Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (2/5)

Des polluants, parmi lesquels la plupart des pesticides, s’attaquent à un système que 999 médecins sur 1 000, peut-être davantage, ne connaissent que très mal. Beaucoup d’affections sont en réalité reliées à des ruptures d’équilibre au sein de ce grand système régulateur de l’organisme que sont les glandes endocrines. – Henri Pézerat

Certains perturbateurs endocriniens ont des propriétés toxicologiques qui rendent caduque la définition d’un seuil au-dessous duquel une exposition peut être considérée comme sans risque. – déclaration de Berlaymont

 

Chronique du livre « Les perturbateurs endocriniens »

Perturbateurs endocriniens Olivier Kah

d’Olivier Kah, 208 pages, publié en 2016

 

Olivier Kah est un neurobiologiste, spécialiste du système hormonal et du système nerveux. Il est directeur de recherche émérite au CNRS.

« Les Perturbateurs endocriniens » dresse un bilan des connaissances sur les polluants environnementaux qui perturbent le système hormonal. Au niveau individuel, ce livre propose également des bonnes pratiques visant à réduire les expositions préoccupantes.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties ; cet article est le deuxième article de la chronique. Le premier article se trouve ici : Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les réglementations censées protéger les populations ont une limite significative : elles sont basées sur des études de toxicité qui ne portent que sur des substances considérées individuellement, alors que les populations sont exposées à des mélanges de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de substances. Or la toxicité de la plupart des mélanges est mal connue ; en particulier, les toxicités des substances individuelles peuvent rentrer en synergie.
  • Certaines substances sont appelées « POP », pour Polluants Organiques Persistants. Réglementées par la convention internationale de Stockholm, elles partagent plusieurs propriétés :
    • toxicité avérée sur la santé humaine ou les espèces environnementales ;
    • persistance dans les écosystèmes (peu de dégradation naturelle) ;
    • capacité à s’accumuler dans les organismes ;
    • transport sur de longues distances ;
    • transmission à la descendance par le lait ou par les œufs.
  • La persistance des POP peut causer des expositions plusieurs dizaines d’années après leur interdiction réglementaire. Par exemple, pour le DTT, un célèbre insecticide organochloré, interdit dans les années 70 et 80, une large proportion de la population humaine et animale est contaminée par cette molécule ou ses produits de dégradation.
  • Selon le postulat de « l’origine développementale des maladies humaines », l’exposition des embryons durant la période intra-utérine peut conduire à l’apparition de pathologies beaucoup plus tard, au cours de la vie adulte.
  • Un perturbateur endocrinien est une substance qui peut interférer avec le fonctionnement du système hormonal, et donc perturber certaines des fonctions du corps, à plus ou moins long terme.
  • Ce type de substances peut exercer des effets à des doses extrêmement faibles, beaucoup plus faibles que celles considérées dans le domaine de la toxicologie classique.
  • La perturbation endocrinienne est un domaine scientifique très complexe, au carrefour de nombreuses disciplines : génétique, épidémiologie, expologie, biologie cellulaire et moléculaire…. À cette complexité s’ajoute la désinformation entretenue par les lobbys industriels et les conflits d’intérêts, présents aux différentes étapes de l’évaluation et de la réglementation des produits chimiques.
  • Le système hormonal, encore appelé « système endocrinien » est l’un des deux grands systèmes de régulation de notre organisme, l’autre étant le système nerveux central. Il régule la totalité des mécanismes physiologiques essentiels au bon développement et au fonctionnement normal des organismes vivants : développement, croissance, métabolisme, rythmes biologiques, capacité à se reproduire, gestion du stress, allaitement, adaptation aux changements de l’environnement…
  • Le système endocrinien comprend trois types d’éléments principaux :
    • les glandes endocrines, qui produisent les hormones. Le corps en compte une dizaine ;
    • les hormones, qui peuvent être considérées comme des sortes de messagers chimiques ; elles sont utilisées par l’organisme pour établir des communications entre les organes et les tissus, afin de réguler les fonctions physiologiques ou les activités comportementales ;
    • les récepteurs hormonaux. Ils se trouvent sur des membranes de cellules (récepteurs membranaires) ou à l’intérieur de cellules (récepteurs intracellulaires). Ces récepteurs sont capables de reconnaître une hormone et de traduire son message en une action du tissu ou de l’organe auxquels ils appartiennent.
  • Les hormones, qui peuvent produire des effets très importants, agissent à de très faibles doses. En général, les hormones circulent dans l’organisme à des concentrations de l’ordre du nanogramme par millilitre, voire du picogramme par millilitre, parfois moins. Un nanogramme (ng) représente un milliardième de gramme… et un picogramme (pg) est 1 000 fois moins lourd qu’un nanogramme.
  • Les substances chimiques qui imitent les hormones peuvent, par conséquent, produire des effets graves même à de très faibles doses.
  • Les bonnes pratiques recommandées dans ce livre comprennent :
    • éviter les diffuseurs de parfums d’ambiance, sources de pollution favorisant les allergies ;
    • pour l’entretien de la maison, privilégier les produits naturels : vinaigre blanc, savon noir, bicarbonate de soude…
    • éliminer les peintures au plomb de votre maison, en faisant appel à un professionnel qui saura gérer les risques associés ; pour les peintures suivantes, utiliser des peintures à l’eau ;
    • remplacer les vieilles poêles et les casseroles recouvertes d’antiadhésifs par du matériel en inox, en céramique ou en fonte non émaillée.

