Protéger les enfants des pollutions du dehors, avec le chercheur Rémy Slama (1/5)

L’obligation de subir nous donne le droit de savoir. - Jean Rostand

Quelle sottise que de s’attendre à mourir d’un affaiblissement de nos forces qu’apporte l’extrême vieillesse, vu que c’est la mort la plus rare de toutes et la moins répandue ! – Michel de Montaigne

Chronique du livre « Le mal du dehors » Le mal du dehors Remy Slama - couverture du livre de Rémy Slama, 376 pages, publié en 2017

 

Rémy Slama [1] est directeur de recherche à l’Inserm. Il pilote notamment une équipe spécialisée en épidémiologie environnementale. Par ailleurs, il est président du comité scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens.

Ce livre propose une synthèse des connaissances sur l’influence de l’environnement sur la santé.

 

« Le mal du dehors » de Rémy Slama : quelques informations et points de vue intéressants

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Souvent, les pollutions environnementales sont invisibles. Cet aspect constitue une difficulté pour :
    • inciter à la prévention et à la protection des populations, notamment celles les plus sensibles : femmes enceintes, enfants, personnes âgées…
    • suspecter/identifier ces pollutions comme des facteurs de risque pour certaines maladies.
  • En une dizaine de générations, l’espèce humaine a modifié son environnement comme jamais auparavant dans l’histoire de la planète. Pour cette nouvelle ère, on parle d’« anthropocène ».
  • Au milieu du XXe siècle, la révolution chimique a permis la synthèse de médicaments, dont les antibiotiques, de matières plastiques et de pesticides.
  • La production de substances de synthèse était faible en 1900. Elle a atteint un million de tonnes par an en 1930, puis un milliard de tonnes en 1990.

Cette production continue d’augmenter.

  • Pour la majeure partie des maladies chroniques d’aujourd’hui, leur survenue ne correspond pas à un programme issu des gènes. De plus, elle n’est pas non plus attendue à partir d’un âge donné à cause du vieillissement. Elle est plutôt déterminée par une interaction entre les caractéristiques génétiques, les comportements individuels et l’environnement.
  • L’exposition à certains polluants environnementaux peut générer des effets avec un décalage dans le temps. Ce décalage peut être de plusieurs années, voire dizaines d’années. Dans certains cas, des effets peuvent même apparaître sur les générations suivantes.
  • En règle générale, les tests toxicologiques réglementaires portent sur des rats et durant deux à trois ans. En particulier, ils ne permettent pas d’assurer l’absence d’effets présentant de tels décalages.
  • Parmi les substances pouvant causer ce type d’effet, certaines ne restent pas longtemps dans l’organisme. Certaines pathologies peuvent donc se déclarer dans un organisme, à un moment où la substance impliquée n’y est plus présente

« Le crime est parfait. »

  • Les chimistes ont inventé et produit un nombre considérable de substances. Le nombre de produits chimiques actuellement sur le marché reste difficilement imprécisément connu. La réglementation européenne fournit un premier ordre de grandeur, indirectement, car elle implique une phase de pré-enregistrement. Ainsi, en 2012, les demandes ont porté sur environ 144 000 substances.
  • Ce chiffre exclut les substances aujourd’hui interdites. Néanmoins, certaines d’entre elles persistent dans l’environnement et dans les organismes.
  • Parmi ces une ou deux centaines de milliers de substances sur le marché, plusieurs milliers sont produites ou importées à plus de 1000 tonnes chaque année.
  • A l’échelle de l’évolution, le corps a été, en quelque sorte, façonné par l’environnement naturel dans lequel l’être humain évoluait.
  • Les marques épigénétiques (littéralement, ce qui se trouve « sur les gènes ») gouvernent l’expression des gènes. Or ces marques semblent beaucoup plus sensibles aux facteurs environnementaux que l’ADN des gènes. Cette sensibilité pourrait être liée à leur fonction : adapter le fonctionnement du corps aux caractéristiques de l’environnement. Ce mécanisme adaptatif de court terme est utile pour la survie. Néanmoins, il pourrait favoriser l’impact sanitaire des polluants environnementaux.
  • En effet, sans modifier la séquence d’ADN d’un organisme, l’exécution du programme associé peut être perturbé. En particulier, cette perturbation peut découler d’une modification de marques épigénétiques.

