Comment protéger les enfants des polluants issus des produits alimentaires industriels (4/4)

Plus d’un jeune sur quatre est prêt à sacrifier la qualité et la quantité de son alimentation au profit de son habillement (31%) ou de la téléphonie mobile (25%). – Programme national pour l’alimentation (PNA) – Enquête auprès de la population jeune : des habitudes de vie qui exposent au surpoids et à l’obésité, IPSOS 2012.

Une fois que l’industrie agro-alimentaire a transformé les aliments naturels : des choses qui étaient là ne le sont plus ; des choses qui n’étaient pas là ont été ajoutées. – Angelo Coppola

 

Chronique du livre « Vous êtes fous d’avaler ça ! »

Polluants produits industriels enfants

de Christophe Brusset, 250 pages, publié en 2015

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Christophe Brusset est un cadre supérieur ayant travaillé plus de 20 ans dans des entreprises du secteur agro-alimentaire. Ce livre dénonce les multiples dérives dont il a été témoin et complice. Ces dérives portent notamment sur des pratiques pouvant générer des risques sanitaires pour les consommateurs.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le quatrième article de la chronique. Il porte notamment sur l’impact des intoxications alimentaires et sur la mauvaise qualité des produits bas de gamme. Le premier article de la chronique se trouve ici : Comment protéger les enfants des polluants issus des produits alimentaires industriels (1/4) 

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les arômes naturels sont produits majoritairement par des techniques de pression mécanique, de distillation ou d’extraction par solvant. Ces techniques concentrent les molécules aromatiques, mais en même temps les autres substances présentes. Par exemple, des citrons conventionnels donnent un extrait de citron qui peut être labellisé « naturel »… tout en étant très concentré en pesticides.
  • En pratique, malgré leurs prétentions, les produits à marques distributeurs ont une qualité très inférieure aux produits de grandes marques. Certaines marques distributeurs ne font même plus référence à leur enseigne officielle, afin de ne pas dévaloriser son image.
  • Selon l’Institut de veille sanitaire (InVS), en France, plus de 500 000 intoxications alimentaires se produisent chaque année. Ces intoxications génèrent environ 15 000 hospitalisations et causent la mort de 250 à 700 personnes. Ces chiffres peuvent être mis en parallèle avec le nombre de contrôles effectués par les pouvoirs publics. Par exemple, en moyenne, une cuisine collective est contrôlée tous les 12 ans et un restaurant tous les 30 ans.
  • Le système de normes et de contrôles de l’Union Européenne, bien que très imparfait, reste le plus exigeant et le plus efficace au monde. Souvent, les avancées sanitaires sont mises en œuvre d’abord au niveau européen, avant de se généraliser aux autres pays, lentement.
  • Les bonnes pratiques recommandées par ce livre comprennent :
    • privilégier les emballages en verre, bocaux ou bouteilles, qui laissent moins de latitude aux industriels pour cacher des produits de moindre qualité ;
    • contrôler les dates limites. DLC (Date limite de consommation) et DLUO (Date limite d’utilisation optimale) ne sont pas toujours fiables, car elles sont fixées par des industriels soumis à la pression de la grande distribution et à une très forte concurrence. Les vitamines et d’autres molécules bénéfiques se dégradent avec le temps, quel que soit le mode de conservation. Les emballages se dégradent. Mieux vaut acheter des produits à des dates assez éloignés de la DLC ou de la DLUO. Si l’information est disponible, se limiter aux deux tiers de la durée de vie du produit est une choix prudent ;
    • soutenir les associations de consommateurs, comme Foodwatch par exemple. Ces associations ont plus d’influence que quelques individus isolés ; elles connaissent bien le mode de fonctionnement de l’industrie agro-alimentaire.

 

Polluants produits industriels enfants4

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

[Extrait d’une réunion de travail]

— Nutella contient 13 % de noisettes, c’est l’ingrédient le plus cher de la recette, le reste c’est surtout de l’huile et du sucre. Si on part sur le même pourcentage de noisettes, on sera pratiquement au même prix qu’eux.

— C’est pas possible, s’exclame le cat man en sursautant, visage décomposé, comme si ma remarque était une attaque personnelle.

— On peut faire moins cher, mais le seul moyen, c’est de baisser la teneur en noisettes. Par contre, le produit ne sera pas tout à fait identique.

— Je vais en parler au client et demander des échantillons à la R&D.

C’est ce qu’il a fait et le client a accepté une pâte à tartiner aux noisettes avec 10 % de noisettes seulement, un peu moins de cacao, moins de poudre de lait, et plus de sucre. C’était moins bon que Nutella, mais sensiblement moins cher.

Cela a duré quelques mois avant que l’acheteur de la grande surface ne change et que le nouveau, pour atteindre ses objectifs de baisse de prix, ne nous demande de « retravailler le produit ». Nous avons alors baissé les noisettes à moins de 5 %. Mais cette fois-ci le produit était franchement très différent du leader et le bon goût de noisettes quasi absent. Qu’à cela ne tienne, notre R&D a ajouté de l’arôme noisette et le tour était joué.

