Se protéger de certaines pollutions environnementales… avec du gras ?

Toute forme d’activité physique à même de réduire la graisse – et avec elle son dépôt de contaminants – est la première méthode de « détoxification » du corps. - Devra Lee Davis

Très schématiquement, ces produits convertiraient en tout début de vie des cellules souches en cellules adipeuses – dont la fonction est de stocker les graisses –, vouant les individus à une lutte permanente pour maintenir un poids de santé correct. - François Veillerette

Bonjour à tous !Graisses pollutions sante enfants

Les tissus adipeux – « le gras » en langage courant – sont bien plus qu’un surplus inutile. Le gras permet le bon fonctionnement de plusieurs fonctions corporelles importantes. La plupart d’entre nous savent qu’il constitue une réserve d’énergie et d’hormones. Ce qui est moins connu, c’est que le gras peut protèger contre les effets toxiques de certains polluants.

 

En plus de mettre à disposition des articles scientifiques, le site Internet de la revue Environment Health Perspectives [1] propose des interviews de chercheurs, auteurs de certains des articles publiés. Dans ce cadre, Michele La Merrill a été interviewée en 2013 [2]. Michele La Merrill est professeure adjointe au Département de toxicologie environnementale de l’Université de Californie. L’interview a porté sur une revue de littérature scientifique, publiée en 2012, qui traitait des interactions entre le gras et les Polluants organiques persistants (POP) [3].

 

Eléments clés de l’interview, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus de l’interview, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • De nombreux POP sont très solubles dans les graisses. Une fois entrés dans le corps, ils sont stockés dans les tissus adipeux. Ce stockage permet d’éviter que les POP ne rentrent en contact avec d’autres tissus et d’autres organes, plus essentiels au fonctionnement du corps.
  • Par exemple certains POP, comme les dioxines, les PCB, les retardateurs de flamme ou les pesticides organochlorés, peuvent altérer le fonctionnement du système immunitaire, endommager le foie et causer certains cancers. Stocker les POP dans les graisses permettrait de protéger les zones les plus sensibles et les plus essentielles du corps, et ainsi de diminuer l’impact global de ces polluants sur la santé [4].
  • Par conséquent, la présence de POP dans le corps augmente le risque de surpoids et d’obésité [4].
  • Malheureusement, une fois stockés dans les graisses, les POP deviennent plus difficiles à éliminer, ce qui génère une exposition de long terme pour les tissus graisseux, les rendant plus susceptibles de développer des maladies. Si on est en surpoids, perdre du poids est donc un moyen de détoxifier son corps.
  • Une perte de masse graisseuse, à l’occasion d’un régime amincissant par exemple, correspond à une libération des POPs stockés dans le sang [4].

 

Concrètement, que peut-on en tirer pour protéger la santé de nos enfants ?

Dans cette interview, Michele La Merrill donne quelques conseils pour diminuer son exposition aux POP :

  • réduire sa consommation de graisses animales. Je suppose qu’elle désigne ici les graisses provenant de l’industrie agro-alimentaire standard, le cas le plus courant. Néanmoins, à mon sens, si un animal est élevé dans une ferme bio et nourri avec sa nourriture physiologique (ex : de l’herbe pour les ruminants), alors les graisses correspondantes sont très riches en nutriments et pauvres en polluants  divers (pesticides, résidus de médicaments, hormones, etc.). C’est par exemple le cas des graisses que l’on trouve dans les abats [7]. A l’échelle de l’espèce humaine, ce type de graisses aurait joué un rôle essentiel pour nous différencier des primates non-humains, notamment en permettant le développement de notre cerveau [5, 6] ;
  • faire régulièrement la poussière chez soi, car beaucoup de retardateurs de flamme bromés se retrouvent dans les poussières domestiques ;
  • si on est en surpoids, perdre de la masse graisseuse.

