Comment éviter que des substances toxiques se retrouvent dans le sang des enfants, avec le Pr Jean-François Narbonne (3/5)

Il serait inacceptable, si les soupçons sont forts, d’attendre d’avoir l’ensemble des arguments (y compris chez l’homme) avant d’agir, parce qu’il serait trop tard et qu’on pourrait déjà avoir des conséquences sanitaires ou environnementales délétères. – Pr. Robert Barouki

L’accroissement des cancers ne peut s’expliquer seulement par le vieillissement de la population, puisque – l’OMS l’a démontré et rendu public dans le Lancet en 2004 – le cancer des enfants et des adolescents est un de ceux qui ont enregistré l’augmentation la plus forte depuis 1970 – Dr David Servan Schreiber

 

Chronique de « Sang pour sang toxique »

Sang toxique Jean-François Narbonne

Du Pr Jean-François Narbonne, 256 pages, publié en 2012

 

Jean-François Narbonne est professeur de toxicologie à l’Université de Bordeaux. Il présente des expériences de chercheur et d’expert auprès de l’agence sanitaire française (Anses). Il participe également à des groupes de travail au niveau de l’Union Européenne (UE) et de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Ce livre décrit la présence de substances préoccupantes dans l’environnement du quotidien, ainsi que les risques associés. L’auteur propose des recommandations pratiques pour s’en protéger.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties. Cet article est la troisième partie de la chronique. La première partie se trouve ici : Comment éviter que des substances toxiques se retrouvent dans le sang des enfants, avec le Pr Jean-François Narbonne (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Sur la base du retour d’expérience des pollutions émises pendant les 30 Glorieuses, les substances produites aujourd’hui sont, globalement, moins persistantes dans l’environnement. Cet évolution positive a aussi pour effet de complexifier l’évaluation des risques. Les substances initiales sont dégradées dans l’environnement, laissant place à des produits de dégradation appelés « métabolites ». Ces métabolites sont souvent plus solubles dans l’eau (hydrosolubles) que dans les graisses (liposolubles), et sont donc plus rapidement éliminés du corps humain, par les urines notamment. Ceci diminue leur probabilité de produire des effets sanitaires ; mais lorsque ces métabolites ont malgré tout eu le temps de causer un effet, ils pourraient avoir été éliminés au moment où des mesures sont effectuées pour identifier les causes de cet effet.
  • L’évaluation des risques cancérogènes des substances chimiques a fortement progressé au cours des dernières années. Cette progression s’explique notamment par une meilleure connaissance des mécanismes d’action moléculaire. Malheureusement, elle ne concerne qu’un nombre restreint de molécules, moins de 400, pour lesquelles les données de bases sont suffisantes.
  • Comprendre la différence entre danger et risque permet d’éclairer de nombreux débats :
    • le danger est la capacité d’une substance à induire des dommages sanitaires ou environnementaux. Par exemple, une substance est cancérigène ou reprotoxique ;
    • le risque, correspondant à un certain niveau d’exposition, est la probabilité d’être dans une situation où ces dommages peuvent apparaître. Par exemple, certaines substances peuvent être dangereuses mais ne présenter aucun risque préoccupant, si personne n’est exposé au-delà d’un certain seuil.
  • Le risque va dépendre :
    • des conditions d’exposition : dose absorbée, voie d’exposition, fréquence d’exposition…
    • de la sensibilité individuelle de la personne exposée : enfant, femme enceinte, personnes immunodéprimées…
  • Dans le cadre d’une évaluation des risques, préciser ces deux éléments est un exercice délicat, même pour les substances les plus connues.
  • Le développement du fœtus est une phase de grande vulnérabilité pour l’être humain : une seule exposition à une substance toxique, même de courte durée, peut entraîner des effets irréversibles.
  • La notion d’impact peut compléter les notions classiques de danger et de risques. Pour une exposition donnée, l’impact est le nombre d’individus atteint par un des effets de la substance. Par exemple, pour une substance cancérigène, l’impact correspondra au nombre de cancers induits. L’impact est généralement quantifié par des études épidémiologiques.
  • L’évaluation des risques a pour objectif de définir des mesures de gestion des expositions, avant tout impact : elle est prédictive et doit permettre d’éviter qu’un impact n’apparaisse.
  • Les méthodes actuelles d’évaluation de la toxicité des substances datent de 50 ans. Aujourd’hui, elles doivent être mises en cohérence avec les progrès techniques récents : bioessais, outils « omiques », biomarqueurs, modélisation informatique…
  • Depuis les années 1990, de nombreux travaux scientifiques ont détecté des substances toxiques dans le liquide amniotique. Les substances classiquement détectées comprennent le DDT, le DDE, des HAP, des métaux lourds, des résidus de médicaments…
  • Mise en place en 2002, en Bretagne, la cohorte « Pélagie » permet d’étudier l’impact de contaminants environnementaux sur le développement du fœtus et de l’enfant. Parmi ces contaminants, les résidus de pesticides font l’objet d’une attention particulière : les populations y sont exposées via les usages domestiques et, en particulier en Bretagne, par l’atmosphère et l’alimentation. L’exposition de la population générale aux pesticides est supposée de faible niveau, mais elle reste mal connue aussi bien en France que dans les autres pays.
  • Cette cohorte a inclus près de 3 500 femmes, enceintes entre 2002 et 2006. Une sélection de pesticides a été recherchée dans leurs urines. Les mesures obtenues sont des informations indirectes sur l’exposition des fœtus. Elles peuvent être mises en regard de l’évolution de l’état de santé des enfants, tout au long de leur croissance, avec deux objectifs :
    • identifier les substances dont la présence est associée à certaines maladies ;
    • quantifier un seuil à partir duquel des effets peuvent apparaître.
  • En pratique, la tâche des gestionnaires du risque peut être complexe : ils doivent souvent décider de mesures sans avoir toutes les certitudes scientifiques… et en tenant compte de critères sociétaux et économiques. Pour pouvoir se protéger au mieux, des actions au niveau individuel constituent un complément important.

