Living Downstream, l’alerte de Sandra Steingraber (1/3)

Le destin de chaque cellule dépend en permanence de la nature des liens provisoires qu’elle a tissés avec son environnement. – Jean-Claude Ameisen

Tout travail scientifique est incomplet – qu’il soit d’observation ou expérimental. Tout travail scientifique est susceptible d’être bouleversé ou modifié par l’avancement des connaissances. Cela ne nous confère pas la liberté d’ignorer les connaissances que nous avons déjà ou de reporter l’action qu’elle semble exiger à un moment donné. – Bradford Hill

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Chronique de « Living Downstream »

de Sandra Steingraber, 440 pages, publié en 1997

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Sandra Steingraber est une des figures les plus connues du domaine de la santé environnementale. Biologiste universitaire, généralement considérée comme militante écologiste et lanceuse d’alerte, certains considèrent qu’elle s’inscrit à la suite d’icônes telles que Rachel Carson ou Théo Colborn. Elle est notamment connue pour son travail d’enquête sur les pollutions environnementales pouvant favoriser l’apparition de cancers, elle-même ayant été diagnostiquée d’un cancer de la vessie avant 30 ans. Living Downstream est son ouvrage le plus connu.

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Lorsque des études scientifiques rigoureuses concluent qu’une substance est cancérigène, cela ne se traduit pas obligatoirement par son interdiction dans le commerce.
  • Les autorités autorisent les émissions de polluants, en dessous de certains seuils. Mais ces seuils sont définis pour chaque substance considérée individuellement, sans tenir compte des nombreux autres polluants auxquels la population est déjà exposée. Personne n’a pour mission de s’assurer que l’exposition totale de la population générale ne présente pas de dangers.
  • Il est courant de constater un grand écart entre les connaissances disponibles dans la littérature scientifique et les préconisations des professionnels de santé qui sont au contact de la population générale.
  • Pendant longtemps, les gènes et les comportements ont été considérés comme les principaux facteurs influençant l’apparition de cancers. Aujourd’hui cette vision simpliste est le plus souvent considérée comme naïve. L’influence des facteurs environnementaux, directement ou indirectement via des interactions avec les gènes, est aujourd’hui reconnue comme un facteur de risque majeur.
  • L’étude de la façon dont les substances chimiques peuvent modifier l’expression des gènes fait partie du domaine de l’épigénétique. De ce point de vue, nos gènes seraient plus comme les touches d’un piano, avec l’environnement jouant le rôle des mains du pianiste.
  • Concernant l’exposition à des substances cancérigènes, la dose d’exposition n’est pas le seul facteur de risque : la période d’exposition est aussi un facteur clé. En particulier, la période de gestation et des premières années de vie constitue une véritable fenêtre de vulnérabilité.
  • De nombreuses substances chimiques peuvent perturber le système hormonal, ce qui peut aussi indirectement favoriser l’apparition de cancers, en particulier de cancers hormonodépendants.
  • De nombreux cancers ayant un lien avec l’environnement figurent parmi les cancers dont l’incidence est en hausse. Réduire son exposition aux substances cancérigènes devrait faire donc partie des bonnes pratiques de base.
  • Une fois utilisés sur une zone cultivée, une partie des pesticides pulvérisés se retrouvent dans l’environnement. Selon les propriétés chimiques et le niveau de persistance des substances impliquées, la chaine alimentaire locale peut être contaminée. C’est pourquoi tous les êtres humains des pays industrialisés ont des pesticides dans leur corps.
  • Aux États-Unis, l’utilisation de pesticides a doublé depuis que Rachel Carson a écrit Le printemps silencieux.
  • La période pendant laquelle une exposition a lieu est un facteur important pour comprendre l’apparition d’une maladie. Par exemple, Les femmes exposées au DDT après l’âge de 14 ans ne montrent aucune association entre l’exposition au DDT et le cancer du sein. Mais une association significative existe parmi les femmes exposées avant 14 ans : les femmes ayant des niveaux élevés de DDT étaient cinq fois plus susceptibles de recevoir un diagnostic de cancer du sein à 50 ans que celles ayant les niveaux les plus bas.

