Les industriels manipulent-ils les évaluations de risques liés aux téléphones mobiles ?

[concernant la dangerosité des ondes]. Vous l’aurez compris : on n’en sait encore rien. Donc, logiquement, quand on ne sait pas, on s’abstient. – Pr René Frydman 

L’industrie du tabac n’a donc pas seulement imaginé les techniques, elle a aussi sélectionné dans la communauté scientifique les individualités qui, sans nécessairement être corrompues, prêtent une plus haute attention aux intérêts industriels qu’à l’intérêt général. […] Les cadres de Philip Morris, dans leur correspondance interne, nommaient cela se constituer « une écurie d’experts ». – Stéphane Foucart

 

Chronique du film-documentaire « Ondes, Science et Manigances »

ondes enfants risques téléphonie

De Jean Hêches et Nancy de Méritens, sorti en salle en 2014

Ce documentaire porte sur les expositions aux ondes électromagnétiques, ainsi que sur l’influence des industriels sur l’évaluation des risques associés.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du documentaire, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • L’exposition à des ondes électromagnétiques, produites par des antennes relais ou par des téléphones mobiles, sont suspectées d’avoir des effets sanitaires préoccupants.
  • Ces effets font l’objet d’études et d’informations contradictoires. Par exemple, en 2009, le Parlement européen a exprimé des inquiétudes fondées sur plusieurs rapports scientifiques, soulignant le caractère obsolète des normes en vigueur et questionnant l’avis de l’OMS quant à l’absence de risques démontrés. Cette situation produit des points de vue diamétralement opposés, conduisant à des conflits importants entre les différents acteurs du domaine.
  • Plusieurs bonnes pratiques de réduction des expositions figurent sur les notices des téléphones portables : utiliser un kit main libre ; tenir à distance du corps, en particulier du ventre des femmes enceintes… Ces bonnes pratiques apparaissent contradictoires avec le discours des industriels de la téléphonie mobile, qui assurent l’absence de risques. D’autre part, certains de ces industriels on fait breveté des équipements de réduction des expositions, ce qui pose également question.
  • Pour défendre leurs intérêts, les industriels de la téléphonie mobile utilisent différents types de stratégies, s’inspirant des stratégies mises en place par Philip Morris lors de la controverse sur le tabac. Ces stratégies incluent :
    • financer des études et des contre-expertises, dont les conclusions leur sont favorables, et qui permettent de pouvoir affirmer qu’il y a une controverse, que les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux à ce stade. Entretenir l’apparence d’une controverse permet de gagner de nombreuses années ;
    • invoquer la protection de forts enjeux économiques et la préservation d’emplois pour demander un niveau de preuve élevé avant toute action réglementaire. Pour les ondes issues de la téléphonie mobile, dans un contexte d’exposition à de multiples autres facteurs environnementaux, démontrer un lien de cause à effet chez l’homme est quasiment impossible. Toute décision devra se baser sur un faisceau d’indices ;
    • mettre en place des campagnes d’information visant à discréditer les compétences des chercheurs dont les résultats sont défavorables aux intérêts industriels.
  • Selon les pays, les normes de protection des populations peuvent d’un facteur 100.
  • Ces normes se basent sur la capacité des ondes à élever la température d’un organisme. Ce type de phénomène suppose un fort niveau d’exposition. Or d’autres effets sont fortement suspectés pour des niveaux chroniques plus faibles : maux de tête, augmentation de la pression sanguine, douleurs dans la région du cœur, perte de fertilité, troubles neurologiques… Certains de ces effets sont démontrés par certaines équipes sur des animaux de laboratoire.
  • Selon les méthodes utilisées par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), les substances cancérigènes font l’objet d’une approche graduée de la preuve : une substance peut-être « cancérogène », « probablement cancérogène », « potentiellement cancérogène », « inclassable » ou « probablement pas cancérogènes ». Depuis 2011, les ondes électromagnétiques sont classées « potentiellement cancérogène ».
  • Certains experts de l’OMS présentent des conflits d’intérêts. Concernant les ondes issues de la téléphonie mobile, des révélations de journalistes ont conduit à la démission du responsable d’un groupe d’experts.

 

ondes enfants risques téléphonie2

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Nous avons trouvé une augmentation des lésions de l’ADN après l’exposition de cellules humaines à des basses fréquences et à des hautes fréquences.

Si, à partir de toutes les personnes que j’ai entendues aujourd’hui, vous pouvez en conclure qu’il y a un consensus, c’est parce que tous ceux qui auraient pu exprimer un avis contraire ont été soigneusement écartés ou non pris en compte.

Pour les études financées sur fond public, 83 % d’entre elles révèlent des effets des téléphones portables sur nos organismes. Lorsqu’il s’agissait d’études financées par les industriels, on n’en trouvait plus que 33 %. Ces chiffres sont tout à fait révélateurs.

Plus j’ai enquêté sur ce sujet, plus j’ai découvert qu’il y a eu des dissimulations de faits. Il y avait une énorme quantité d’études scientifiques et de recherche, déjà dans les années 1990, qui indiquaient que ces rayonnements pouvaient être cancérogènes.

Il y a suffisamment de signaux aujourd’hui concernant les ondes électromagnétiques pour qu’on applique le principe de précaution, qui est un principe constitutionnel. C’est pour cela que nous disons que puisque les normes actuelles ne nous protègent que des effets dits « avérés », et pas du tout des effets dits « suspectés », on n’est pas du tout dans le cadre de l’application du principe de précaution, et donc il faut revoir ces normes.

En la présence de deux enfants atteints [de cancer] dans la même école, dont une fillette qui est décédée, les associations ont demandé une enquête sanitaire pour comprendre l’origine du problème. Mais six ans après les événements, les autorités refusaient toujours cette demande, au motif qu’il aurait fallu un troisième enfant malade. Cette tendance qui consiste à demander toujours plus de preuves de la dangerosité d’un produit ou d’une technologie est de plus en plus contestée par des citoyens et des scientifiques.

Lorsque vous dites qu’il n’y a pas de relation de cause à effet, ce que vous voulez dire c’est qu’il n’existe aucune preuve à un niveau très très très élevé. Entre ce niveau et rien, où il n’y a aucune preuve d’un lien de causalité, il y a une longue suite de preuves, qui va d’une légère suspicion scientifique du risque – où nous en étions il y a trois ans avec les tumeurs à la tête et les cancers – à des soupçons scientifiques du risque, à des raisons d’inquiétude, à un équilibre des probabilités, à une certitude raisonnable, etc.

Si on regarde les études dans leur ensemble, il n’y a pas de risque augmenté de tumeur du cerveau, à l’heure actuelle. Mais si on regarde, dans les études, les personnes qui ont été le plus exposées et le plus longtemps, ces personnes là ont un risque augmenté de tumeurs du cerveau.

 

Mon avis

Les « + » :

  • présente clairement les enjeux et les controverses liés aux ondes issues de la téléphonie mobile ;
  • inclue des interviews de représentants de l’OMS et du CIRC, qui permet de donner un éclairage différent des thèses défendues par le documentaire ;
  • met en avant la complexité de prise de décision lorsqu’une preuve certaine ne peut-être obtenue : à partir de quel niveau de preuves (imparfaites) est-il pertinent d’agir ?

Les « – » :

  • des procès d’intention par des acteurs mis en avant par le documentaire, sans expliquer plus avant ce qui permet de telles insinuations.
  • plusieurs sur-exploitations des faits présentés.

Photo par StephenMitchell

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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