Protéger les enfants des pollutions du dehors, avec le chercheur Rémy Slama (2/5)

Les événements n’appartiennent au hasard que tant qu’on ne connaît pas les lois générales de leur catégorie. – Guy-Ernest Debord

La pollution de l’environnement [est] la véritable cause de l’émergence et de l’extension de ce premier continent médical que constituent aujourd’hui le cancer, l’obésité et le diabète de type 2. – Pr Dominique Belpomme

 

Chronique du livre « Le mal du dehors »

Mal dehors Remy Slama

de Rémy Slama, 376 pages, publié en 2017

 

Rémy Slama est directeur de recherche à l’Inserm, où il pilote une équipe spécialisée en épidémiologie environnementale. Par ailleurs, il est président du comité scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens.

Ce livre propose une synthèse des connaissances sur l’influence de l’environnement sur la santé.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Lorsqu’évaluer l’exposition à certaines substances s’avère difficile, par exemple lorsque les sources d’émission sont imparfaitement connues, réaliser des mesures directement dans des parties du corps humain (sang, cheveux, urine…) est une option intéressante. Ce type de mesures est appelé « biosurveillance ».
  • En population générale, une des études de biosurveillance les plus connues est l’étude NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey), aux États-Unis, dont les premiers résultats remontent à la fin des années 1970. D’après cette étude, la majorité des organismes contient des métaux lourds (mercure, plomb, cadmium…), des retardateurs de flamme bromés (PBDE), des pesticides organochlorés, du bisphénol A, des perchlorates, de l’acrylamide… soit des centaines de substances liées aux activités humaines, qui n’étaient pas présentes dans les organismes de nos ancêtres il y a 100 ans.
  • Les tests toxicologiques peuvent être réalisés sur des animaux, souvent des rongeurs (rats ou souris). Néanmoins, des différences de fonctionnement existent avec l’organisme humain. Ces tests constituent donc une barrière de sécurité qui n’est pas infaillible, un premier filtre qui ne peut garantir l’innocuité sur l’être humain avec certitude.
  • La notion de « faibles doses », très souvent employée, ne correspond pas à une définition rigoureuse et consensuelle. Par exemple : doses pour lesquelles un effet systématique n’est plus observé, doses inférieures à celles pour lesquelles des effets sont démontrés, doses auxquelles est classiquement exposée la population générale… Ces définitions partagent un point commun : les gammes de doses associées peuvent évoluer dans le temps, avec l’augmentation des connaissances et des performances techniques. Mais, selon les acteurs considérés, la définition retenue devra être précisée sous peine de potentiels contre-sens et d’incompréhensions.
  • Les tests de toxicité réglementaires considèrent les substances considérées individuellement. Ils ne prennent pas en comptent les effets associés aux mélanges de substances (« effets cocktails », potentiellement synergiques). Or, le plus souvent, les expositions réelles sont des expositions à des mélanges.
  • L’épidémiologie est l’étude de la fréquence et des déterminants des troubles de la santé des populations humaines, ainsi que des moyens de l’améliorer ; l’épidémiologie environnementale s’intéresse plus particulièrement aux déterminants environnementaux.
  • La toxicologie est essentiellement expérimentale et basée sur des modèles animaux, cellulaires ou moléculaires. L’épidémiologie, elle, est essentiellement observationnelle et centrée sur l’espèce humaine.
  • Les mesures des expositions et des effets est un domaine technique qui se trouve au cœur des études épidémiologiques. La qualité de ces mesures détermine grandement la qualité des résultats obtenus.
  • Chaque mesure est associée à un niveau d’erreur et d’incertitudes. Ce niveau peut être lié à différents facteurs : limites techniques des équipements de mesure, aspects logistiques, complexité des paramètres étudiés…
  • Identifier la bonne fenêtre d’exposition est également un aspect essentiel d’une bonne mesure. Par exemple, pour le pesticide « DDT », un des polluants les plus connus depuis le livre Printemps silencieux de Rachel Carson, différentes études n’ont pas mis en évidence d’effet sur le risque de cancer du sein ; une explication est que ces études se sont focalisées sur les expositions à l’âge adulte, alors que la fenêtre de vulnérabilité principale semble plutôt être la vie intrautérine.

