Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (5/5)

Annoncer ce qu’il convient de faire pour préserver notre santé et celle de nos enfants, en montrant non pas seulement l’intérêt évident de le faire, mais surtout les conséquences roboratives et jubilatoires qu’on peut retirer d’un retour à la nature, afin que nous retrouvions l’harmonie et la joie de vivre que nous avons perdues. – Pr Dominique Belpomme

L’incertitude ne doit pas conduire à l’inaction. – troisième Plan national santé environnement (PNSE3) 

 

Chronique du livre « Les perturbateurs endocriniens »

Perturbateurs endocriniens Olivier Kah

d’Olivier Kah, 208 pages, publié en 2016

 

Olivier Kah est un neurobiologiste, spécialiste du système hormonal et du système nerveux. Il est directeur de recherche émérite au CNRS.

« Les Perturbateurs endocriniens » dresse un bilan des connaissances sur les polluants environnementaux qui perturbent le système hormonal. Au niveau individuel, ce livre propose également des bonnes pratiques visant à réduire les expositions préoccupantes.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties ; cet article est le quatrième article de la chronique. Le premier article se trouve ici : Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les nanoparticules, en raison de leur très petite taille, sont susceptibles de pénétrer jusque dans les cellules. Cette pénétration leur permet d’interférer avec les fonctions physiologiques de des cellules. Mais également, plusieurs études ont montré que des perturbateurs endocriniens peuvent s’adsorber sur les nanoparticules, et ainsi pénétrer plus facilement dans les cellules.
  • Plus de 200 produits chimiques ont été associés avec l’incidence croissante de tumeurs au sein. Dans ces conditions, il est difficile d’en incriminer un en particulier.
  • L’obésité est multifactorielle ; elle est liée notamment à la combinaison d’une prise de nourriture trop importante, d’un manque d’activité physique et d’une susceptibilité génétique. Néanmoins, de plus en plus d’études suggèrent que les perturbateurs endocriniens pourraient être un autre facteur favorisant l’apparition de l’obésité.
  • Les retardateurs de flamme font également partie des familles de perturbateurs endocriniens les plus connues. Il s’agit de substances ajoutées à des produits de consommation courante, visant à la déclaration du feu, et ainsi respecter des normes réglementaires anti-incendies.
  • Les PBDE son des retardateurs de flamme particulièrement préoccupants. Des expositions précoces (femmes enceintes, jeunes enfants) ont été associés à des retards de développement et à des troubles des fonctions cérébrales.
  • Les PBDE, une fois libérés des produits de consommation auxquels ils avaient été ajoutés, ont tendance à se retrouver dans les poussières des habitations, au niveau du sol. Dans ce contexte, les enfants en bas-âge sont particulièrement exposés, car ils jouent souvent au sol et portent fréquemment leurs mains et des objets à la bouche. C’est pourquoi il est essentiel d’aérer et d’aspirer fréquemment les pièces où vivent des enfants : plusieurs études ont démontré que les taux de PBDE sont dix fois supérieurs chez les enfants par rapport aux adultes.
  • Certains médicaments courant, pouvant faire l’objet de pratiques d’automédication, peuvent aussi perturber le système endocrinien. Par exemple, il est recommandé aux femmes enceintes de consulter leur médecin avant toute prise d’antalgiques. En particulier, la prise d’ibuprofène et d’aspirine est déconseillée, car susceptible d’affecter le fœtus.
  • À la suite d’actions de lobbying industriel de grande ampleur, la définition réglementaire d’un perturbateur endocrinien, retenue au sein de l’Union Européenne, est beaucoup moins protectrice que les premières définitions proposées par les fonctionnaires en charge du dossier, ce que déplorent grandement les ONG. Plusieurs aspects présentent des préoccupations ; pour qu’une substance soit soumise à des réglementations restrictives :
    • les preuves de perturbation doivent porter sur les populations humaines ; les preuves sur l’animal ne sont pas suffisantes ;
    • un lien de causalité doit être démontré entre le mode d’action endocrinien et les effets adverses observés sur les populations, ce qui est très lourd et donc très rare en pratique.
  • Concrètement, le niveau de preuve demandé avant d’agir est très élevé : peu de substances seront concernées ; un tel niveau de preuve est un choix qui n’est pas protecteur pour les populations : la régulation ne pourra intervenir que si des dommages auront été observés et strictement reliés à l’action de la substance, autrement dit une fois que des impacts significatifs auront eu lieu. En particulier, un grand nombre de substances, pourtant caractérisées par de très nombreuses études scientifiques comme étant des perturbateurs endocriniens, seront exclues du champ réglementaire.
  • Cette position est d’autant plus étrange que, dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, de nombreux essais sont réalisés sur des animaux avant de tenter des essais cliniques chez l’Homme. Donc, dans le cas de la mise sur le marché d’un médicament, cette parenté entre l’Homme et l’animal est reconnue dans la démarche et est utilisée comme référence.
  • Les bonnes pratiques recommandées dans ce livre comprennent :
    • éviter les sodas et jus de fruits industriels ;
    • filtrer l’eau du robinet et acheter de l’eau minérale dans des bouteilles en verre ;
    • éviter les rideaux de douche en vinyle, qui peuvent libérer de fortes quantités de phtalates ;
    • choisir les produits cosmétiques contenant le moins d’additifs possibles ; éviter les produits dont la composition inclue le terme « fragrances » ou « parfums » ;
    • préférer un chapeau, des manches longues et une exposition progressive au soleil plutôt que l’utilisation de crèmes solaires ;
    • remplacer les anciens thermomètres à mercure (aujourd’hui interdits à la vente) par de nouveaux modèles sans mercure.