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Peu de choses ont changé au cours des trois décennies qui ont suivi mon diagnostic. Sur les 80 000 produits chimiques de synthèse actuellement utilisés, seulement 2 pour cent environ ont fait l’objet de tests de cancérogénicité et, depuis 1976, cinq exactement sont interdits en vertu de la loi sur le contrôle des substances toxiques. Notre système de réglementation environnementale n’exige aucun test toxicologique rigoureux des produits chimiques comme condition préalable à leur commercialisation.

Une enquête de 2007 publiée par l’American Cancer Society a identifié 216 produits chimiques connus pour causer le cancer du sein chez les animaux. Parmi ceux-ci, 73 se trouvent dans les produits alimentaires ou de consommation ; 35 sont des polluants atmosphériques ; et 29 d’entre eux sont produits aux États-Unis en grandes quantités chaque année.

Un ancien principe de toxicologie postule que la dose fait le poison : « Seule la dose détermine qu’une chose n’est pas un poison. » Cet axiome remonte au XVIe siècle, et il apparaît toujours sur la première page de mon exemplaire de Casarett and Doull’s Toxicology, 6e édition, exprimant la croyance dominante que notre risque de préjudice résultant d’une exposition à une substance intrinsèquement toxique est proportionnel à la quantité à laquelle nous avons été exposés. Il y a encore beaucoup de vérité dans cette vieille coquille. Mais ce qui devient de plus en plus évident, c’est que le risque posé par une substance toxique dépend également du moment où nous avons été exposés. Le timing compte. Surtout si l’exposition en question implique un perturbateur endocrinien. […] le moment fait le poison.

La guerre contre le cancer, déclarée par le président Nixon en 1971, a connu peu de victoires. L’idée d’un remède, présumée au coin de la rue depuis des décennies, semble presque fantaisiste. À quelques exceptions près, les améliorations apportées aux traitements existants ne se sont pas traduites par un nombre significatif de vies sauvées.

Le moyen le plus direct de prévenir le cancer est d’arrêter d’introduire des agents cancérigènes dans nos environnements intérieurs et extérieurs en premier lieu. Cette tâche est rendue urgente par les taux croissants de cancers non liés au tabac.

Chez les hommes américains, les taux d’incidence ajustés selon l’âge du myélome multiple et des cancers du rein, du foie et de l’œsophage sont en hausse. Chez les femmes, les cancers de plus en plus fréquents comprennent le mélanome, le lymphome non hodgkinien, la leucémie et les tumeurs de la vessie, de la thyroïde et des reins. […] Les améliorations des techniques de diagnostic ne peuvent pas expliquer ces tendances. Bon nombre des cancers dont l’incidence augmente actuellement sont ceux qui sont liés à des expositions environnementales. […] Le plus troublant : le cancer infantile a augmenté régulièrement depuis 1975. Les cancers chez les adolescents et les jeunes adultes sont également plus fréquents.

Les pesticides ne restent pas toujours dans les champs où ils sont pulvérisés. Ils s’évaporent et sont transportés par l’air. Ils se dissolvent dans l’eau et s’écoulent vers le bas dans les cours d’eau et les ruisseaux. Ils se lient aux particules du sol et sont remis en suspension dans l’air sous forme de poussières. Ils migrent dans les aquifères et pénètrent ainsi dans les eaux souterraines. Ils retombent avec la pluie. On les trouve dans les flocons de neige. Et dans le brouillard. Et dans le vent. Et dans les nuages. Et dans les piscines d’arrière-cour. On sait peu de choses sur ce qui va où.

Les PCB lacèrent encore les sédiments de la rivière à côté de laquelle j’ai grandi, ainsi que la chair des poissons qui l’habitent. Les PCB sont la raison pour laquelle je ne connais pas le goût de l’achigan à petite bouche et du poisson-chat de rivière. En fait, je n’ai jamais mangé de poisson de ma propre rivière. Les avis des autorités concernant les poissons mettent en garde les femmes et les enfants contre cela.

La suite de cette chronique se trouve ici : Living Downstream, l’alerte de Sandra Steingraber (2/3)

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Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, présentes dans leur environnement, car les effets potentiels pourraient être graves ou pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par jean-louis Zimmermann

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