Living Downstream, l’alerte de Sandra Steingraber (3/3)

Pour s’attaquer aux grandes priorités de santé publique, une approche intégrée sera favorisée […] avec une attention particulière aux risques environnementaux. – Stratégie nationale de santé

Nous voulons un avenir où nous pourrons vivre dans un environnement sain en entretenant des liens solides avec la nature. – Irina Bokova, alors directrice générale de l’UNESCO (2012)

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Chronique de « Living Downstream »

de Sandra Steingraber, 440 pages, publié en 1997

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Sandra Steingraber est une des figures les plus connues du domaine de la santé environnementale. Biologiste universitaire, généralement considérée comme militante écologiste et lanceuse d’alerte, certains considèrent qu’elle s’inscrit à la suite d’icônes telles que Rachel Carson ou Théo Colborn. Elle est notamment connue pour son travail d’enquête sur les pollutions environnementales pouvant favoriser l’apparition de cancers, elle-même ayant été diagnostiquée d’un cancer de la vessie avant 30 ans. Living Downstream est son ouvrage le plus connu.

Cette article est le dernier d’une série de trois articles. Le premier article se trouve ici : Living Downstream, l’alerte de Sandra Steingraber (1/3)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Quand on réfléchit au processus d’établissement des seuils réglementaires, avec leurs risques associés, on s’aperçoit que la population générale est soumise à de nombreux risques qui, considéré un par un, ont été jugés « acceptables » en son nom. Pourtant, les populations ne sont quasiment jamais été consultées au préalable sur ces risques individuels, ou encore sur le risque total correspondant.
  • Les incinérateurs de déchets donnent la fausse impression que leur action réduit la masse des déchets à gérer. Pourtant la matière ne peut pas être détruite, elle peut juste être transformée. Si le volume des cendres produites est bien plus faible que le volume des déchets entrant, la matière initiale ressort également de l’incinérateur, mais sous une autre forme, dans l’air des cheminées : CO2 et gaz toxiques.
  • De plus, les métaux toxiques comme le mercure, le plomb ou le cadmium, ne sont pas détruits par le feu : ils se retrouvent sous forme concentrée dans les cendres. Là aussi, les compromis s’avèrent ironiques : moins il y a de pollution de l’air, plus les cendres sont toxiques, et poseront donc des risques de contamination des eaux souterraines une fois stockés en centres d’enfouissements. Plus ironique encore : brûler certaines matières conduit à recombiner certains atomes et certaines molécules, créant ainsi de nouveaux polluants à gérer. C’est par exemple le cas des dioxines.
  • La plupart des cancers proviennent de l’accumulation de nombreux petits changements génétiques et épigénétiques, ayant lieu sur de longues périodes : la plupart des tumeurs doivent avoir des origines multiples. Par conséquent, attribuer des pourcentages de cancers attribuables à une unique cause est une pratique obsolète, qui ne reflète pas l’état de la science actuelle.
  • Le rejet et l’utilisation de substances toxiques ont eu des conséquences imprévues, très préoccupantes. Les réglementations environnementales existantes et d’autres décisions, en particulier celles basées sur des évaluations des risques, n’ont pas réussi à protéger adéquatement la santé humaine et l’environnement.
  • Alors que l’Union européenne évalue des milliers de produits chimiques jamais examinés auparavant, dans le cadre de la réglementation REACH, les tests biologiques du cancer utilisant des animaux semblent plus longs et plus coûteux que jamais. Par exemple, en règle générale, 800 animaux sont nécessaires pour un seul test de cancérogénicité.

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Peu importe l’angle avec lequel vous le regardez, rassembler les ordures dans un four et y mettre le feu est une alternative tout aussi primitive que de creuser un trou dans le sol et de les y enterrer. La première contamine l’air ; la seconde, les eaux souterraines.

L’épigénétique environnementale examine comment les expositions environnementales influencent l’épigénome – le code au-dessus du code [génétique]. Ce que soulignent les résultats de ce champ d’étude naissant, c’est, une fois de plus, la vulnérabilité de la petite enfance. La vie prénatale et la petite enfance – et peut-être encore à la puberté – sont des moments où l’épigénome se déplace rapidement sur le génome, le programme et l’imprime avec des instructions.

Le cancer est une maladie écologique avec des interactions en amont d’une complexité qui exclut l’attribution à une seule cause. Le cancer est une rivière dont le cours supérieur n’est pas une source unique mais un réseau de ruisseaux qui se déploient et se reconnectent.

