Comment protéger les enfants des pesticides présents dans l’environnement du quotidien (1/6)

Renforcer la recherche sur le devenir des pesticides dans l’environnement et leurs effets sur la santé doit constituer une priorité pour les Pouvoirs Publics. – recommandation du Comité de la prévention et de la précaution

Une pomme reçoit en moyenne 36 traitements aux pesticides. – France Nature Environnement

 

Bonjour à tousPesticides enfants sante environnement

Cet article est le premier d’une série portant sur les risques liés à la présence de pesticides dans l’environnement du quotidien, considérés du point de vue de parents souhaitant protéger la santé de leurs enfants. Dans cette série, j’apporterai des éléments de réponses aux questions suivantes :

  • Qu’entend-on par « pesticides » ? Quels sont les principaux pesticides rencontrés dans l’environnement de la population générale ?
  • Que connait-on des dangers associés à ces pesticides ?
  • Que connait-on de l’exposition de la population générale et des enfants à ces pesticides ?
  • Quels sont les enjeux sanitaires identifiés à ce jour ?
  • Quelles sont les fausses croyances les plus courantes que les pesticides ?
  • Quelles bonnes pratiques permettent de diminuer les expositions des enfants ?

Ce premier article a pour objectif de présenter les principaux pesticides auxquels les enfants peuvent être exposés, ainsi que les préoccupations associées.

 

Qu’entend-on par « pesticide » ?

Etymologiquement, « pesticide » provient des termes latins « caedere » (tuer) et « pestis » (fléau) [1].

D’une manière générale, un pesticide est un mélange de substances chimiques, naturelles ou de synthèse, visant à repousser ou à détruire des espèces jugées nuisibles [1-4]. Ces espèces peuvent être des végétaux ou des animaux, potentiellement sous forme de micro-organismes.

En pratique, des critères détaillés de définition peuvent varier selon les contextes d’utilisation et les réglementations [1].

 

Un produit pesticide est généralement composé :

  • d’une substance active, qui procure la toxicité visée ;
  • de substances complémentaires – solvants, adjuvants, coformulants, etc. – qui visent à apporter des effets complémentaires, favorisant l’action de la substance active ou facilitant l’utilisation du produit. Par exemple : amélioration du taux de pénétration dans une plante.

 

A l’échelle mondiale, selon les auteurs, entre 20 000 et 100 000 produits pesticides sont commercialisés. Ces produits se basent sur environ 900 substances actives [1, 2, 5, 6]. En France, environ 10 000 produits sont commercialisés [1].

Le terme générique « pesticides » désigne donc une très grande famille de produits, dont les modes d’actions, la toxicité et le devenir dans l’environnement sont très variés. Par conséquent, à moins de considérer une interdiction totale des pesticides, la gestion des risques ne peut pas se traduire par des règles (simples et) applicables à tous les pesticides [7].

 

Quelles sont les utilisations actuelles des pesticides ?

A un premier niveau, les produits pesticides sont divisés en deux catégories [2, 8-12], correspondant à deux cadres réglementaires distincts :

  • les produits phytosanitaires. Etymologiquement, ces produits visent à promouvoir la « santé des plantes ». En pratique, cette catégorie inclut les pesticides utilisés pour prévenir ou traiter les maladies des végétaux. Par extension, les produits phytosanitaires incluent aussi les produits visant à contrôler certains parasites de végétaux. Ces produits sont principalement utilisés en agriculture et dans les jardins, domestiques ou publics. Dans le domaine agricole, les pesticides sont généralement utilisés dans l’objectif de faciliter l’exploitation des cultures et de maximiser les rendements ;
  • les produits biocides. Etymologiquement, ces produits visent à tuer (« cide ») des organismes vivants (« bio »). En pratique, cette catégorie inclut les pesticides utilisés hors des zones cultivées, dans l’objectif de détruire ou de repousser des espèces nuisibles. Les contextes associés sont variés : conservation du bois, désinfection en milieu hospitalier, usages domestiques contre des insectes indésirables, etc.

A un deuxième niveau, les pesticides sont classés selon leur fonction [2, 3, 8]. Par exemple :

  • les herbicides agissent contre les mauvaises herbes ;
  • les fongicides agissent contre les champignons et les moisissures ;
  • les insecticides agissent contre les insectes.

 

Les pesticides peuvent être utilisés dans différents contextes [2, 4] :

  • protection de produits d’intérêt – produits agricoles, denrées alimentaires, bois, etc. – à différents stades : production, stockage, commercialisation, etc.
  • lutte contre des espèces pouvant être des vecteurs de maladies humaines ou animales.

 

Pesticides enfants sante environnement2

 

Pourquoi s’inquiète-t-on des pesticides ?

Les pesticides sont des produits qui ont pour objectif d’agir sur le vivant. Souvent, ils sont spécifiquement conçus pour être toxiques sur certaines espèces-cibles, en perturbant des mécanismes de fonctionnement de leur organisme.