 

Sang toxique Jean-François Narbonne 3

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Le risque est une probabilité, un calcul statistique, d’apparition des dommages dans une situation donnée. Un exemple est donné par l’utilisation de sa voiture. La voiture est un danger : on peut se tuer ou écraser quelqu’un avec. Si je prends la voiture pour aller à mon travail ou en vacances, quelle est la probabilité d’avoir un accident mortel ou d’être gravement blessé (la voiture étant le vecteur, la mort ou les blessures les dommages) ? En fait le risque dépendra de la météo, de l’état de la route, de la densité de la circulation, du bon état de marche de la voiture, de l’état du conducteur (ébriété, fatigue, expérience).

L’impact réel [d’une substance est] le nombre d’individus atteint par les effets. Par exemple, pour l’usage de la voiture, l’impact est le nombre de morts et de blessés par an.

Si la détection d’effets immédiats graves (intoxication aiguë) est sans ambiguïté et que le facteur causal est facilement identifiable (ingestion de champignons toxiques par exemple), il en est pas de même pour les effets liés à une exposition chronique nécessitant un long délai d’apparition (cancer) ou pouvant affecter l’enfant via l’exposition maternelle. L’apparition de l’effet est alors bien trop tardive pour prendre des mesures de prévention, c’est ce que je traduis par « compter les morts après la bataille ».

Il s’agit maintenant de donner de vraies réponses aux citoyens sur les risques liés à la pollution et de changer un système trop longtemps basé sur la minimisation de risques trop longtemps considérés comme le « prix à payer du progrès ».

Les taux de cotinine (le biomarqueur de l’exposition au tabac) retrouvés chez les enfants confirment que l’exposition au tabac perdure, particulièrement dans les familles de faible niveau socio-économique.

La pollution environnementale n’affecte pas que les enfants de milieu défavorisé. En effet, plusieurs polluants affectent davantage les enfants de familles de niveau socioéconomique élevé.

Le sang maternel étant le véhicule de plusieurs centaines de composés chimiques potentiellement toxiques, il est devenu capital d’estimer l’intensité de leur passage trans-placentaire.

Le placenta n’est pas du tout imperméable au passage des contaminants, surtout des composés les plus lipophiles (solubles dans les graisses). […] Le fait que la barrière hématoencéphalique ne soit pas mature augmente l’exposition du cerveau aux composés chimiques au cours de son développement. Par ailleurs, le foetus ayant une plus faible capacité de détoxification et d’excrétion, les niveaux des substances chimiques sont plus élevés dans le sang de l’enfant que dans celui de la mère. Comme, en parallèle, un certain nombre de processus de différentiation et de développement cellulaires se produisent au cours de cette période critique, il y a un risque important d’effets irréversibles. […] En plus de l’exposition trans-placentaire, il existe une voie d’exposition extraplacentaire via le liquide amniotique.

Les autorités sanitaires françaises accusent quant à elles un retard de 20 ans concernant les programmes de biosurveillance.

[Les expositions] pré- et postnatales sont nettement plus inquiétantes que les expositions au cours des autres périodes de la vie. La détection de ces substances chimiques dans le sang des plus jeunes et des membres les plus vulnérables de notre société implique des mesures fortes de gestion pour la protection de la santé publique.

Au cours des 50 dernières années, des maladies infectieuses comme la poliomyélite ou la diphtérie ont largement diminué mais des maladies chroniques d’origine moins identifiable les ont remplacées : asthme, cancers, altérations du comportement (autisme, hyperactivité, perturbations des fonctions de reproduction (5 à 10 % des couples américains sont stériles et la moitié des enfants conçus n’arrivent pas à terme), etc. D’autre part, on note une forte augmentation de maladies métaboliques comme le diabète et l’obésité, hausse qui s’est produite pendant une période très précise : de la fin des années 1960 à la fin des années 1990. Ceci correspond exactement au pic de pollution associé aux « 30 Glorieuses », époque au cours de laquelle la pollution industrielle et agricole s’est fortement développée, en particulier dans les pays occidentaux.

En ce qui concerne les affections neurologiques, plusieurs études récentes aux États-Unis ont indiqué une augmentation de l’incidence de l’autisme qui serait aujourd’hui 10 fois plus importante que dans les années 1985. Le nombre d’enfants traités pour des altérations du comportement, qu’il s’agisse d’un déficit d’attention simple ou du trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), a aussi fortement augmenté au cours de la précédente décennie. D’autres indicateurs montrant une altération du système nerveux chez l’enfant sont rapportés, comme la diminution des capacités mnésiques et d’apprentissage ou la diminution du QI et de l’audition.

Dans la région de Montpellier, on note un doublement des cas de micropénis en 20 ans tandis que le syndrome de pseudohermaphrodisme mâle a été multiplié par 2,5. Il est indéniable que les fonctions de reproduction ont été altérées chez l’homme et le taux de couples stériles est maintenant supérieur à 10 % aux États-Unis et en Europe.

 

La quatrième partie de cette chronique se trouve ici : Comment éviter que des substances toxiques se retrouvent dans le sang des enfants, avec le Pr Jean-François Narbonne (4/5)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Omer Ziv

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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