Connaitre les polluants chimiques qui mettent nos enfants en danger, avec Anne-Corinne Zimmer (4/4)

Les adultes [sont] responsables du devenir des générations que la vie leur a confiées. Il ne suffit pas de se demander : “Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ?” ; il faut également se poser la question : “Quels enfants laisserons-nous à notre planète ? » – Pierre Rabhi

 [Le livre Our Stolen Future de Théo Colborn] est d’une importance cruciale, qui nous oblige à nous poser de nouvelles questions sur les produits chimiques de synthèse que nous avons répandus à la surface de la Terre. Au nom de nos enfants et de nos petits-enfants, nous devons trouver des réponses de toute urgence. Chacun d’entre nous a le droit et le devoir de savoir. – Al Gore

 

Chronique du livre « Polluants chimiques. Enfants en danger »

 polluants enfants danger Zimmer

D’Anne-Corinne Zimmer, 288 pages, publié en 2009

 

Anne-Corinne Zimmer est journaliste scientifique et journaliste d’investigation, spécialisée en santé environnementale.

Ce livre porte sur les substances dangereuses auxquelles les enfants sont exposés par leur environnement quotidien. Il fait l’objet d’une chronique en quatre parties. Cet article est la troisième partie de la chronique. La première partie se trouve ici : Connaitre les polluants chimiques qui mettent nos enfants en danger, avec Anne-Corinne Zimmer (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les études scientifiques sur les effets sanitaires des produits chimiques portaient sur des doses élevées, administrées à des animaux de laboratoire. Mais l’extrapolation aux faibles doses présente plusieurs lacunes :
    • par nature, une dose élevée ne dit rien des effets des faibles doses. Par exemple, certaines substances induisent des effets opposés aux faibles doses ;
    • toutes les propriétés toxiques d’une substance ne sont pas révélées aux fortes doses. Par exemple, certaines substances induisent d’autres types d’effets aux faibles doses. Pire, certaines substances présentent des effets aux faibles doses sans en présenter aux fortes doses.
  • La plupart des méthodes utilisées pour évaluer risques sanitaires se basent sur une lien direct entre une exposition et une maladie. Mais elles ne sont pas suffisantes pour caractériser les risques de maladies issues de pollutions environnementales. Ces maladies sont souvent multifactorielles ; les pollutions environnementales sont autant de facteurs de risques différents, contribuant à une potentielle apparition de maladie. Les pollutions environnementales interagissent entre elles, mais aussi avec des facteurs d’autres natures. Cette complexité rend d’autant plus difficile l’établissement de liens entre les maladies et les différents facteurs de risque potentiels. L’atteinte d’un haut niveau de preuve avant d’agir conduit alors, le plus souvent, à une inaction en pratique.
  • Beaucoup de polluants émis dans l’ai intérieur des bâtiments ne sont pas spécifiques à une source particulière : plusieurs autres sources peuvent alors générer des expositions cumulées, non prises en compte lors des évaluations réglementaires avant mise sur le marché. Par exemple :
    • le formaldéhyde peut être émis par des peintures, des aliments en cours de cuisson, des encens, des bougies, des produits ménagers, des meubles, des cosmétiques, etc.
    • les phtalates peuvent être émis par du film alimentaire, des revêtements PVC de sol et de murs, des jouets, des meubles, des câbles, des vêtements avec des impressions plastiques, des cosmétiques, etc.
  • Certaines bonnes pratiques permettent de diminuer les expositions des enfants aux substances toxiques. Celles présentées dans le livre incluent :
    • préférer les matelas et les meubles rembourrés avec des matières naturelles (ex : coton issu de l’agriculture biologique) plutôt qu’avec des mousses polyuréthannes, en particulier ceux destinés aux enfants ;
    • préférer les biberons en verre aux biberons en plastique. Se séparer de tout biberon en plastique usé et/ou présentant des rayures ;
    • choisir des jouets garantis « sans phtalates » s’ils contiennent du plastique. Par exemple : Play-mobiol, Lego, Brio, etc.
    • éviter les jouets « de seconde mains », un peu anciens, comme ceux trouvables dans des brocantes. Ces jouets peuvent ne pas avoir été fabriqués en respectant les réglementations les plus récentes, c’est-à-dire les plus protectrices pour les enfants ;
    • éviter les vêtements présentant des impressions plastifiées ;
    • éviter les stockages d’aliments mettant en contact avec des matières plastiques. Par exemple : sacs en papier, bocaux en verre, cloches à fromage en bois, etc. Choisir des aliments en vrac ou à la découpe facilite cette démarche ;
    • aérer pendant et après l’utilisation de produits ménagers.

 

polluants enfants danger Zimmer5

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Les plantes peuvent être de solides alliées de la qualité de l’air intérieur : une étude menée par un ingénieur de la NASA dans les années 1980 a été suivie d’autres recherches qui confirment le pouvoir dépolluant de certaines plantes d’intérieur. La littérature recense ainsi parmi les plantes les plus efficaces sur les principaux polluants dont le benzène et le formaldéhyde : le chlorophytum, le dracaena marginata, le spathiphillum. […] Attention à ne pas choisir une plante toxique, celles citées plus haut ne le sont pas, mais certaines peuvent l’être. Assurez-vous de leur innocuité en toutes circonstances (par contact ou ingestion) auprès de votre fleuriste.