 

Remy slama dehors sante environnement2

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Pour les substances les mieux caractérisées et dont l’effet est certain (polluants atmosphériques, rayonnements ionisants), l’allure des relations dose-réponse est beaucoup plus clairement en faveur de l’absence que de la présence d’un seuil [d’innocuité].

Quantifier les cas attribuables à l’exposition ne signifie pas les identifier. Cette identification est rendue difficile, sinon impossible, par la nature multifactorielle de la plupart des maladies considérées. Comme dans la majorité des cas, les expositions environnementales ne sont pas des conditions suffisantes de la maladie, le nombre de cas attribuables à un facteur est inférieur au nombre de cas exposés à ce facteur. Certaines personnes exposées au facteur développeront la maladie du fait d’autres causes génétiques ou environnementales.

Un sujet non-fumeur vivant depuis 20 ans dans une zone urbaine polluée et développant un cancer du poumon peut très bien avoir été exposé toute son enfance au radon, et il n’y a pas à l’heure actuelle de marqueur cellulaire ou moléculaire évident indiquant si sa tumeur est plus vraisemblablement due aux particules ou au radon.

Aucune étude isolée, qu’elle soit réalisée sur l’humain ou l’animal, de nature observationnelle ou expérimentale, ne permet à elle seule d’établir la causalité.

La causalité, telle qu’issue de la pratique des agences sanitaires, est, plutôt que le résultat d’une ou d’un ensemble d’études scientifiques réalisées par une seule discipline, le fruit d’un processus de construction d’un consensus d’experts examinant la « théorie », l’ensemble des connaissances accumulées par de nombreuses disciplines sur les effets sanitaires d’une substance. Quand ce corpus permet de construire un modèle satisfaisant concernant l’action de la substance sur l’organisme humain, les experts pourront tomber d’abord sur l’existence d’un lien de cause à effet, ou en tout cas considérer qu’il est prudent, du point de vue de la gestion du risque, de faire comme s’il était certain que l’exposition A causait la maladie B.

L’étude de l’exposome est aujourd’hui plus délicate que celle du génome, qui a un unique support (l’ADN) et qui est, à certaines mutations près, identique dans toutes les cellules non germinales d’un individu, variant très peu au cours du temps. Il n’y a pas de support unique pour l’exposome, qui est de nature variable au cours du temps, et on n’a pas encore identifié de façon précise et complète de le quantifier à partir de prélèvements biologiques.

Il n’est pas facile de dire précisément combien de ces substances sont dangereuses car, pour une grande partie, et en particulier celles commercialisées depuis longtemps, peu de tests ont été faits. L’EPA américaine estimait en 1998 que, sur 2 800 substances chimiques fortement produites, 43 % n’avaient aucune donnée de toxicité, 50 % avaient des données de toxicité incomplètes ; pour seulement 7 %, on disposait de données considérées complètes sur les tests de toxicité. S’il avait fallu évaluer toutes ces substances en ayant recours aux tests toxicologiques classiques sur l’animal, 3,5 millions d’animaux auraient dû être sacrifiés.

Les autorités ne savent pas précisément le nombre de substances chimiques présentes dans l’environnement, ou même dans les produits de consommation.

Le métabolisme d’une substance, en effet, peut parfois donner naissance à un composé plus actif ou toxique que ne l’était le composé parent… Une telle situation est bien connue pour la pharmacopée : dans le cas de nombreux médicaments, tels que l’aspirine, ce n’est qu’après le métabolisme de phase I (par la famille des cytochromes généralement) que la substance devient active ; ainsi, chez un sujet déficient du point de vue de ces enzymes, l’aspirine restera sans effet. Par un mécanisme similaire, la sensibilité à un composé chimique peut dépendre de l’expression de ces enzymes.

Récemment, des chercheurs européens, incluant en France l’équipe de Bernard Jégou, ont identifié que des médicaments comme les analgésiques (tels que le paracétamol) peuvent avoir une action de perturbateur endocrinien. Cette situation est préoccupante du fait de la fréquence relativement élevée de la consommation de ces analgésiques, y compris pendant la grossesse, et du fait que des substances chimiques d’origine non médicamenteuse, comme l’aniline, semblent pouvoir se métaboliser en paracétamol dans l’organisme, entraînant l’exposition au paracétamol de sujets qui n’ont pourtant pas pris le médicament…

 

La suite de cette chronique sera publiée dans quelques jours !

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Andrew Sweeney

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