Elever et protéger un enfant en temps de crise environnementale, avec Sandra Steingraber (4/4)

Pour moi, en tant que détective médical, le premier indice est l'augmentation des cancers de l'enfant. Ceci indique que quelque chose va mal. - Dr Philip Landrigan

De nouvelles maladies, comme l’hyperactivité de l’enfant, l’hypersensibilité chimique multiple, remettent en cause certaines frontières comme celle entre maladie physique et maladie mentale. - André Cicolella

Chronique de « Raising Elijah »

de Sandra Steingraber, 370 pages, publié en 2011

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Sandra Steingraber est une des figures les plus connues du domaine de la santé environnementale. Biologiste universitaire, généralement considérée comme militante écologiste et lanceuse d’alerte, certains considèrent qu’elle s’inscrit à la suite d’icônes telles que Rachel Carson ou Théo Colborn. Elle est notamment connue pour son travail d’enquête sur les pollutions environnementales pouvant favoriser l’apparition de certaines pathologies pendant l’enfance. Raising Elijah décrit l’enquête qu’elle a menée au cours des premières années de vie de son fils, Elijah.

Cette article est le quatrième d’une série de quatre articles. Le premier se trouve ici : Elever et protéger un enfant en temps de crise environnementale, avec Sandra Steingraber (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Face à des savoirs effrayants, tels que la pollution de l’environnement ou le changement climatique, la meilleure façon de protéger nos enfants n’est pas de cacher ces savoirs, de changer de sujet, ou même de créer une histoire adaptée à leur âge. La meilleure façon de protéger nos enfants est de les laisser nous regarder nous lever, faire face et agir.
  • Concernant les troubles de l’apprentissage et du développement, l’évolution des critères de diagnostic, ainsi que l’absence d’un registre national, rendent difficile le travail d’identification de tendances temporelles. Selon l’estimation la plus souvent citée par la littérature médicale,  les troubles du développement affectent environ un enfant sur six, aux Etats-Unis, et la plupart d’entre eux sont liés à des troubles du système nerveux. Cette proportion « pandémique » a été qualifiée de « silencieuse » dans la revue The Lancet, car ces troubles sont subcliniques : ils ne sont pas détectables par les tests médicaux classiques.
  • Aujourd’hui, il n’est plus possible de distinguer, parmi les évènements climatiques extrêmes, ceux liés à la variabilité intrinsèque de la nature de ceux liés au changement climatique. De même, si un enfant présente des manifestations comportementales ou des capacités d’apprentissage différentes de la moyenne, il n’est plus possible de savoir s’il s’agit d’une variation de la nature ou l’influence d’expositions cumulées à des polluants environnementaux.
  • Savoir quand intervenir dans la vie d’un enfant — et avec quels outils — est toujours une décision difficile. Notre mission de parents est de minimiser les risques de se retrouver dans ce type de situation.

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

De nouvelles recherches montrent que le bisphénol A est libéré lors de la combustion de matières plastiques. Il dérive dans le vent et se fixe à des particules inhalables. Alors ne me donnez plus de conseils d’achat et de sites Web à consulter. Donnez-moi plutôt des règlements fédéraux qui évaluent les produits chimiques pour leur capacité de modifier la puberté avant qu’ils n’aient accès au marché. Donnez-moi un programme fonctionnel d’identification des perturbateurs endocriniens, avec des protocoles validés, tel que prescrit par la loi de 1996. Donnez-moi une réforme de la réglementation chimique qui soit basée sur le principe de précaution. Je […] ne peux pas me placer entre 200 perturbateurs endocriniens avérés ou soupçonnés et le corps de ma fille. Je ne peux pas empêcher le vent de souffler.

L’histoire du PVC s’est avérée être familière. Il s’agit d’un matériau intrinsèquement toxique et qui ne garde pas ses substances toxiques pour lui-même. Les enfants sont plus exposés que les adultes aux produits chimiques issus du PVC, et ils souffrent également de risques propres à leur condition d’enfants.

Alors que les compagnies chimiques soupirent de soulagement [après l’annulation d’un projet de réglementation plus exigeante], que font les parents préoccupés par la situation ? Principalement consulter des sites Web. Pour éviter les jouets en PVC, vous pouvez consulter la base de données sur les jouets toxiques de l’Ecology Center. Pour trouver des fournitures scolaires sans PVC, téléchargez la liste sur le site Web du Center for Health and Environmental Justice. Pour les matériaux de construction sans PVC, il existe un réseau de construction saine. Pour la pouponnière sans PVC, il y a … Et ainsi de suite. Chaque achat nécessite des recherches. Chaque sac ramené à la maison de chaque fête d’anniversaire nécessite un contrôle.

