Pollutions chimiques dans notre environnement quotidien : l’enquête de Fabrice Nicolino (2/4)

8 à 10 % seulement des études indépendantes menées sur fonds publics concluent à l’innocuité des édulcorants alimentaires, contre 100 % pour les études financées par l’industrie pharmaceutique. – Dr Véronique Vasseur

L’industrie chimique étant devenue l’un des secteurs majeurs de l’économie mondiale, tout élément tenant à établir un lien entre produits chimiques et santé publique est à même de déclencher une controverse. – Al Gore

 

Chronique du livre « Un empoisonnement universel »

Empoisonnement substances chimiques

de Fabrice Nicolino, 448 pages, publié en 2014

Fabrice Nicolino est journaliste. Ses analyses portent sur différents domaines : écologie, agriculture, alimentation, santé…

Ce livre est une enquête sur l’ampleur de la présence et des effets des produits chimiques se trouvant dans notre environnement quotidien.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties. Cet article est le deuxième article de la chronique. Le premier article se trouve ici : Pollutions chimiques dans notre environnement quotidien : l’enquête de Fabrice Nicolino (1/4)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Pour gagner du temps et continuer à faire des bénéfices, la tactique la plus fréquente de l’industrie chimique est de mettre en avant les incertitudes des travaux scientifiques existants, puis de demander des études complémentaires. Cette approche peut être sans fin, car tout résultat scientifique comprend une part d’incertitudes.
  • En cas de besoin, l’industrie chimique finance quelques études et s’assure que les conclusions confortent ses propres positions. Ainsi, même si ces études sont très minoritaires, l’industrie peut prétendre qu’il n’y a pas de consensus scientifique.
  • Une autre stratégie classique est la diversion. Lorsque des travaux scientifiques concluent qu’un produit génère des effets sur la santé, cette stratégie consiste à affirmer que d’autres produits ont le même type d’effets. Cela permet questionner la part attribuable au produit considéré.
  • Les perturbateurs endocriniens (PE) sont partout. Il y en a de plus en plus. Tous ne sont pas connus ; parmi ceux qui sont connus, peu sont étudiés.
  • L’étude de certains PE montrent qu’ils peuvent agir à de très faibles doses d’exposition, et ne plus agir à des doses plus élevées. Ce résultat contredit l’intuition.
  • Selon une étude publiée en 2013, le Bisphénol A peut entrer dans l’organisme par la muqueuse présente sous la langue. Cette voie d’exposition, totalement ignorée jusqu’ici, pourrait multiplier par 100 les doses considérées comme absorbées.
  • La substitution des molécules préoccupantes est un exercice complexe. Parfois, le substitut est moins bien connu ; l’ampleur de sa toxicité peut être découverte après sa mise sur le marché. Par exemple, le bisphénol A a pu être remplacé par du bisphénol S dans certains produits. Or des études récentes suggèrent que :
    • il est lui aussi un PE ;
    • il persiste plus longtemps dans l’environnement.
  • Des études récentes montrent que même des médicaments très utilisés, parfois délivrés sans ordonnance et classiquement utilisés dans des pratiques d’automédication, peuvent générer des perturbations du système hormonal. Par exemple, en 2013, une étude de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a conclu que le paracétamol et l’aspirine inhibent la production de testostérone.
  • D’après le Cemagref (Centre national du machinisme agricole du génie rural, des eaux et des forêts, aujourd’hui Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea)), les stations d’épuration domestiques n’ont pas été conçues pour traiter les micropolluants. Les micropolluants sont des substances dont la présence en faible quantité dans l’environnement est susceptible de générer des effets toxiques.
  • Parmi les milliers de substances qui sont rejetées dans l’environnement, volontairement ou involontairement, seules quelques dizaines font l’objet de valeurs sanitaires définissant la potabilité des eaux. Par exemple, les résidus de médicaments et de plastiques ne sont pas réglementés

 