Par ailleurs, les résultats présentés suggèrent qu’une perte de masse graisseuse, si elle est à la fois importante et soudaine, pourrait générer de fortes expositions internes aux POP. Une perte de poids bien répartie dans le temps permettrait de diminuer ces niveaux d’expositions [8].

 

Connaissiez ces recommandations ? Peut-être avez-vous d’autres conseils à appliquer en complément. Dites-le moi dans les commentaires !

 

Photo par Gaulsstin

Références :

  1. En français : Perspectives en Santé Environnementhttp://ehp.niehs.nih.gov/
  2. Ahearn A. The secret life of fat. Environ Health Perspect http://dx.doi.org/10.1289/ehp.trp010113
  3. La Merrill M, et al. Toxicological function of adipose tissue: focus on persistent organic pollutants. Environ Health Perspect http://dx.doi.org/10.1289/ehp.1205485.
  4. Barouki R. Tissu graisseux et polluants : protection et toxicité. Site Internet LeMonde.fr – 2013 – http://prevention.blog.lemonde.fr/2013/06/16/cosmetiques-du-bebe-cest-pas-automatique/.
  5. Picq P. Les origines de l’homme : L’odyssée de l’espèce (Anglais). Points 2014.
  6. Jaminet P, Jaminet SC. Perfect Health Diet. Scribner 2012.
  7. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Composition nutritionnelle des aliments – TABLE Ciqual – version 2013. https://pro.anses.fr/tableciqual/
  8. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement – Rapport  d’expertise collective – Novembre 2010 – https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2009sa0099Ra.pdf

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8 réponses

  1. Il est effectivement intéressant de rappeler que tous les « gras » ne se valent pas et qu’il existe différent types de graisses, ce qui implique de faire attention à son alimentation.
    Pour se protéger des pollutions l’un des meilleur moyen c’est justement un mode de vie sain pour un système immunitaire solide. On ne rappellera jamais assez l’importance de l’alimentation pour une bonne santé 😉

  2. On est en phase ! Mes sources de gras préférés : abats (animaux nourris à l’herbe, dans une ferme bio), petits poissons gras, avocats, olives, noix de coco, fèves de cacao. Je serais curieux de connaitre les tiennes 🙂

  3. Tu choisis de bonne sources de gras c’est bien 🙂 De mon côté je suis fan d’avocats, d’olives, de noix de cajou, d’amandes, de saumon et d’oeufs bio.
    En ce qui concerne la viande, il est conseillé d’éviter le lard et ne pas consommer plus de 500 grammes de viande rouge par semaine. 🙂

  4. Les noix de cajou (non salées et non grillées) sont les fruits secs préférés de ma fille, que c’est bon !

    1. D’accord avec toi 🙂
      Pourtant autour de moi je constate qu’ on consomme beaucoup de plats préparés gras et des viandes grasses très transformées achetées au supermarché. C’est cool que tu sois entourée de personnes assez sensibilisées sur ces sujets !

  5. Bonjour Guillaume,
    je ne savais pas du tout que la graisse servait à stocker des polluants !
    A moins que je n’aie mal compris, il faut perdre régulièrement de la graisse, mais il faut en même temps en avoir toujours un peu, pour que cela serve de « tampon » protecteur quand le corps absorbe des POP ?

    1. Bonne question Yum ! L’auteur ne mentionne pas de besoin de stockage.
      Voici ma compréhension des choses aujourd’hui, à confirmer : 1) même une personne fine possède déjà une masse graisseuse significative, lui permettant de jeûner plusieurs semaines par exemple. 2) la quantité de masse graisseuse dans le corps est réglé par le cerveau (cf. Stephan Guyenet si tu souhaites approfondir ce sujet passionnant), selon tout un tas de paramètres, dont j’imagine les polluants à neutraliser. Il utilise la graisse présente et les lipides apportés par l’alimentation (je suppose que tu inclues des bonnes graisses dans ton alimentation !). En cas d’exposition non extrême, on pourrait supposer que la 2e option est suffisante (?)

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