Un air respirable ? L’avis du Pr Francelyne Marano (5/5)

La pollution de l’air, qui résulte avant tout de la production et de l’utilisation de l’énergie, entraîne des maladies cardiaques et pulmonaires et le cancer, avec environ 6,5 millions de décès chaque année. – Dr Margaret Chan, alors Directrice générale de l’OMS 

La pollution de l’air est un tueur invisible. L’indice sur la qualité de l’air est donc nécessaire pour informer les citoyens européens sur l’état de l’air qu’ils respirent. – Karmenu Vella, 2017, alors Commissaire européen à l’Environnement 

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Chronique de « Notre air est-il respirable ? »

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de Lise Loumé, avec le Pr Francelyne Marano, 168 pages, publié en 2018

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Lise Loumé est journaliste scientifique, spécialisée dans le domaine de la santé. Francelyne Marano est professeur émérite de biologie cellulaire et de toxicologie à l’université Paris Diderot ; elle a été lauréate du Prix Environnement-Santé du ministère de l’environnement, pour ses travaux sur les mécanismes de toxicité respiratoire des polluants atmosphériques.

Ce livre vise à distinguer « le vrai du faux » concernant la pollution de l’air, en extérieur et à l’intérieur de bâtiments. Il présente également les  bonnes pratiques permettant de diminuer son exposition. 

Cet article est le cinquième et dernier d’une série qui débute ici : Un air respirable ? L’avis du Pr Francelyne Marano (1/5).

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • L’efficacité des sprays dits « assainissants » fait actuellement débat. Ces sprays revendiquent une action biocide mais émettent des substances volatiles pouvant aggraver l’asthme et les allergies. Par ailleurs, ils sont suspectés d’émettre des nanoparticules.
  • Selon un sondage national daté de 2015, plus de 20 % des Français brûlent de l’encens dans leur habitation. Parmi eux, environ un tiers pense que cela assainit l’air intérieur. Pourtant, la combustion de l’encens émet de nombreux polluants : benzène, toluène, particules fines, formaldéhyde, etc. Dans une moindre mesure, les bougies parfumées sont également de faux-amis de la qualité de l’air intérieur.
  • De nombreux vendeurs de plantes revendiquent que certaines espèces peuvent dépolluer l’air intérieur en captant des polluants. Néanmoins, dans des conditions réelles d’utilisation, ce pouvoir de captation est faible ; des plantes d’intérieur ne permettent pas de dépolluer une pièce de maison : on ne peut extrapoler ce qui est montré en laboratoire dans des enceintes closes de quelques centaines de litres à une pièce de plusieurs dizaines de milliers de litres. Par ailleurs, il semble que la captation soit plus liée à la terre et ses microorganismes qu’à la plante en tant que telle.
  • Plusieurs bonnes pratiques contribuent à améliorer la qualité de l’air intérieur :
    • éliminer ou fortement limiter les sources de pollution évitables : fumée de cigarette, bougies parfumées, encens, diffuseurs de parfums, etc.
    • aérer une dizaine de minutes, deux fois par jour, en créant un courant d’air. En ville, classiquement, le matin et le soir correspondent aux plus faibles niveaux de pollution extérieure ;
    • acheter des objets ou des matières émettant peu de polluants. Par exemple : des peintures étiquetées A+ ;
    • aérer après chaque activité pouvant dégrader la qualité de l’air intérieur : douche, cuisson d’aliments, nettoyage avec des produits ménagers, travaux, etc.
  • Dans le métro, l’air intérieur contient des particules fines en concentrations préoccupantes, notamment car elles contiennent des métaux toxiques.
  • Ces particules proviennent de l’abrasion par frottements entre certains matériaux : friction frein-roue, contact roue-rail, etc. Si elles peuvent se déposer au sol, la circulation des rames les remet régulièrement en suspension.
  • Par exemple, en 2016, dans le métro marseillais, la concentration moyenne en particules PM10 était de 96 microgrammes par mètre cube. Cette concentration dépasse les seuils réglementaires portant sur le milieu extérieur : plus 50 microgrammes par mètre cube d’air pendant moins de 35 jours par an (40 microgrammes en moyenne annuelle).
  • La coopération internationale peut permettre d’obtenir des résultats. Par exemple, au cours des dernières décennies, les émissions de dioxyde de soufre ont fortement diminué.
  • En Europe, globalement, la pollution de l’air diminue depuis une décennie. Néanmoins, cette amélioration ne permet pas encore de respecter les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
  • Plus préoccupant encore, la réglementation européenne ne correspond pas aux recommandations de l’OMS. Par exemple, le seuil d’exposition aux particules PM2,5 est de 25 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle, alors que l’OMS recommande un seuil de 10 microgrammes par mètre cube.

