Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (4/5)

Il serait inacceptable, si les soupçons sont forts, d’attendre d’avoir l’ensemble des arguments (y compris chez l’homme) avant d’agir, parce qu’il serait trop tard et qu’on pourrait déjà avoir des conséquences sanitaires ou environnementales délétères. – Professeur Robert Barouki

Deux des plus hautes autorités internationales en matière de gynécologie (International Federation of Gynecology and Obstretics) et d’endocrinologie (Endocrine Society) ont poussé un cri d’alarme fin 2015 sur les nombreux risques liés à l’exposition prénatale aux polluants chimiques, et en particulier aux perturbateurs endocriniens. – Dr Laurent Chevallier

 

Chronique du livre « Les perturbateurs endocriniens »

Perturbateurs endocriniens Olivier Kah

d’Olivier Kah, 208 pages, publié en 2016

 

Olivier Kah est un neurobiologiste, spécialiste du système hormonal et du système nerveux. Il est directeur de recherche émérite au CNRS.

« Les Perturbateurs endocriniens » dresse un bilan des connaissances sur les polluants environnementaux qui perturbent le système hormonal. Au niveau individuel, ce livre propose également des bonnes pratiques visant à réduire les expositions préoccupantes.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties ; cet article est le quatrième article de la chronique. Le premier article se trouve ici : Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Au final, selon les scientifiques endocrinologues, il est extrêmement difficile de démontrer l’existence de seuils d’innocuité dans le domaine de la perturbation homonale.
  • Les jeunes enfants, qui jouent beaucoup à terre et portent souvent les mains à la bouche, sont fortement exposés par les substances qui se sont agrégées sur les poussières domestiques.
  • Les produits d’usage domestique ou les matériaux de construction peuvent contenir des polluants, dont plusieurs retardateurs de flamme qui sont des perturbateurs endocriniens.
  • Une voie d’exposition classique aux perturbateurs endocriniens est le passage à travers la peau. Par exemple, des produits cosmétiques et des produits ménagers peuvent être particulièrement riches en phtalates, alkylphénols ou bisphénol A.
  • D’une manière générale, sauf exception, établir un lien de causalité certain entre la présence d’une substance et des affections observées est un exercice extrêmement difficile. Cette difficulté complique la prise de décision des pouvoirs publics.
  • Les agriculteurs sont les principaux utilisateurs de pesticides. Néanmoins, ces produits sont très utilisés par les consommateurs contre les espèces jugées nuisibles ou indésirables : shampoings antipoux, plaquettes antimites, produits antirongeurs, antifourmis ou antimoustiques, traitements contre les tiques et autres parasites des animaux de compagnie… Par ailleurs, de nombreux insecticides et fongicides sont utilisés, à titre préventif ou curatif, pour traiter les bois extérieurs et intérieurs.
  • Au cours des 20 dernières années, de nombreuses publications scientifiques ont montré la présence de pesticides dans le corps des animaux et des êtres humains, de tout âge.
  • En France, en 2008, le plan Ecophyto l a visé à une réduction de 50 % de l’utilisation des pesticides dans un délai de 10 ans. Cet objectif ne sera malheureusement pas tenu : une augmentation de 5 % a même été recensée entre 2009-2011 et 2011-2013.
  • En 2014, le plan Ecophyo II reprend cet objectif de 50 % de réduction en 10 ans, 25 % à l’horizon 2020 et 50 % en 2025 : un objectif toujours aussi ambitieux, puisqu’une augmentation de 9% a été enregistrée en 2014.
  • Le Bisphénol A (BPA) est un perturbateur endocrinien qui était très répandu dans les plastiques, notamment à usage alimentaires. Cette substance a fait l’objet d’interdictions réglementaires en France. Néanmoins, l’ampleur de ces effets toxiques restent un sujet de controverse scientifique.
  • Les produits de substitution sont également un sujet de préoccupation, car ils sont bien moins étudiés que le bisphénol A et pourtant largement utilisés. Les bisphénols S et F font partie de ces produits de substitution ; de premières études ont montré une capacité de perturbation endocrine similaire à celle du bisphénol A.
  • La définition réglementaire d’un perturbateur endocrinien est un sujet à forts enjeux financiers et industriels. De cette définition découle le nombre de substances concernées par de futures réglementations restrictives. Compte tenu des multiples modes d’action impliqués, établir une définition est également un exercice délicat du point de vue technique.
  • Avec les bisphénols, les phtalates constituent une famille de plastifiants connus pour inclure des perturbateurs endocriniens. 90 % des phtalates produits sont utilisés pour assouplir le PVC. Le second domaine d’utilisation des phtalates est la cosmétologie : ils sont classiquement utilisés dans les produits cosmétiques (parfums, shampoings, vernis à ongles…) comme agents fixateurs et assouplissants. Dans le contexte de ces deux utilisations principales, les phtalates peuvent facilement être libérés dans l’environnement, car les liaisons chimiques qui les relient aux produits peuvent aisément être rompues : chauffage, évaporation spontanée, migration vers un solvant, vieillissement.
  • Les phtalates se trouvent dans de nombreux objets du quotidien qui contiennent du plastique : revêtements vinyle, adhésifs, films d’emballage, tuyaux d’arrosage, jouets (en particulier les jouets gonflables), chaussures et bottes en plastique, textiles imperméables, consoles de jeux, couches, capsules gastro-résistantes, etc.
  • Les bonnes pratiques recommandées dans ce livre comprennent :
    • pour le lavage des mains, ne pas utiliser de produits à base d’antibactériens, en particulier ceux contenant du triclosan ; préférer donc les savons simples comme le savon de Marseille ;
    • éviter d’acheter des produits alimentaires enrobés de plastique ; si ce n’est pas possible, enlever l’emballage et stocker les produits dans des récipients en verre ;
    • pour les femmes enceintes, limiter la consommation de poissons se trouvant en haut de la chaîne alimentaire. Par mesure de prudence, éviter aussi la consommation de crustacés, qui ont tendance à accumuler les métaux lourds.
    • réduire la consommation de viande et de charcuterie. Cette recommandation s’applique surtout aux produits issus de pays hors Union Européenne, pour lesquels les ajouts d’additifs et de conservateurs peut être imparfaitement connue.