Supposons que nous acceptions, aux fins de l’argumentation, que l’estimation de 1981 concernant la proportion de décès par cancer dus à des expositions environnementales est absolument exacte. Cette estimation, avancée par ceux qui cherchent à écarter les préoccupations environnementales, rappelez-vous, est de 6%. [Cela] […] signifie que 33 600 personnes aux États-Unis meurent chaque année de cancers causés par des expositions involontaires à des produits chimiques toxiques. À lui seul, cela ferait du cancer d’origine environnementale la onzième cause de décès aux États-Unis.

33 600, c’est plus que le nombre annuel total d’homicides aux États-Unis – un chiffre qui est considéré comme une honte nationale. Il dépasse le nombre annuel de suicides – un chiffre si tragique que les numéros de téléphone des hotlines de prévention du suicide apparaissent à juste titre sur les couvertures des annuaires téléphoniques.

33 600, c’est bien plus que le nombre de femmes qui meurent chaque année d’un cancer du sein héréditaire – un problème qui a lancé des initiatives de recherche de plusieurs millions de dollars. C’est plus de dix fois le nombre de non-fumeurs qui décède chaque année d’un cancer du poumon causé par l’exposition à la fumée secondaire – un problème si grave qu’il justifiait des changements radicaux dans les lois régissant la qualité de l’air dans les espaces publics.

Aucun de ces 33 600 Américains ne mourra rapidement et sans douleur. Ils seront amputés, irradiés et traités par chimiothérapie. Ils expireront en privé dans les hôpitaux et les hospices et seront enterrés sans faire de bruit, à raison de quatre-vingt-douze funérailles par jour. Certains d’entre eux seront des enfants. Les photographies de leurs cadavres n’apparaîtront pas dans les journaux. Nous ne saurons pas qui ils sont, pour la plupart d’entre eux. Leur anonymat ne modère cependant pas cette violence.

 En 2007, 834 499 071 livres de cancérogènes connus ou présumés ont été rejetées dans l’air, l’eau et le sol par les industries déclarantes. Dans cette optique, ces 33 600 décès peuvent être considérés comme des homicides.

Nous avons l’obligation de protéger la vie humaine. En revanche, nos méthodes de réglementation actuelles semblent régies par ce qu’un chercheur a appelé l’approche réactionnaire : n’importe qui peut librement introduire de nouveaux dangers dans l’environnement, puis les régulateurs attendent que les dommages soient prouvés avant d’agir. C’est un système qui revient à mener une expérience incontrôlée sur des sujets humains.

Ce dont nous avons besoin maintenant, ce n’est pas de davantage de données, mais de ce qui a toujours été nécessaire en cas de crise : une vision, du courage et la volonté de ne pas être paralysé par l’incertitude.

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Mon avis

Les « + » :

  • Un livre de référence écrit par une auteure de référence : à lire.
  • J’apprécie particulièrement que soit mis en avant plusieurs étonnements face à des situations inacceptables… et qui n’attirent plus beaucoup l’attention des personnes que je croise. Par exemple, est-ce vraiment normal que la plupart des gens ne puisse pas se baigner dans la rivière à côté de chez eux ? Ou en manger les poissons ? Si on avait dit ça à mon père quand il avait 10 ans, il aurait ouvert de grands yeux incrédules…
  • Je trouve ces « punchlines » globalement très efficaces 😉

Les « – » :

  • En cohérence avec l’histoire personnelle de l’auteur, la description des effets des substances chimiques est focalisée sur les effets cancéreux. Ceci donne une image partielle de l’ensemble de l’impact associé dans la population générale.
  • Une réglementation et des situations très spécifiques au cas des Etats-Unis.
  • L’argumentaire est très documenté, mais à charge : seuls sont présentés les documents qui abondent dans le sens de la thèse de l’auteur. Cela ne permet pas de se faire une idée du poids de la preuve, de quel niveau de preuve chaque thèse en présence dispose. Par exemple, citer le travail du Pr Dominique Belpomme à l’appui d’un argumentaire, sans mentionner les nombreuses critiques dont il fait l’objet, me fait douter de l’objectivité de la présentation des autres travaux.
  • Œuvre non traduite en Français.

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Par la suite, Sandra Steingraber a écrit un livre sur sa maternité, dont la chronique se trouve ici : Maternité et santé environnementale, avec Sandra Steingraber (1/4)

Photo par Andres Alvarado

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