Santé des enfants : comment la protéger du « syndrome de manque de nature » (3/4)

Travailler contre le vœu de la nature est peine perdue. - Sénèque

Le monde contemporain, en remplaçant la nature par un environnement synthétique et en faisant croire que les risques sont ainsi écartés, tend à faire disparaître jusqu’aux réflexes dictés par l’instinct de survie. - Roger Lenglet

 

Chronique du livre Le dernier enfant dans les bois, qui porte notamment sur le syndrome de manque de nature

syndrome de manque de nature - couverture du livre

de Richard Louv, 410 pages, publié en 2005 (révisé et augmenté en 2008) .

 

Richard Louv est auteur et journaliste scientifique. Il a fondé et préside l’ONG Réseau Enfants & Nature.

Ce livre est considéré comme un ouvrage de référence sur le lien entre les enfants et la nature. Il recense les résultats de différents travaux scientifiques, portant sur :

  • le rôle que joue la nature dans le bon développement des enfants ;
  • les impacts du manque de nature sur la santé des enfants, aussi bien physiologique que psychologique.

Ce livre est très riche en informations et en recommandations de qualité. Il fera donc l’objet d’une chronique en quatre parties.

Le présent article est la troisième partie de cette chronique. Il y est question notamment de la théorie des « pièces détachées » et de la restauration de l’attention grâce à la nature. Par ailleurs, la première partie se trouve Santé des enfants : comment la protéger du « syndrome de manque de nature » (1/4).

 

Syndrome de manque de nature – Quelques informations et points de vue intéressants

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec le « syndrome de manque de nature », et que je souhaite partager avec vous.

  • Dans tout environnement, l’inventivité et la créativité des enfants s’avèreraient proportionnelles au degré de variabilité qu’on y trouve. On parle de « théorie des pièces détachées ».
  • Certains jouets ne correspondent pas à une utilisation préétablie. Par exemple : ficelle, morceau de carton, légos. Ces jouets contribuent à développer la créativité, car ils peuvent s’utiliser de multiples façons et se combiner entre eux selon l’imagination.
  • Les éléments trouvés dans la nature constituent de tels jouets pour les enfants. Par exemple : eau, bouts de bois, sable (mouillé), buissons, fleurs, herbes hautes.
  • Les enfants n’ont pas forcément besoin d’aventures fantastiques ou de vacances en Afrique. Ils ont juste besoin d’un goût, d’un son, d’une vue ou d’un toucher, pour se reconnecter avec la nature et ses expériences sensorielles.

 

Faire l’expérience du monde

  • L’immersion des enfants dans le monde électronique continuera de s’approfondir avec le temps. L’Age de l’information pourrait correspondre à une perte de notre capacité à faire l’expérience du monde, directement, avec nos propres sens. Déjà aujourd’hui, notre expérience du monde est bien appauvrie : déformée car indirecte, souvent basée sur la vue et l’ouïe uniquement, unidirectionnelle.
  • Dès 1890, le philosophe et psychologue William James distinguait deux types d’attention : l’attention dirigée et l’attention involontaire. Inspirés par James, Stephen et Rachel Kaplan, psychologues environnementaux à l’Université du Michigan, ont développé la théorie de la Restauration de l’attention, aujourd’hui bien établie. Selon cette théorie :
    • Trop d’attention dirigée conduit à une « fatigue de l’attention dirigée ». Et cette fatigue se caractérise notamment par certains comportements spécifiques. Par exemple : attitude impulsive, agitation, irritation, incapacité à se concentrer.
    • Un environnement où l’attention est « automatique », non dirigée et involontaire, permet de reposer l’attention dirigée.

 

Restauration de l’attention

C’est pourquoi, selon les Kaplans, la nature peut être la source la plus efficace de restauration de l’attention dirigée.

  • Entre 1981 et 2003, le temps libre des enfants a baissé de plus de neuf heures par semaine. Au sein du temps libre restant, l’utilisation de l’ordinateur a doublé. Entre 1981 et 1997, le temps d’étude des enfants de 12 ans et moins a augmenté de 20%. Comme pour la croissance des sports organisés, l’augmentation des devoirs à la maison et du temps d’étude n’est pas nécessairement une mauvaise tendance. Néanmoins, trop souvent, cette montée en pression éclipse le temps de jeu libre dans la nature.