 

Perturbateurs endocriniens Olivier Kah 4

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

À la sortie de la guerre, l’agriculture chimique, acclamée par l’INRA [note de guillaume : Institut national de la recherche agronomique] et encouragée par les gouvernements successifs, s’impose et conduit à une nette augmentation des rendements. Pour les exploitants, la solution « pesticide » était la solution de facilité : moins de travail, plus de rendement, à court terme, cela tient du miracle.

La plupart des lecteurs de cet ouvrage ont été ou sont contaminés par un ou plusieurs pesticides. Le souci est qu’il leur sera très difficile de dire quand et où cette contamination s’est produite et cela pose tout de même un réel problème de fond du point de vue éthique.

Les pratiques qui consistent à préparer les biberons en plastique au four micro-ondes ou à réchauffer de la nourriture dans des récipients en plastique doivent être absolument bannies. De la même manière, il est tout à fait déconseillé de faire chauffer le contenu de boîtes de conserve dans la boîte elle-même.

Il est établi que la charge corporelle en BPA est plus élevée chez les jeunes enfants que chez les adultes, une constatation qui s’expliquerait par le fait que la capacité de métabolisation des xénobiotiques chez les enfants est plus faible, ce qui peut conduire à une plus grande accumulation.

La recommandation est donc, surtout pour les femmes enceintes ou les parents de jeunes enfants, d’être extrêmement vigilants avec les objets en plastique et de les bannir de la maison autant que possible, en particulier de la cuisine, de la salle de bains et des chambres d’enfants.

Les revêtements de sol en PVC sont à éviter dans les chambres des enfants. Il a été clairement montré que les revêtements de sol renferment des phtalates interdits dans les jouets destinés aux bébés !

En dehors des laboratoires de recherche, dans la vraie vie, les organismes animaux ou les populations humaines sont presque toujours exposés à des mélanges de substances chimiques dont les effets sont extrêmement délicats à évaluer. Vous pouvez effectivement être exposé à plusieurs pesticides simultanément ou bien à une soupe chimique de composition extrêmement variée pouvant inclure, outre des pesticides, des dérivés de plastique, des métaux lourds, des PCB ou encore des retardateurs de flamme. Pour tous ces composés, en matière de régulation, les valeurs de référence sont toujours calculées sur des substances prises individuellement.

Le problème, c’est que le comportement du mélange est absolument imprévisible et ne peut en aucun cas être déduit des propriétés de chacune des substances qui le composent prises individuellement. […] Sans être spécialiste, on voit tout de suite le problème posé, d’un point de vue réglementaire, par l’exposition à ces mélanges. En effet, comment extraire, chez un individu donné, l’effet d’une substance particulière alors même que cet individu est exposé à tout un tas d’autres molécules. Ou encore, comment tester toutes les combinaisons possibles de molécules ? Cela paraît extrêmement délicat, voire impossible.

 

La dernière partie de la chronique se trouve ici : Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (5/5)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Southern Foodways Alliance

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3 Commentaires

  1. Zaza

    D’une manière générale, il est bien difficile de définir un seuil d’innocuité pour les perturbateurs endocriniens. De plus, avec les effets cocktails, plusieurs substances présentes à des concentrations sans risque peuvent générer un risque préoccupant

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Le principe de précaution demande que des mesures proportionnées soient prises sans attendre un impact sanitaire avéré (donc élevé) et reliable à une substance particulaire, si tant est que ce soit possible. Tout le débat me semble être sur l’aspect « proportionné » des mesures à prendre, au regard des incertitudes existantes

      Répondre
      1. Guillaume (Auteur de l'article)

        Un des objectifs de ce blog est d’éclairer les décisions des parents, en partageant des informations et des retours d’expérience

        Répondre

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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