 

Perturbateurs endocriniens Olivier Kah 2

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

La science ne nous apporte que des réponses partielles, ou des réponses ambiguës. La science n’est pas toujours pétrie de certitudes et, même si elle en avait, il n’est pas certain qu’elle soit écoutée. Il suffit de regarder ce qui se passe à propos de l’industrie du tabac pour voir qu‘il n’existe aucune relation entre ce que nous savons de la dangerosité d’un produit et son élimination du marché. Donc, en fait, la seule solution pour le consommateur est de s’informer, du mieux qu’il peut, et de tenter de se protéger, également du mieux qu’il peut.

Aucun groupe animal n’est épargné et des exemples d’effets avérés sur des populations sauvages sont documentés dans tous les grands groupes animaux, que ce soit chez les invertébrés, insectes, crustacés, vers et mollusques, ou chez les vertébrés, et notamment chez les espèces aquatiques, poissons et amphibiens, souvent les plus touchées, mais oiseaux, reptiles et mammifères ne sont pas épargnés. Toutes les observations précédemment mentionnées et de nombreuses autres ont finalement abouti à la prise de conscience du fait que des perturbations du système endocrinien étaient le point commun entre tous ces événements.

Plus récemment, un nombre croissant d’études rapportent une augmentation spectaculaire de troubles du développement neurologique, en particulier des cas d’autisme chez les enfants de huit ans. En 2014, 1 enfant sur 68 serait touché aux États-Unis, alors qu’il n’y en avait qu’ 1 sur 88 deux ans auparavant, ce qui représente une augmentation spectaculaire de 30 %. D’autres chiffres concernent l’hyperactivité et les troubles de l’attention, en augmentation croissante y compris chez les petites filles. Ces observations alarmantes sont mises sur le compte de l’exposition croissante des enfants, au cours de la vie intra-utérine et de la petite enfance, à des métaux lourds tels que le plomb et le mercure, mais aussi à des substances chimiques telles que les PCB.

Le concept de perturbateur endocrinien a été défini grâce à des situations où la perturbation était relativement importante. Il est possible, mais bien sûr pas certain, que cela corresponde à la partie émergée de l’iceberg et que nombre de perturbations plus discrètes n’aient pas été identifiées. Par ailleurs, il reste beaucoup de questions sans réponse.

Il est donc faux, prétentieux et dangereux de croire que l’Homme, Homo sapiens, serait la seule espèce susceptible d’échapper aux perturbations engendrées par les produits chimiques qu’il libère dans son environnement. Il en sera la victime potentielle tout comme les autres organismes.

Si une hormone est capable d’agir à de très faibles concentrations, cela veut dire que des molécules étrangères capables d’imiter nos hormones pourront également agir à de très faibles concentrations, des concentrations tellement faibles qu’elles deviennent invisibles, insoupçonnables. C’est de cette invisibilité que provient le danger des perturbateurs endocriniens.

Vingt années de recherche intenses sur les perturbateurs endocriniens ont permis de prendre conscience du fait que l’exposition à certains facteurs environnementaux, notamment à des perturbateurs endocriniens durant la période du développement embryonnaire, favorise l’apparition de certaines pathologies diagnostiquées des années plus tard en imprimant de manière durable des marques épigénétiques. C’est ce que l’on appelle le concept de l’origine développementale des maladies humaines. Parmi les pathologies concernées, citons notamment l’autisme, les troubles d’hyperactivité, le cancer, mais également des troubles de la fertilité et du vieillissement ou encore l’apparition d’obésité et de diabète de type 2.

 

La troisième partie de la chronique se trouve ici : Comment protéger nos enfants des perturbateurs endocriniens, avec le chercheur Olivier Kah (3/5)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par xxxology

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3 Commentaires

  1. Aircool24

    Merci pour toutes ces informations!

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Content que tu aies pu trouver dans cet article un contenu utile pour toi

      Répondre
  2. Pingback: Comment j'applique les recommandations « Santé des enfants et environnement » – n°11

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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