Or certains mécanismes de fonctionnement sont partagés par de nombreuses espèces [2, 3, 13-17], à des degrés de similitude variables. Par conséquent, chaque pesticide, en fonction des mécanismes ciblés, pourrait affecter les espèces utilisant des mécanismes similaires, notamment les êtres humains.

 

Par ailleurs, les utilisations ne semblent pas être réduites au strict nécessaire. Par exemple :

  • au cours des auditions de la Mission commune du Sénat pour l’information sur les pesticides et leur impact sur la santé et l’environnement [2], en 2012, « plusieurs représentants du monde agricole» ont indiqué que « l’utilisation de pesticides ne relevait pas toujours d’une absolue nécessité mais constituait une « technique sécurisante » ». En particulier, Guy Paillotin, secrétaire perpétuel de l’Académie d’agriculture, évoque une « dépendance des agriculteurs, une addiction dont il faut sortir ».
  • Ce point de vue fait écho aux résultats de l’enquête Écophyto R&D [18], réalisée en 2010. Selon cette enquête, l’habitude est la raison principale des traitements fongicides et insecticides sur le colza dans environ 25 % des cas, sur le blé tendre et sur les pois dans environ 30 % des cas.
  • concernant les aliments destinés à la consommation directe, comme les fruits et les légumes, une partie des traitements vise à assurer un « zéro défaut visuel » [2]. C’est par exemple le cas pour l’absence de piqûres visibles sur les pommes.

 

Quelles ont les principales familles de pesticides qui peuvent exposer les enfants ?

En première approche, les principales familles de pesticides sont présentées synthétiquement dans le tableau ci-dessous, accompagnées de quelques informations générales [1-3, 5, 6, 13, 14, 16, 19-23].

 

Familles chimiques

 

 

Exemples de substances et de produits Périodes d’utilisation Caractéristiques – Aspects préoccupants
Métaux lourds Méthylmercure, vert de Paris (acéto-arsénite de

cuivre)

 

Du XIXe siècle aux années 1950-70

 

Nombreux effets associés, dont des troubles du développement du fœtus et du jeune enfant.

Le mercure et l’arsenic font partie des « Dix produits chimiques qui posent un problème majeur de santé publique » de l’OMS

Organochlorés

 

DDT, aldrine, dieldrine, chlordane, heptachlore, chlordécone 1940 – années 1970 (DDT)

1940-1992 (chlordécone aux Antilles françaises)

 

Effets sanitaires associés : Maladie de Parkinson, altération du foie, des reins, cancers

Très persistants dans l’environnement et l’organisme

Organophosphorés

 

 

Chlorpyrifos, diazinon,

malathion, parathion…

 

Surtout > 1970

Beaucoup sont encore très utilisés

Effets associés : toxicité pour le système

nerveux (ciblent l’acétylcholinestérase, une enzyme cruciale pour le fonctionnement du système nerveux central et périphérique), troubles comportementaux, baisse de QI, troubles de la reproduction, cancers, perturbations du système hormonal

Généralement peu persistants

Carbamates

 

Aldicarb, carbofuran, carbaryl Ciblent l’acétylcholinestérase, comme les organophosphorés

Effets associés : toxicité sur le système nerveux, troubles de la fertilité

Peu persistants

Pyréthroïdes

 

Alléthrine, cisméthrine,

fenvalerate, perméthrine

Effets associés : toxicité sur le système nerveux, allergies, fatigue, perte d’appétit, baisse des performances cognitives
Néonicotinoïdes

 

Imidaclopride (composé

actif du Gaucho®), thiamétoxame, acétamipride

> 1990

Actuellement les insecticides les plus utilisés dans le monde

Dérivés chlorés, assez persistants

Insecticides agissant sur le système nerveux des

insectes (ciblant généralement les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine).

Effets associés (moins étudiés à ce stade) : neurotoxicité

 

Voilà pour ce premier article d’informations générales. Les dangers associés aux pesticides sont nombreux et de différents types. Quels sont ceux qui concernent la population générale et les enfants ? C’est ce que nous allons approfondir dans le deuxième article de la série, qui se trouve ici : Comment protéger les enfants des pesticides présents dans l’environnement du quotidien (2/6)

 

Et vous, quels sont les aspects liés aux pesticides que vous trouvez les plus préoccupants ? Dites-le moi dans les commentaires !

.

