lorsque l’on mange un aliment, les nutriments ingérés agissent comme des stimulus auprès des cellules : ils induisent certains comportements. Le mouvement agit d’une manière similaire, en utilisant comme stimulus les alternances contractions/relâchements des muscles ;
  • le corps a besoin d’une alimentation variée pour satisfaire tous ses besoins nutritionnels. De la même manière, une grande variété de mouvements est un besoin fondamental du corps humain. Katy Bowman parle de « mouvements nutritifs » (« nutritious movements») ;
  • être sédentaire en routine et penser pouvoir compenser par deux ou trois séances d’activité physique par semaine, c’est comme tenter de satisfaire les besoins nutritionnels du corps avec deux ou trois repas par semaine ;
  • faire toujours la même activité physique dans un objectif de santé, c’est comme tenter de manger équilibré en consommant toujours les mêmes 4 ou 5 aliments ;
  • comme les besoins alimentaires, les besoins de mouvements évoluent et varient en fonction de l’âge, des saisons, des spécificités de chacun et des besoins corporels du moment ;

 

Mouvement sante enfants environnement 3

 

  • la malbouffe (« junk food ») peut être définie comme « quelque chose que l’on mange [note de Guillaume : vous remarquerez qu’elle n’utilise pas le terme « aliment »] et qui fournit une satisfaction à court terme, au détriment de la santé à long terme ». Par analogie, Katy Bowman définit le malmouvement (« junk movement ») comme « une façon de bouger [note de Guillaume : ici aussi, à dessein, elle n’emploie pas le mot « mouvement »] qui fournit des bénéfices de fitness, au détriment de la santé à long terme ». La malbouffe peut parfois avoir une utilité, à court terme, par exemple pour quelqu’un d’affamé lorsqu’il n’y a pas d’autre source de calories disponible. « Mais la plupart d’entre nous consommons de la malbouffe pour d’autres raisons : praticité, facilité d’utilisation et de stockage, faible coût, etc. Ce modèle peut aussi être appliqué au mouvement. Pour la plupart d’entre nous, nos contraintes de temps ont rongé la place dans notre vie pour des mouvements variés, impliquant tout le corps, tout au long de la journée, en routine, tout au long de notre vie, ceux dont nos fonctions biologiques ont besoin. Au lieu d’un régime de « mouvements naturels », nous nous restreignons à de courtes sessions, où nous essayons de manipuler des variables dans l’espoir de reproduire, en 60 minutes, un effet similaire à celui que nous aurions eu sur une période de 24 heures. Faire de l’exercice est très pratique, c’est sûr, mais cela peut aussi être une version très transformée de ce que notre corps demande au mouvement. L’exercice physique classique peut être très pauvre en nutriments, le type de nutriments apportés par le mouvement. Pour faire court, l’exercice est la malbouffe du mouvement. » Katy Bowman a le sens de la phrase choc ! 🙂
  • « La raison pour laquelle nous nous efforçons de remplacer l’exercice (des mouvements transformés) par un mouvement naturel est la même raison que celle pour laquelle nous nous efforçons de remplacer les aliments transformés par des aliments naturels. Notre corps et tous ces procédés biologiques fonctionnent juste mieux ainsi ».
  • Faire de l’exercice reste bien meilleur que d’être (quasi) complètement sédentaire. Si les quelques mouvements répétés pendant une séance d’exercice correspondent à des mouvements naturels, alors l’exercice s’éloigne même de la malbouffe pour se rapprocher des suppléments alimentaires. « Mais de même que l’apport de compléments bien choisis n’arrive pas à la cheville d’une alimentation variée et peu transformée, ce type d’exercice ne peut remplacer la présence d’une grande variété de mouvements dans notre quotidien.»

 

Mouvement sante enfants environnement 2

 

Par ailleurs, Katy Bowman retient le mode de vie ancestral comme point de repère intéressant : « Nous vivons actuellement une période de sécheresse de mouvements. Oui, même les sportifs réguliers sont essentiellement sédentaires, comparé aux quantités et aux qualités de mouvements qu’utilisaient nos ancêtres. » ou encore « Le mouvement, dans un cadre naturel, n’était pas un objectif en lui-même : il se produisait à l’occasion de la satisfaction d’autres besoins biologiques » : chasser, cueillir, transporter divers objets lourds, construire un abri, porter les enfants, etc. Pour elle, ces différences avec les populations actuelles de chasseurs-cueilleurs concernent tout particulièrement les enfants : « une des différences les plus évidentes et les plus fréquentes, c’est la quantité et le type de mouvements qui ont lieu pendant la jeune enfance […] Tant de choses avec lesquels les adultes bataillent proviennent des profils de force et des schémas de mouvement qu’ils ont développés dans les premières années. »

 