 

 

Le mal du dehors Remy Slama

 

« Le mal du dehors » de Rémy Slama : quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Les pathologies ou décès attribuables aux polluants ne surviennent pas avec une étiquette permettant de les identifier comme tels — ce qui peut s’expliquer par le fait que la pollution est une cause « distante » de la pathologie, alors que les outils des médecins ne permettent que d’identifier la ou les causes les plus proches, c’est-à-dire les mécanismes biologiques éventuellement induits par la pollution. Identifier les causes des causes requiert une autre approche.

Jamais notre espèce n’avait eu une telle empreinte sur son milieu de vie, altérant l’environnement, changeant la nature et la quantité des substances présentes atteignant l’organisme humain. C’est un peu comme si, en une dizaine de générations, l’espèce humaine avait changé de planète.

Le développement de ce champ de la santé environnementale, comme beaucoup d’histoires scientifiques, est l’histoire de l’émergence de phénomènes initialement invisibles que la science a su rendre visibles. D’une certaine façon, ces sciences du champ de la santé environnementale, et l’épidémiologie en premier lieu, sont des sciences des catastrophes invisibles. Si elles sont à première vue moins bruyantes et si la survenue de leurs effets s’étale sur de plus longues périodes, nous verrons que nombre de ces catastrophes invisibles ont malheureusement des conséquences sanitaires d’une ampleur bien plus vaste que les catastrophes visibles — par exemple une explosion industrielle — dont les effets sont de mieux en mieux maîtrisés dans les pays du Nord.

[Obtenir des cartes de pollution atmosphérique, telles que celles pour les oxydes d’azote ou les particules en suspension] est beaucoup plus délicat, voire impossible dans la plupart des pays d’Europe dont la France, quand il s’agit par exemple de modéliser les niveaux de pesticides dans l’air ambiant, la réglementation n’obligeant pas de constituer de tels inventaires spatialisés d’usage ou d’émission pour les pesticides. Ainsi

Le ministère de l’Agriculture n’a pas de suivi détaillé de l’utilisation de ces substances dans l’espace et dans le temps.

Pour un tiers des substances, humains et rongeurs utilisés en laboratoire n’auraient pas la même sensibilité. Comme indiqué dans le titre d’un article de René Habert, « L’homme n’est pas un gros rat ». Cela illustre le fait que l’utilisation d’une espèce animale ne peut généralement pas permettre de prédire avec certitude la façon dont une autre espèce réagira.

La toxicologie réglementaire ayant tendance à s’appuyer sur des critères classiques (mortalité, poids des organes, pathologies, malformations) et des tests validés et acceptés par tous les acteurs du monde industriel pour réglementer l’entrée et l’utilisation de substances sur le marché (ces tests sont débattus au sein de l’OCDE), ce qui rend cette discipline plutôt conservatrice dans ses pratiques. Les chercheurs académiques ajoutent avec le temps de nouveaux critères qu’ils jugent plus sensibles, mais qui peuvent être des altérations biologiques dont l’impact clinique n’est pas toujours connu.

Les modalités et durées d’exposition et de suivi peuvent elles aussi différer, les études sur plusieurs générations étant rares en toxicologie réglementaire alors qu’elles sont de plus en plus fréquentes dans les travaux des chercheurs universitaires. Cette approche académique va ainsi considérer un nombre d’effets sanitaires ou de marqueurs précliniques plus important, dans des conditions d’exposition elles aussi très variables en termes de fenêtre d’exposition et de dose, et sur des espèces et modèles bien plus nombreux que ceux considérés par la toxicologie réglementaire.

 

Pour la suite

La suite de cette chronique se trouve ici. Protéger les enfants des pollutions du dehors, avec Rémy Slama (2/5)

 

Cette chronique de « Le mal du dehors », de Rémy Slama, met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes. En particulier, les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

 

Références – « Le mal du dehors » de Rémy Slama

  1. Rémy Slama. Notamment Directeur de l’Institut pour la Recherche en Santé Publique (IReSP). Lien.

Photo notamment par Nishant Chinnam

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