Photos par Oregon Department of Agriculture et Inhabitat

Références

  1. Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Pesticides – Effets sur la santé. Expertise collective. 2013.
  2. Bonnefoy N. Rapport d’information fait au nom de la mission commune d’information sur les pesticides et leur impact sur la santé et l’environnement – Tome 1 : Rapport. 2012.
  3. American Academy of Pediatrics (AAP). Pediatric Environmental Health. Library of Congress 2012.
  4. Martin D, Menuel G. Rapport d’information déposé par la mission d’information commune sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Assemnlée Nationale, 2018.
  5. Landrigan PJ, A ER. Textbook of Children’s Environmental Health. Oxford University Press 2014.
  6. Landrigan PJ et al. The Lancet Commission on pollution and health. The Lancet, 2018. 391(10119): p. 462-512.
  7. Bard D et al. Year Book Santé et environnement – Édition 2017. 2017.
  8. Marano F et al. Toxique ? – Santé et environnement : de l’alerte à la décision. Buchet-Chastel 2015.
  9. Ministères en charge de l’environnement et de la santé. Troisième Plan National Santé Environnement (PNSE3). 2015. https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/pnse3_v_finale.pdf.
  10. Comité de la prévention et de la précaution (CPP). Risques sanitaires liés à l’utilisation des produits phytosanitaires. 2002. https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/CPP%20avis%20200202_0.pdf.
  11. Parlement européen, 2009. Règlement (CE) no 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les directives 79/117/CEE et 91/414/CEE du Conseil. https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2009/1107/oj.
  12. Parlement européen, 2012. Regulation (EU) No 528/2012 of the European Parliament and of the Council of 22 May 2012 concerning the making available on the market and use of biocidal products (Text with EEA relevance) https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2012/528/2014-04-25.
  13. Slama R. Le mal du dehors – L’influence de l’environnement sur la santé. Éditions Quæ 2017.
  14. Demeneix B. Cocktail toxique. Odile Jacob 2017.
  15. Carson R. Printemps silencieux. Wildproject Editions 2014 (Silent Spring : 1962).
  16. Kah O. Les Perturbateurs endocriniens. Éditions Apogée 2016.
  17. Cicolella A. Toxique Planète. Le Seuil 2013.
  18. Institut national de la recherche agronomique (INRA). Enquête Écophyto R&D – Quelles voies pour réduire l’usage des pesticides ? . 2010. https://www6.paris.inra.fr/depe/content/download/3496/33902/version/1/file/EcophytoRD-8pages-VFweb3.pdf.
  19. Chevallier L. Le Livre antitoxique. Fayard 2013.
  20. Frumkin H. Environmental Health: From Global to Local – 3rd Edition. Jossey-Bass 2016.
  21. Grandjean P. Cerveaux en danger. Buchet-Chastel 2016.
  22. NIEHS/EPA Children’s Environmental Health and Disease – Prevention Research Centers. Impact Report – Protecting Children’s Health Where They Live, Learn, and Play. U.S. Environmental Protection Agency (EPA), 2017. EPA/600/R-17/407.
  23. Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Découvrir l’eau – Dégradations – La pollution par les pesticides. http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/degradation/06_pollution.htm. [Consulté le : 15/10/2018]
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

5 Commentaires

  1. Karine

    Moi ce qui m’angoisse avec les pesticides, c’est que les effets peuvent apparaître des années après, parfois des dizaines d’années après. Et je suis sure que pour la plupart, on ne peut pas faire le lien à ce moment là… d’ailleurs on y pense même pas. Donc si on ne peut pas voir ces effets en laboratoire (les rats vivent trois ans max) et qu’on n’est pas capable de faire un lien quand les effets apparaissent beaucoup plus tard, alors moi je n’en veux pas dans l’assiette de ma famille, et surtout pas dans celle de mes enfants… c’est que c’est fragile ces petites bêtes là !

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Les effets retardés sont surtout établis pour les personnes les plus exposées, si j’ai bien compris, à savoir principalement les populations d’agriculteurs. Mais l’absence de preuve de risque n’est pas forcément une preuve de l’absence de risque, on est bien d’accord. Ce type d’argument me parait appuyer le choix d’appliquer le principe de précaution.
      Concernant les effets chroniques, les tests toxicologiques réglementaires, à mon sens, couvrent très imparfaitement les effets de long terme (cf. par exemple l’analyse de Robert Barouki : http://prevention.blog.lemonde.fr/2013/05/20/les-mecanismes-de-la-toxicite-a-long-terme/). Malheureusement, la problématique s’étend donc au-delà des pesticides !

      Répondre
  2. Isa

    Le plus flippant c’est que ceux interdits il y a plusieurs années sont encore détectés aujourd’hui

    Répondre
  3. Guillaume (Auteur de l'article)

    C’est particulièrement vrai pour les pesticides historiques, dont la persistance du DDT est un symbole, avec une demi-vie d’environ 15 ans. Le DDT fait partie des « douze salopards », le surnom donné aux 12 premiers polluants organiques persistants (POP) de la convention de Stockholm.
    Pourrait s’y ajouter des phénomènes de relargage, lié à la remobilisation de pesticides présents dans les sols par l’érosion des couches superficielles
    https://www.larecherche.fr/node/35736

    Répondre
  4. Pingback: Comment protéger les enfants des pesticides présents dans l'environnement du quotidien (3/6)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
Hello. Add your message here.