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

L’Ademe considère que l’argument de vente « plantes dépolluantes » n’est pas validé scientifiquement au regard des niveaux de pollution généralement rencontrés dans les habitations et des connaissances scientifiques dans le domaine.

De manière générale, mieux vaut ouvrir les fenêtres après […] l’installation de nouveaux meubles. Même si ces derniers comportent une étiquette A+, ils émettent beaucoup de COV les trois premiers jours après déballage. En effet, pour obtenir un A+, il est exigé que le nouveau meuble ne relargue plus de COV dans l’air au bout d’un mois, la réglementation partant du principe que l’habitant aère correctement son logement les premiers jours après installation…

Le bon fonctionnement de la ventilation est devenu un enjeu majeur depuis la mise en place de normes de construction imposant une plus grande étanchéité à l’air, pour des raisons thermiques. En effet, les défauts d’étanchéité des bâtiments anciens conduisaient à un renouvellement de l’air non maîtrisé, ce qui compensait bien souvent les dysfonctionnements de la ventilation !

Petite astuce pour savoir si votre VMC fonctionne correctement : si vous placez une feuille de papier toilette devant la bouche d’extraction d’air (dans la cuisine, la salle de bains, les toilettes), en la tenant bien dans un coin pour qu’elle ne soit pas aspirée, elle doit être attirée vers la bouche.

Un médecin peut vous prescrire la venue à votre domicile d’un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI). Depuis 1991, plus de 80 CMEI en métropole et en outre-mer réalisent des enquêtes sur la qualité de l’air directement chez le patient afin d’identifier la ou les causes de ses symptômes. Ils procèdent à des mesures de concentrations de polluants, comme le formaldéhyde et le benzène, de taux d’humidité s’il y a des moisissures au mur, à la collecte de poils d’animaux sur un canapé acheté d’occasion. Ils fournissent des conseils pour améliorer la qualité de l’air de son logement. Les CMEI peuvent aussi, à la demande de pédiatres par exemple, intervenir dans les crèches et les écoles.

Sur ce quai de RER très fréquenté, c’est l’inverse pour les PM10, surtout en heure de pointe : le taux peut atteindre 200 microgrammes par mètre cube d’air entre 19 et 20 h en semaine, un niveau enregistré habituellement dans les tunnels routiers !

Parmi les particules découvertes dans le métro marseillais cette fois-ci, l’on trouve beaucoup de carbone et de fer, mais aussi de l’arsenic, du cadmium, du nickel, du plomb, du cuivre, à des concentrations plus importantes qu’en air ambiant, selon une étude réalisée par AirPaca. Des niveaux trop élevés ? Impossible de le savoir : il n’existe pas de valeurs de référence dans ce type d’environnement.

Même si la question de la qualité de l’air n’émerge vraiment dans le débat public que lors des pics de pollution, c’est bien la pollution de fond le véritable problème. Les mesures politiques qui permettent de lutter uniquement contre une forme de « pollution aiguë », survenant durant ces pics, sont donc peu efficaces.

Une centaine de pays garantissent à leurs citoyens le droit à un environnement sain. Assez étonnamment, de grands pays comme la Chine, les États-Unis, le Canada et l’Australie n’en font pas partie !

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Mon avis

Les « + » :

  • L’auteur vise à s’adresser à un public aussi large que possible, pour augmenter son pouvoir de sensibilisation, tout en pré-validant le contenu scientifique par un(e) expert(e) reconnu(e), ici Francelyne Marano. Cette méthode me parait bien pertinente.
  • Le livre inclut de nombreux passages portant sur l’impact du sujet traité sur la vie quotidienne.
  • L’analyse critique de certaines idées reçues est la bienvenue.

Les « – » :

  • rien de nouveau sous le soleil, sur un des sujets les plus frustrants en santé environnementale, au regard de la faible capacité à diminuer son exposition lorsqu’on choisit d’habiter en ville.
  • des passages ou le simplifié me parait flirter avec le simpliste : « Heureusement, des alternatives existent pour limiter l’usage de pesticides dans l’agriculture, comme le désherbage mécanique et l’utilisation d’herbicides et d’insecticides naturels. » peut être mis en regard des faibles résultats obtenus par les différents plans Ecophyto.

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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