 

Perturbateurs endocriniens Olivier Kah 5

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Vous vous demandez sans doute ce que le législateur fait pour protéger votre santé, celle de votre famille et, d’une manière générale, celle de l’environnement. Et vous serez peut-être surpris d’apprendre que pratiquement … rien n’est fait ou pas grand-chose.

Dès 1999, l’Union européenne reconnaissait que les outils réglementaires étaient inadaptés pour protéger efficacement les citoyens et établissait sa « stratégie communautaire concernant les perturbateurs endocriniens » afin « d’aborder d’urgence le problème des perturbateurs endocriniens nocifs pour la santé et pour l’environnement ». […] Près de 20 ans plus tard, force est de constater que cette attitude velléitaire a laissé place à une politique attentiste au service de la grande industrie.

Une célèbre phrase de Rachel Carson : « Our fate is connected with the animaIs » (notre destin est lié à celui des animaux). Pour le biologiste que je suis, c’est l’évidence même et il est vraiment choquant de constater que les problèmes ne commencent à être pris au sérieux que lorsque l’Homme avec un grand H est concerné. Que les coraux, les insectes, les mollusques, les crustacés, les poissons, les grenouilles, les pandas ou les baleines disparaissent semble n’avoir aucun caractère de gravité. Pourtant, pour de nombreux scientifiques, il est absurde d’appréhender de manière différente l’impact des perturbateurs endocriniens sur la santé humaine et les effets potentiels sur la faune sauvage.

L’ensemble des connaissances acquises dans les 30 dernières années sur l’évolution des hormones et de leurs récepteurs montre très clairement qu’il existe des liens de parenté, parfois extrêmement étroits entre les systèmes de signalisation hormonale chez l’Homme et chez les animaux. En d’autres termes, ce qui est mauvais pour un poisson ou pour une grenouille est, dans la plupart des cas, mauvais pour l’Homme.

La poussière est une source majeure d’exposition quotidienne aux perturbateurs endocriniens.

Nous vivons à présent au quotidien dans une soupe chimique, dont les effets à long terme sur la santé et l’évolution des espèces sont largement inconnus. Les bébés naissent « prépollués » et les dernières découvertes scientifiques donnent à croire qu’il y aurait un lien entre les expositions in utero et l’augmentation de l’incidence d’un certain nombre de pathologies.

Très préoccupants aussi sont les travaux suggérant que la pandémie d’obésité serait liée à l’exposition de nos grands-parents à des doses importantes de DDT, ce qui, en d’autres termes, veut dire que des anomalies épigénétiques générées par l’environnement de votre grand-mère pourraient être en partie responsables de la survenue de maladies deux générations plus tard. De tels mécanismes de transmission épigénétique transgénérationnelle ne seraient pas le propre de l’Homme et sont déjà documentés chez les plantes, les vers, les mouches, les poissons, les rongeurs et les porcs.

 

Mon avis

Les « + » :

  • Des explications techniques et détaillées qui font du bien, pour un sujet qui me semblent souvent abordé assez superficiellement. Ces explications clarifient bien les principaux mécanismes à avoir en tête pour comprendre les enjeux liés aux perturbateurs endocriniens.
  • Tous les perturbateurs endocriniens classiques font l’objet d’une monographie claire et détaillée : pesticides, plastifiants, retardateurs de flamme… Très précieux, en complément des monographies de Barbara Demeneix.

Les « – » :

  • Certains passages (éléments introductifs sur la théorie de l’évolution, historique et conséquences des pratiques agricoles) présentent des descriptions et des argumentations moins robustes.
  • Un ton militant inattendu par endroit (des accusations sans argumentation précise, contre des lobbies industriels par exemple), qui surprend dans un livre introduit par un objectif d’information scientifique.

Photo par Tristan Nitot

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1 Commentaire

  1. Morgan ELEGOET

    Bonjour,
    Enfin un blog intelligent qui prodigue d’excellents conseils.
    Merci à vous.
    Morgan ELEGOET Article récent : Test des meilleures tablettes tactiles enfants.My Profile

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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