Comment protéger les enfants des effets de la pollution atmosphérique (6/6)

Lorsque nous nous sommes rendu compte que les particules fines pouvaient pénétrer dans la circulation sanguine, nous avons compris qu’elles pouvaient atteindre n’importe quel organe. – Sylvia Médina, épidémiologiste à Santé publique France

[Concernant la pollution atmosphérique,] les normes actuelles appliquées en Europe et en France sont moins protectrices que les valeurs guides préconisées par l’OMS depuis 2005 et, en outre, des effets sanitaires ont été mis en évidence à des niveaux inférieurs à ces valeurs guides. Au vu des données actuelles, il ne semble pas exister pas de seuil en dessous duquel aucun effet sur la santé n’est attendu. – Anses (2017)

 

Bonjour à touspollution atmosphérique air enfants62

Cet article est le dernier d’une série visant à faire le point sur le sujet de la pollution de l’air extérieur, du point de vue de parents souhaitant protéger la santé de leurs enfants. Les articles précédents ont présenté les principaux éléments à connaitre, selon moi, sur son contenu, sur les enjeux sanitaires associés et sur les idées reçues correspondantes. L’article précédent a passé en revue les bonnes pratiques classiques permettant de diminuer les expositions chroniques des enfants. En complément, quelles sont les bonnes pratiques qui permettent de diminuer les expositions en cas de pics de pollution de l’air extérieur ?

 

Les recommandations sanitaires officielles dépendent du type de seuil réglementaire dépassé. Concernant les enfants, elles comprennent les recommandations suivantes [1, 2, 3, 4, 6] :

  • en cas de dépassement du seuil d’information et de recommandation, les personnes dites « vulnérables » (femmes enceintes, nourrissons, jeunes enfants, personnes asthmatiques, personnes souffrant d’insuffisances respiratoires…) limiteront :
    • les activités physiques intenses, car ces activités augmentent le débit d’air inhalé (de 5 à 10 fois par rapport à celui d’une marche) et donc l’exposition aux polluants atmosphériques,
    • les déplacements sur les grands axes routiers et à leurs abords, aux périodes de pointe, car les concentrations en polluants y sont plus élevées.

Dans le cas particulier d’un pic de pollution à l’ozone, les sorties durant l’après-midi et les activités physiques intenses en plein air seront limitées. Les activités physiques intenses à l’intérieur de bâtiments pourront être maintenues ;

 

  • en cas de dépassement du seuil d’alerte :
    • pour les enfants faisant partie des personnes « vulnérables », les activités physiques, les déplacements et les sorties décrits plus hauts seront évités (et non plus seulement limités). En cas de gêne respiratoire, tel qu’un essoufflement ou un sifflement :
      • privilégier des sorties plus brèves et celles qui demandent le moins d’effort ;
      • en cas de traitement médical en cours, contacter un médecin pour considérer la pertinence d’une potentielle adaptation ;
    • pour les autres enfants, les activités physiques intenses seront réduites ;
    • dans le cas particulier d’un pic de pollution à l’ozone :
      • pour les personnes vulnérables, les activités physiques peu intenses à l’intérieur de bâtiments pourront être maintenues ;
      • pour les autres enfants, les activités physiques intenses à l’intérieur de bâtiments peuvent être maintenues.

 

Ces recommandations de limitation et d’évitement pourront être adaptées en fonction de la proximité à des zones polluées (ex : axes à fort trafic) et des moments de la journée où le niveau de pollution est le plus élevé :

  • pour les particules (PM) et le dioxyde d’azote (NO2), classiquement : le début de matinée et le début de soirée ;
  • pour l’ozone, classiquement : le milieu et la fin d’après-midi, aux heures les plus chaudes et les plus ensoleillées.

 

pollution atmosphérique air enfants61

 

Quel que soit le type de seuil dépassé, en cas de symptômes ou d’inquiétude, il est prudent de prendre conseil auprès d’une personne compétente, comme le médecin qui suit l’enfant par exemple. Une permanence sanitaire peut être mise en place localement ; le cas échéant, elle constitue une source utile d’informations et de conseils.

 

D’une manière générale, des informations sur la qualité de l’air locale sont disponibles sur le site Internet de la Fédération des associations de surveillance de la qualité de l’air : http://www.atmo-france.org. Les potentiels dépassements des seuils de qualité de l’air y sont précisés.

Dans la plupart des régions, ces associations de surveillance proposent un abonnement à des alertes (SMS, mail, réseaux sociaux…) et des applications mobiles (Airparif, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes…)  qui permettent d’être informé en cas de prévision d’un épisode de pollution.