 

Soyons francs et directs : la seule chose qui intéresse les industriels, tout comme les enseignes de grandes surfaces, c’est votre argent, pas vraiment votre bonheur ou votre santé. Tenez-vous-le pour dit. Ne vous laissez pas abuser par les rodomontades de ces beaux parleurs qui vous jurent, la main sur le cœur et la larme au coin de l’oeil, qu’ils se battent pour votre bien-être et défendent votre pouvoir d’achat. Tout cela, c’est de la com, de l’esbroufe, rien d’autre. Alors ne faites confiance à personne, soyez vigilants, et surtout soyez exigeants ! Car prenez conscience une fois pour toutes que c’est vous, les consommateurs qui, in fine, avez le pouvoir. C’est vous qui, dans les rayons, décidez d’acheter ou non ce que l’on vous présente. Ce pouvoir, servez-vous-en, pour enfin faire changer les choses.

N’espérez pas aujourd’hui avoir le meilleur au prix du bas de gamme et, si vous voulez bien manger, il faudra y consacrer un peu plus d’argent. Mais est-ce de l’argent gaspillé que d’acheter quelques dizaines de centimes d’euro plus cher un pot de miel de France plutôt qu’un « miel » de Chine, qui n’est en réalité qu’un assemblage de glucose, d’arômes de synthèse et de colorants ?

Sachez que les « bonnes affaires », dans l’alimentaire, n’en sont généralement pas. En tout cas pas pour le consommateur et sa santé. Je sais bien qu’en ces temps difficiles beaucoup de gens ont un budget serré et que se tourner vers les premiers prix est pour eux une nécessité. Mais laissez-moi vous rappeler que l’alimentation représente aujourd’hui à peine 15 % du budget moyen des Français. On n’a jamais dépensé aussi peu pour se nourrir et la plupart d’entre nous peuvent faire l’effort de payer un juste prix pour du bon produit. Encore faut-il le vouloir et peut-être mieux réfléchir à ses priorités en termes de dépenses.

Beaucoup se demandent s’il y a une différence entre les boîtes et les bocaux. Un bocal de verre est transparent et son contenu se voit. Les industriels seront donc contraints de mettre les plus beaux produits dans les bocaux, alors que les boîtes de conserve laissent plus de latitude. De plus, des vernis recouvrent l’intérieur des boîtes de conserve (canettes de boissons comprises) mais sont absents dans les bocaux. Ces vernis contiennent du bisphénol A, un perturbateur endocrinien, qui est interdit depuis le 1er janvier 2015 en France… mais pas ailleurs.

Méfiez-vous des labels. Difficile de s’y retrouver tellement ils sont nombreux et des livres entiers leur sont consacrés. Certains de nos produits étaient certifiés bio, Max Havelaar, halal, casher, produit de l’année, qualité garantie, origine Provence… et il en sort de nouveaux presque tous les jours. Certains sont officiels, d’autres sont des produits marketing que l’on achète, et enfin certains sont de pures inventions maison.

Le commerce équitable est difficile à mettre en application, même si le principe en est excellent. C’est malheureusement pour beaucoup d’intervenants d’abord une façon simple d’augmenter les prix et de faire de la marge. […] Attention aux labels « équitables » copies de Max Havelaar et mis en place par les grosses multinationales dans des buts de propagande. C’est une arnaque véritable et lamentable. Un label maison créé sur mesure et parfaitement opaque, pour éviter toutes contraintes liées à un label un minimum sérieux et indépendant.

 

Mon avis

Les + :

  • le témoignage d’un « repenti » de l’agroalimentaire, ayant travaillé longtemps dans cette industrie, à des postes de cadre, qui connait bien les procédés techniques et les pratiques mises en œuvre. Cela permet à la fois d’avoir un retour de terrain et une prise de recul dans l’analyse. Je crois que tout le monde se doute que des pratiques peu scrupuleuses sont mises en œuvrent pour augmenter les bénéfices, mais à ce point là…
  • des conseils pratiques pour éviter les risques associés à des pratiques cyniques, et pour certaines d’entre elles, franchement effrayantes. Effrayantes car simples, pouvant être facilement mises en place, incontrôlables sans moyens de contrôle plus conséquents… ce qui n’est pas vraiment dans l’air du temps !
  • Dans un genre très différent, le livre m’a un peu fait le même effet que 1984 ou que les 120 journées de Sodome : je savais très bien quel type de contenu j’allais y trouver, et cela ne m’a pas empêché pas d’en sortir impressionné et remué. L’électrochoc fonctionne très bien.

Les – :

  • Le témoignage d’une personne unique, à charge, dont on ne peut donc tirer de conclusions robustes à lu iseul. Néanmoins, les logiques, les mécanismes et les descriptions détaillées qu’il fournit sont très crédibles et cohérents avec une logique de forte concurrence, bien connue dans ce secteur.
  • Un humour qui tourne parfois franchement à la provocation. Néanmoins, compte tenu des pratiques décrites, ça ne dénote pas tant que ça…

Photo par Shari Chankhamma

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2 Commentaires

  1. Yum

    Merci encore pour cette chronique !
    Comme toi, je me doutais que les industries agro-alimentaires étaient peu scrupuleuses… mais pas à ce point-là ! C’est quasiment criminel.
    Comme tu le précises dans tes +/-, il ne s’agit que d’un seul point de vue, à conforter, mais déjà, je pense que tout le monde devrait prendre connaissance du contenu de ce livre !

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Les pratiques présentées dans le livre semblent pouvoir être mises en place sans trop de complexité. Dans un contexte de très forte concurrence, il me parait tout à fait plausible qu’une bonne partie d’entre elles soient effectivement mises en oeuvre… surtout compte tenu de la description très détaillée que l’auteur en donne 😉

      Répondre

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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