La solution au défaut de mouvements se trouverait donc en dehors du temps consacré au sport, à l’exercice physique classique. « De plus en plus de travaux scientifiques pointent vers l’importance d’inclure une grande variété de mouvements dans notre quotidien. » Nous avons tous besoin d’être plus actifs physiquement tout au long de la journée, au cours de nos activités de routine ; de mettre en mouvement toutes les parties de notre corps, de façon variée. Des livres et des blogs entiers sont consacrés à ce sujet. Les contraintes de temps du mode de vie moderne classique « limitent souvent la quantité de mouvements que nous obtenons par jour. Mais à nouveau, ceci est dû au fait que nous considérons que le mouvement est forcément de l’exercice. De nombreuses manières d’augmenter la part de mouvement dans notre vie ne demande aucun temps supplémentaire, juste un changement d’habitudes ».

En cohérence avec le principe 20/80, je vous présenterai quelques bonnes pratiques et astuces simples proposées par Katy Bowman, à l’occasion d’un prochain article.

 

Une fois passées la crèche et les petites classes, nos enfants vont passer une bonne partie de leur journée assis devant un bureau. J’imagine que certains d’entre vous ont à cœur de les faire « se dégourdir les jambes » une fois la journée de classe terminée. Partagez vos astuces et vos bonnes pratiques dans les commentaires ! 

Photo par didomidesign&photography, Raphaël Labbé et Martine

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Références :

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15 Commentaires

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  3. Aurore

    J’essaye de faire plus de squats au quotidien, en plus de ma séance HIIT, par exemple quand je fais une lessive !

    Répondre
  4. Guillaume (Auteur de l'article)

    Moi aussi haha… c’est énorme ; je vais aussi penser à toi la prochaine fois que j’accrocherai des chaussettes au niveau bas de mon étendage, en squat !

    Répondre
  5. Yum

    Bonjour Guillaume,

    Merci pour cet article hyper intéressant, pour ma part, je ne connaissais pas bien ce besoin de mouvements variés du corps, ni Katy Bowman, ce sujet a l’air passionnant !

    Le fait que de l’exercice puisse être du « junk movement » est une révélation! Alors qu’à l’époque où j’avais le temps de courir 2 fois par semaine, j’étais trop fière de moi ;-p

    Vas-tu aborder ce que peut avoir comme conséquence sur la santé le fait de ne pas avoir assez de mouvements variés ?
    J’ai l’impression de voir des personnes autour de moi qui ne pratiquent qu’un seul sport mais ont l’air en forme ? Peut-être s’agit-il de personnes qui, en dehors de leur sport, sont amenées aussi à faire des mouvements assez variés ?

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  6. Guillaume (Auteur de l'article)

    Bonjour Yum

    Il me semble que c’est très bien de courir 2 fois par semaine 😉 C’est un exercice physique qui se base sur un mouvement de base. Le message de KB, tel que je le comprends, c’est qu’il faut juste que tu gardes en tête que ce n’est pas suffisant pour satisfaire l’ensemble des besoins du corps.

    Effectivement c’est toujours très compliqué d’avoir un avis sur des personnes extérieures, car on ne connait ni leur routine globale… ni leur vrai niveau de santé. Pour ma part, cela m’est arrivé plusieurs fois de juger quelqu’un en bonne santé en me focalisant sur les aspects chez lui qui ont l’air de bien fonctionner et qui dysfonctionnent chez moi… pour me rendre compte que d’autres aspects, souvent plus essentiels et moins visibles, dysfonctionnaient chez cette personne.
    Un autre élément de réponse, que KB a mis en avant quand quelqu’un lui a posé ce type de question : quelle est ta définition de bonne santé ? Faire du fitness améliorera des indicateurs liés au fitness (masse musculaire, explosivité, cardio, etc.), mais sera probablement moins efficace, et parfois carrément contre-productif, pour des indicateurs d’équilibre du corps, de bon fonctionnement du système global, de longévité, de capacité à se reproduire, etc.

    Répondre
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  10. amincissement lille

    Votre site est super Merci pour les infos

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  11. Guillaume (Auteur de l'article)

    Merci ! 🙂

    Répondre
  12. Blanche

    Hello Guillaume !
    Voilà un thème très intéressant ! Bravo ..Avec mon mari nous marchons 4 ou 5 fois par semaine avec les batons et les mouvements sont finalement très limités ! Ne penses-tu que les activités journalières (hors ceux qui sont au travail) procurent les mouvements variés dont notre organisme aurait besoin ?
    Blanche

    Répondre
    1. Guillaume

      Bonjour Blanche !
      Merci 🙂
      J’imagine que ça dépend du quotidien que tu as en tête. Un grand nombre de personnes passe la majeure partie de leur journée assis (travail, repas, transport…) ou allongé, ce qui est très récent à l’échelle de l’évolution.
      La suite de cet article devrait te donner d’autres éléments de réponses et de comparaison.
      A bientôt !

      Répondre
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