 

Par ailleurs, d’une manière générale, pendant un pic de pollution, les expositions à d’autres polluants volatiles pourront être réduites autant que possible, afin de diminuer l’ampleur des expositions cumulées. A cette fin, en complément des bonnes pratiques ci-dessus et de celles présentées à l’article précédent, d’autres suggestions peuvent utilement être mises en œuvre [1, 2, 5, 6] :

  • maintenir les bonnes pratiques d’aération – au moins 10 minutes par jour, été comme hiver – afin de ne pas concentrer les polluants émis par des sources se trouvant à l’intérieur des bâtiments : peintures, meubles, activités de cuisson, produits ménagers, désodorisants (bougies, encens, sprays, diffuseurs, etc.), etc. L’aération pourra être différée en fin de matinée ou en début d’après-midi, afin d’éviter les périodes classiques de pollution automobile maximale.
  • éliminer ou grandement réduire les sources additionnelles de pollution de l’air : tabagisme à l’intérieur de bâtiments, activités de bricolage émettant des polluants volatiles (ex : utilisant des solvants, etc.), utilisation de produits ménagers industriels et de désodorisants, fritures et grillades, chauffage au bois, brûlage de déchets verts à l’air libre (bien que cette pratique soit interdite), etc.

 

Voilà, c’est la fin de cette série d’articles sur la pollution atmosphérique. Je crois que, avec les données et les recommandations collectées dans cette série, vous êtes maintenant des parents ou des encadrants d’enfants plutôt bien informés 🙂

Peut-être que, comme moi, certains d’entre vous trouvent le résultat de ce bilan assez frustrant, au regard du niveau d’exposition résiduel, probablement toujours significatif, que nous pouvons atteindre avec les bonnes pratiques classiquement recommandées. Comment encore augmenter le niveau de protection apporté à nos enfants ? A part déménager dans une zone rurale où la qualité de l’air est bonne, je ne connais pas de solution miracle pour diminuer les expositions. Pour ceux qui, comme moi, considèrent qu’un déménagement, en l’état, présente plus d’inconvénients que d’avantages, je vais discuter dans un prochain article des pistes que j’identifie, à ce stade de mes réflexions personnelles, pour apporter un plus grand niveau de protection aux enfants.

 

Cet article complémentaire se trouve ici : Comment protéger les enfants des effets de la pollution atmosphérique – perspectives

 

Références

  1. Ministère des Solidarités et de la Santé. Pollution de l’air aux particules fines : rappel des recommandations pour protéger sa santé. http://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/actualites-du-ministere/article/pollution-de-l-air-aux-particules-fines-rappel-des-recommandations-pour-319556 (Publié le 20/01/2017, consulté le 18/03/2018)
  2. Ministère des Solidarités et de la Santé. Se protéger en cas de pic de pollution de l’air. http://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/air-exterieur/article/se-proteger-en-cas-de-pic-de-pollution-de-l-air (consulté le 19/03/2018)
  3. Direction générale de la santé – Sous-direction Prévention des risques liés à l’environnement et à l’alimentation – Bureau Environnement extérieur et produits chimiques. Se protéger en cas de pic de pollution de l’air. Site Internet du Ministère des affaires sociales et de la santé – http://social-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/air-exterieur/article/se-proteger-en-cas-de-pic-de-pollution-de-l-air (publié le 14/12/2015 ; consulté le 22/03/2018).
  4. Pediatric Environmental Health, 3rd Edition. American Academy of Pediatrics
  5. Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE) Île-de-France. Pollution atmosphérique – s’en protéger, la prévenir – informations et conseils pour le grand public. https://www.airparif.asso.fr/_pdf/publications/plaquettePRQA.pdf (Consulté le 27/03/2018)
  6. Ministère en charge de la santé. Qualité de l’air – épisode de pollution de l’air aux particules – les gestes à adopter. http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/pollution_enfants.pdf (Consulté le 04/09/2018)

Photo par Neil Howard et DAVID HOLT

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3 Commentaires

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  2. Hdpape

    Les enfants ne sont pas des adultes en miniature: ils sont particulierement vulnerables face aux effets toxiques des produits chimiques.

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Bonjour Hdpape
      Oui c’est un des grands messages du blog, que je développe ici si ça t’intéresse : http://sante-enfants-environnement.com/pollutions-environnementales-et-sante-ce-qui-rend-les-enfants-plus-vulnerables/

      Merci de rappeler ce fondamental : une raison de plus pour tenter d’aller plus loin dans le niveau de protection !

      Répondre

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