J’ai [plusieurs] plaintes à faire au sujet de cette approche individualisée pour la gestion des dangers pour la santé publique. Tout d’abord, je n’ai pas le temps pour ça. […] Deuxièmement, jouer le rôle de la police du PVC fait de moi un ennemi de mes enfants. […] Troisièmement, par principe, la toxicité ne devrait pas relever d’un choix des consommateurs. Croire que nous pouvons acheter la sécurité de nos enfants avec de l’argent et des connaissances laisse en danger ceux qui n’ont ni l’un ni l’autre. Quatrièmement, en tant que locataire, je ne pouvais rien faire au sujet de mes conduites d’eau en PVC et du plancher de la cuisine.

J’aurais pu gérer la confiscation plus intelligemment, mais parfois je suis trop fatiguée pour être intelligente.

Nous vivons dans des corps chimiquement modifiés, maintenant, et pensons avec des cerveaux chimiquement modifiés. Il n’est plus possible de discerner, chez nos enfants, quelle partie de leur tempérament ou de leurs bizarreries cognitives est innée et quelle partie est dérivée de l’impact cumulatif de leurs expositions à des substances chimiques. Un style empressé, chaotique, distrait est-il le signe d’une personnalité joyeusement indifférente ? Ou un symptôme d’une désorganisation subtile du cerveau déclenchée par une exposition prénatale aux pesticides ? L’enfant qui ne peut toujours pas décoder une horloge à l’âge de dix ans : une variation normale ? Ou le résultat d’un plomb sanguin légèrement élevé à l’âge d’un an ?

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Mon avis

Les « + » :

  • Une auteure de référence, qui partage ses réflexions de parents sur comment protéger les jeunes enfants, une thématique clé du blog : à lire.
  • L’alternance entre analyse scientifique et anecdotes autobiographiques, comme dans les livres précédents de l’auteure, donne un dynamisme agréable à la lecture.
  • J’ai trouvé ses punchlines toujours bien efficaces 😊
  • Pas mal de parents devraient se retrouver dans les décisions délicates décrites dans le livre, où différents critères importants peuvent s’opposer dans certaines situations, où des compromis imparfaits et frustrants semblent parfois s’imposer à nous, où les décisions qui nous paraissent les plus justes s’avèrent très impopulaires auprès des enfants…
  • L’auteure soulève des questions/dilemmes éthiques très concrets pour les parents, et que je ne me rappelle pas avoir croisés de manière aussi explicite dans un autre ouvrage : que faire des informations sur les polluants pour lesquels il est difficile de protéger ses enfants ? Est-ce préférable de les connaitre ? Que peut-on éviter ? Accepter ? Supporter (au regard de quels autres critères ?) ? Jusqu’où est-il préférable ne pas savoir ? Je crois que mes amis fans de Matrix diraient « pilule rouge ou pilule bleue ? » 😉 Ces aspects liés à l’éthique de la prise de risque parentale m’intéressent beaucoup ; ce sera un des futurs sujets que j’approfondirai sur le blog (mise à jour : Risques incertains et éthique parentale).

Les « – » :

  • des données spécifiques au contexte des Etats-Unis, dont la réglementation sur les produits chimiques est moins exigeante qu’en Europe. Certaines données et certaines quantifications ne sont pas directement transposables.
  • Sandra Steingraber ne propose des analyses qu’en termes de diminution des expositions, et logiquement, elle arrive à une impasse : l’« exposition 0 » n’est effectivement pas atteignable dans le monde d’aujourd’hui. C’est dommage qu’elle ne traite pas aussi des mécanismes d’adaptation et de défense du corps, ainsi que de comment on pourrait les optimiser en parallèle d’une diminution des expositions. J’aurais bien aimé avoir son analyse sur ces aspects aussi. Sans prétendre atteindre le « risque 0 », je crois qu’il y a là aussi une opportunité de diminuer très significativement les risques et d’augmenter notre niveau de maitrise face aux pollutions environnementales.
  • Œuvre non traduite en Français.

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Photo par Ben Jeevan

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