Eau pollution chimique environnement

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

  • En juillet 2013, le Commissariat général au développement durable (CGDD) publiait les résultats d’analyses de prélèvement dans des cours d’eau réalisés en 2011. Le moins que l’on puisse dire est que la contamination par les pesticides est « quasi généralisée ». En effet, on en a retrouvé dans 93 % des eaux analysées, souvent même sous forme de cocktails. Le rapport 2002 de l’Institut français de l’environnement (Ifen), tout aussi officiel, concluait à 90 % des prélèvements contaminés.
  • « De nombreux composés libérés dans l’environnement par les activités humaines sont capables de dérégler le système endocrinien des animaux, y compris l’homme. » – Al Gore
  • En 2008, la très sérieuse Union of Concerned Scientists (UCS) publie une étude sur les scientifiques travaillant pour l’EPA [Environmental Protection Agency – Agence américaine de protection de l’environnement]. Elle révèle que 889 des presque 1 600 chercheurs concernés estiment, en réponse à un questionnaire détaillé, avoir subi des pressions politiques dans le cadre de leur travail au cours des cinq années précédentes.
  • Le 19 février 2013, le bureau central du Pnue, basé à Nairobi, annonce un rapport « historique » signé conjointement par l’OMS et le Pnue. Il précise dans son communiqué, destiné au monde entier : « Cette étude du Pnue et de l’OMS, la plus complète à ce jour sur le sujet, met en lumière certains liens entre l’exposition aux perturbateurs endocriniens chimiques et plusieurs problèmes de santé. Ces substances chimiques peuvent notamment contribuer à la survenue de la cryptorchidie (absence d’un ou des deux testicules dans le scrotum) chez le jeune garçon, du cancer du sein chez la femme, du cancer de la prostate, de troubles du développement du système nerveux et d’un déficit de l’attention/d’une hyperactivité chez l’enfant, ainsi que du cancer de la thyroïde. Les perturbateurs endocriniens chimiques peuvent entrer dans l’environnement principalement par le biais des effluents industriels et urbains, le ruissellement des terres agricoles et l’incinération et le rejet des déchets. L’être humain peut y être exposé lors de l’ingestion de nourriture, de poussière et d’eau ou de l’inhalation de gaz et de particules présents dans l’air, ainsi que par contact cutané. »
  • Bernard Jégou, […] directeur du conseil scientifique du PNRPE [programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens], finit par renoncer à ces fonctions en 2011. Le 15 décembre de cette même année, il publie une tribune dans Le Monde avec trois collègues. […] Sylvaine Cordier travaille à l’Inserm, comme Jégou, et y dirige une équipe d’épidémiologie environnementale. Francelyne Marano est professeur à l’université Paris-Diderot et vice-présidente du conseil scientifique de l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques). Éric Vindimian est directeur régional de l’Irstea, anciennement Cemagref […]. En bref, ces gens sont fiables aux yeux des autorités publiques, qui leur ont accordé titres et prestige. Le coup de gueule du 15 décembre 2011 n’en est que plus significatif. Que disent ces auteurs ? […] « Chaque jour surgissent dans les revues scientifiques ou au sein de la société des inquiétudes concernant des polluants émergents, ou de nouveaux effets de substances connues […] Après la non-attribution des postes d’enseignants-chercheurs promis par le Grenelle de l’environnement, la réduction sensible de sa dotation financière destinée à la santé, la réduction de moitié du montant financier affecté au PNRPE en 2011 par rapport à 2008 […], cette dernière décision de suspension du programme de l’ANR [Agence Nationale de la Recherche] est de nature à briser l’élan dont témoignent les avancées considérables des recherches réalisées ces dernières années en France en santé environnementale et écotoxicologie. »

 

La suite de la chronique se trouve ici : Pollutions chimiques dans notre environnement quotidien : l’enquête de Fabrice Nicolino (3/4)

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Sam Cox

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