Et puisqu’il n’existe pas de réglementation sur les taux d’émissions pour ces produits [ménagers], les fabricants ont beau jeu de répliquer que les normes sont respectées. Seules existent pour certains composants des valeurs limites d’exposition professionnelle, c’est-à-dire pour les personnels exposés dans le cadre de leur travail : ces valeurs sont établies pour une durée de 40 heures par semaine, dans des conditions spécifiques d’utilisation (port de masque par exemple, ventilation des locaux réglementée), et pour un adulte en bonne santé. Rien qui ne relève d’un usage habituel par toutes les catégories de population, dont les enfants ou les personnes fragilisées, asthmatiques ou allergiques.

Nous faisons face à un océan d’inconnus au sujet des milliers de substances chimiques qui ont été mises sur le marché, sans que des évaluations de toxicité n’aient été entreprises comprenant en particulier les effets sur le système endocrinien ou encore sur le développement du système nerveux du fœtus ou de l’enfant.

Ce que nous ignorons encore, ce sont les effets des expositions diverses et cumulées à une même substance (via l’air, l’eau, l’alimentation) qui ne sont pas non plus évaluées, et ne font pas l’objet d’établissement de doses tolérables. Les normes actuelles ne concernent qu’une source d’exposition à la fois. Cette approche ignore totalement les différentes sources de contamination qui s’ajoutent les unes aux autres. De la même manière, les effets des expositions conjointes et cumulées à de multiples substances ne sont pas connus. Et les normes actuelles ne tiennent compte que des effets de composés isolés, tandis que dans la réalité nous sommes exposés à un mélange de produits chimiques. Quels sont les effets de leurs interactions ?

Certains ne pourraient voir dans ces phénomènes en cascade qu’un épiphénomène dans ce monde où tout bascule ; où le réchauffement climatique met en péril les grands équilibres écologiques et humains à l’échelle planétaire. De façon peut-être moins spectaculaire, sûrement moins médiatisée, et couverte par un silence plus pesant, cette menace sur le devenir de l’intégrité humaine, dans ses dimensions psychiques, physiques et émotionnelles n’en est pas moins inquiétante.

 

Mon avis

Les « + » :

  • à ma connaissance, le premier livre en français à dresser un panorama des substances préoccupantes auxquelles sont exposés les enfants ;
  • une véritable mine d’informations (difficile à retranscrire dans un résumé) et de conseils pratiques pour le grand public, probablement unique à sa parution ;
  • une enquête et des argumentaires globalement bien documentés. Ce vrai travail d’investigation, qui contraste avec les formats « documentaire d’une heure », plus courants et moins utiles au final, inclut quelques approfondissements remarquables : les teneurs en PCB dans les poissons, historique du bisphénol A, etc.
  • à la fin de chaque partie, une rubrique « Que faire » liste des actions visant diminuer les expositions des enfants. Ceci évite que le constat initial, potentiellement anxiogène, ne conduise à un sentiment d’impuissance : nous pouvons bel bien agir au niveau individuel.

Les « – » :

  • compte tenu de la quantité de travail présentée, c’est frustrant de ne pas disposer d’une version plus à jour ;
  • les sujets abordés sont inégalement approfondis. Par exemple :
    • la vision de l’auteure de l’action réglementaire me parait trop simpliste et trop manichéenne pour pouvoir être traduite concrètement et générer des avancées en pratique,
    • ses réflexions sur les valeurs limites pour le formaldéhyde ne correspondaient pas au contenu de la littérature scientifique de l’époque. Ce « cherry picking » sème un doute regrettable sur le reste des argumentaires ;
  • des analyses techniques parfois très détaillées, qui pourront désintéresser certains parents ;
  • avec autant de recherches, j’aurais aimé que l’auteure tente de hiérarchiser les différents risques, par exemple en fonction du niveau de preuve existante, du niveau de consensus dans la communauté scientifique, du type d’effet en jeu, du rapport bénéfice / risque, etc. A chaque fois qu’un risque potentiel est identifié, elle recommande d’enlever les sources correspondantes. Certains lecteurs pourraient se sentir submergés et auraient bénéficier de propositions sur un ordre de priorités ;
  • (pas vraiment sur le livre) En matière d’exposition des enfants à des substances dangereuses, c’est assez triste de voir le peu de progrès qui a été fait depuis la publication de ce livre… en 2009 ! Ce constat fait écho à un passage pessimiste du livre : « Que faut-il donc faire face à ces risques ? Rien, pour certains, qui attendent les preuves incontestables d’une toxicité avérée avant d’envisager une quelconque action. Et au rythme où vont les choses, ceux-ci ont, semble-t-il, de beaux jours devant eux.»

photo par Marco Verch

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