Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (3/5)

Les perturbateurs endocriniens sont désormais partout. Chez tous les humains, qu’ils habitent Manhattan, Romorantin, l’Arctique canadien, la forêt tropicale, le désert de Gobi ou le bassin du Congo, comme l’attestent de nombreux examens du sang réalisés ici ou là. Et chez tant d’animaux qu’aucune liste n’en viendrait à bout. – Fabrice Nicolino

La perturbation endocrine peut survenir à des concentrations bien plus faibles que celles qui inquiètent habituellement les toxicologues. Parfois, les concentrations élevées peuvent interrompre les effets qui se produisent à faibles doses. – André Cicolella

 

Chronique du livre « Les perturbateurs endocriniens »

Perturbateurs endocriniens Olivier Kah

d’Olivier Kah, 208 pages, publié en 2016

 

Olivier Kah est un neurobiologiste, spécialiste du système hormonal et du système nerveux. Il est directeur de recherche émérite au CNRS.

« Les Perturbateurs endocriniens » dresse un bilan des connaissances sur les polluants environnementaux qui perturbent le système hormonal. Au niveau individuel, ce livre propose également des bonnes pratiques visant à réduire les expositions préoccupantes.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties ; cet article est le troisième article de la chronique. Le premier article se trouve ici : Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les systèmes endocriniens de l’Homme et des animaux présentent de fortes similarités. Par exemple, la localisation, l’organisation et les fonctions de l’hypothalamus ont été grandement conservées au cours de l’évolution des vertébrés. La plupart des hormones qui y sont synthétisées sont semblables, sinon identiques.
  • Cette similitude de systèmes endocriniens, au sein des vertébrés, a une conséquence importante : si une substance chimique de synthèse peut perturber le système endocrinien d’un poisson ou d’une grenouille, il est probable, voire pratiquement certain, qu’elle peut aussi perturber le système endocrinien de l’Homme.
  • Dans ce contexte, il n’est pas toujours nécessaire d’attendre d’observer – trop tard – des effets chez l’espèce humaine pour interdire certains produits.
  • Le tissu adipeux constitue le plus grand réservoir de graisses du corps humain, comme beaucoup de personnes le savent. Ce qui est moins connu, c’est que le tissu adipeux est également une glande : il secrète des hormones (notamment de la leptine) qui régule la sensation de satiété. Certains perturbateurs endocriniens, appelés « obésogènes », perturbent son fonctionnement. Les polluants les plus soupçonnés sont POE, des phtalates, des pesticides, les tributylétains et des dioxines.
  • De nombreux perturbateurs endocriniens sont lipophiles ; ils s’accumulent dans les graisses des organismes animaux.
  • Dans le fonctionnement général du corps, une hormone agit de manière ponctuelle. Une fois enclenchée l’action visant à revenir à l’état d’équilibre (homéostasie) ou à répondre à un objectif particulier du corps, l’hormone est dégradée et éliminée. En particulier, une hormone n’a pas à être présente en permanence. Dans ce cadre, l’exposition régulière ou continue à des substances mimant des hormones peut générer des effets délétères.
  • Les tests de toxicité réglementaires ne permettent que rarement de rendre compte de la spécificité de la réponse hormonale. C’est là une différence fondamentale entre un effet hormonal, relayé par un récepteur bien précis dans un endroit précis, et un effet toxique qui affectera de la même manière à peu près toutes les cellules de l’organisme.
  • Le rôle des hormones change au cours de la vie. Par exemple, elles n’ont pas le même rôle pour un embryon, en plein développement et donc très vulnérable, et un individu adulte, dont le développement est achevé.
  • L’exposition de rates gestantes à certains perturbateurs endocriniens, dans des expériences de laboratoire, montrent que la production de sperme est perturbée chez certains ratons de la première génération suivante, mais surtout, chez certains ratons de la deuxième et de la troisième génération. La lecture perturbée des gènes a pu se transmettre à plus de trois générations ; elle touche donc des ratons qui n’ont jamais été exposés.
  • La toxicologie moderne s’appuie sur le principe de Paracelse : « Rien n’est poison, tout est poison: seule la dose fait le poison ». Pour les toxicologues, les risques liés à une substance diminuent progressivement avec la dose, jusqu’à disparaître. Ce principe est également à la base de la réglementation actuelle sur les produits chimiques, par exemple le fameux concept de « dose journalière admissible » introduit dans les années 1960-70.
  • Pour une large partie de la communauté scientifique, les principes de la toxicologie ne s’appliquent pas aux perturbateurs endocriniens.
  • Les doses auxquelles agissent les perturbateurs endocriniens sont bien inférieures à celles habituellement considérées dans le cadre des études toxicologiques. De plus, les paramètres affectés par des perturbateurs endocriniens ne sont généralement pas pris en compte dans le cadre de ces études.
  • Un perturbateur endocrinien peut avoir un effet retard, c’est-à-dire qui ne se révélera que des années plus tard, voire des dizaines d’années plus tard. Les études toxicologiques actuelles ne prennent pas en compte ce type d’effet, pas plus que les effets transgénérationnels.
  • Les bonnes pratiques recommandées dans ce livre comprennent :
    • remplacer les ustensiles de cuisine en plastique par des instruments en métal ou en bambou ;
    • remplacer les gobelets, les bols et les cruches en plastique par des exemplaires en verre ;
    • privilégier la consommation de produits certifiés bio ;
    • conserver la nourriture dans des récipients en verre ;
    • ne jamais réchauffer de la nourriture au micro-ondes dans des récipients en plastique, car la libération de bisphénols et de phtalates sont plus élevée à haute température. Utiliser plutôt des récipients en céramique ou en verre ;
    • éviter également de couvrir la nourriture de film étirable quand elle chauffée au micro-ondes, pour les mêmes raisons.

 

Perturbateurs endocriniens Olivier Kah 3

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Les effets [des perturbateurs endocriniens] ne se voient pas tout de suite, mais peuvent apparaître à la naissance ou encore à la puberté ou plus tardivement encore (troubles de la fertilité chez l’adulte).

En 2013, l’Union européenne devait produire une nouvelle définition de ce qu’est un perturbateur endocrinien, ceci à des fins réglementaires. Cependant, sous la pression de certains lobbys industriels qui sont intervenus au plus haut niveau de la Commission européenne, l’adoption de cette définition a été repoussée à juin 2016.

Dans bien des cas, les tests de toxicité classique n’ont aucune valeur prédictive en dehors de celle de prévoir que, à fortes doses, telle ou telle molécule est toxique au sens classique du terme, c’est-à-dire affecte toutes les cellules, selon des mécanismes de toxicité généraux. Mais, le plus souvent, au moyen de ces tests, il n’est pas possible de détecter des effets très spécifiques sur telle ou telle fonction cellulaire ou tissulaire. D’autre part, cela veut dire que les investigations menées doivent l’être à différents stades de la vie et en particulier aux stades les plus fragiles, c’est-à-dire les stades embryo-Iarvaires. D’une manière générale, ce point extrêmement important n’est pas pris en compte. Cela veut dire enfin que des tests réglementaires réalisés à un stade particulier peuvent passer complètement à côté de conséquences néfastes qui ne se révéleront que des années après, voire dans la génération suivante. À cet égard, les cas du distilbène ou de la thalidomide sont tout à fait démonstratifs: ces molécules n’avaient pas ou peu d’effets chez les femmes traitées, mais des effets très significatifs sur les embryons qu’elles portaient, effets qui n’étaient détectés qu’à la naissance ou bien plus tard dans la vie des enfants.

Certaines molécules ont fait l’objet d’investigations poussées, mais pour beaucoup d’autres l’information reste très fragmentaire et doit donc toujours être considérée avec prudence, car la situation peut évoluer à tout moment. Des dizaines de produits clairement identifiés comme étant délétères ont été retirés du marché, tout au moins dans certains pays (pesticides organochlorés, POE… ), mais font toujours l’objet de questionnements scientifiques, car ils persistent dans l’environnement.

En ce qui concerne les perturbateurs endocriniens, nous sommes loin à ce jour d’avoir un consensus sur la manière de mener ces investigations d’un point de vue réglementaire. Par ailleurs, de nombreuses inconnues subsistent d’une part parce les molécules utilisées, une fois libérées dans l’environnement, peuvent être transformées en un certain nombre de produits de dégradation qui peuvent poser problème. D’autre part, de nombreuses molécules sont constamment mises sur le marché, à raison d’un millier par an.

Ce mécanisme de bioaccumulation, certains polluants non seulement persistent au niveau de l’environnement, mais en outre s’accumulent dans les organismes vivants au point dans certains cas de les rendre toxiques. Par exemple, l’Anses [note de Guillaume : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail] déconseille la consommation trop fréquente de poissons sauvages aux femmes enceintes.

 

La quatrième partie de la chronique se trouve ici : Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (4/5)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Olivier Bataille

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

1 Commentaire

  1. Pingback: Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (2/5)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
Hello. Add your message here.