 

 

syndrome de manque de nature - enfants dans un environnement vert et bleu

 

Quelques extraits en lien avec le « syndrome de manque de nature »

Quand un parc évolue vers un terrain de jeu, les enfants gagnent une capacité à jouer au football. Mais ils perdent des endroits pour pratiquer un jeu libre, auto-dirigé.

CELA PREND DU TEMPS de faire l’expérience de la nature d’une manière pleine de sens, un temps de rêve non-contraint et non-structuré. A moins que les parents n’y soient vigilants, un tel temps devient une ressource rare.

Encouragez les enfants à jouer dehors dans des espaces verts, et militez pour des récréations dans des cours d’école vertes. Cela peut être particulièrement utile pour renouveler la concentration des enfants.

Le temps dans la nature n’est pas un temps de loisir ; c’est un investissement essentiel dans la santé de nos enfants.

 

Besoin de nature pour une bonne santé

Déplacer l’expérience de la nature de la colonne « loisirs » à la colonne « santé ».

[Parlant de ses enfants] Je suis souvent surpris de constater que certaines activités que j’avais soigneusement planifiées s’inscrivent bien moins fortement dans leur mémoire à long terme, comparées à d’autres activités complètement spontanées et dont j’ai moi-même du mal à me remémorer. En tant qu’adultes, nous pouvons planifier un million de choses pour que le temps de nos enfants soit rempli de sens, mais ce qui résonne vraiment dans leur être intérieur est hors de notre contrôle.

Tandis que de plus en plus de parents gardent leurs enfants à l’intérieur de leur maison ou sous un contrôle rigide, on empêche les jeunes de faire preuve de confiance en eux et de discernement, d’interagir avec les voisins, ou d’apprendre à construire une réelle communauté – ce qui est une défense contre les sociopathes.

L’Agence de protection de l’environnement nous avertit maintenant que la pollution de l’air intérieur est l’exposition environnementale qui menace le plus notre santé.

Deux tiers des enfants américains ne peuvent pas réussir un test physique de base : 40 % des garçons et 70 % des filles âgés de 6 à 17 ans ne peuvent pas faire plus d’une traction ; et 40 % montrent des signes précoces de problèmes vasculaires et cardiaques, selon un rapport récent du Conseil présidentiel sur l’aptitude physique et les sports. […] alors où est le plus grand danger ? Dehors, dans les bois et les champs ? Ou sur le canapé devant la télé ? Une couverture enroulée trop serrée a aussi ses propres conséquences.

 

Revenir à la réalité de la nature

Les enfants sont si déconnectés de la nature que soit ils l’idéalisent, soit ils l’associe à la peur – les deux faces d’une même pièce, puisque nous avons tendance à craindre ou à romancer ce que nous ne connaissons pas.

Le problème ne sont pas les ordinateurs en eux-mêmes – ce sont juste des outils ; le problème est que la sur-dépendance aux ordinateurs remplace d’autres sources d’éducation, des arts à la nature.

Ce que les responsables de parcs appellent les « tours derrière son pare-brise » ont remplacé le camping. En 2001, le nombre de visiteurs qui ont campé dans les parcs nationaux a baissé de presque un tiers, atteignant son plus bas point depuis un quart de siècle. Cette baisse est particulièrement marquée parmi les personnes âgées de moins de 30 ans, peut-être parce que personne ne les a emmenés camper quand ils étaient jeunes.

 

La fin de cette chronique se trouve ici: Santé des enfants : comment la protéger du « syndrome de manque de nature » (4/4).

 

Pour conclure cet article portant notamment sur le syndrome de manque de nature, j’aimerais avoir votre avis. Que pensez-vous de ces informations et de ces recommandations ? Peut-être que, comme moi, elles posent des mots sur des phénomènes intuitivement connus. Dites-le moi dans les commentaires !

 

 

Et aussi : Et aussi : Musique par Ronan Vernon.

Photos notamment par MikeR.

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2 réponses

  1. Comme il est vrai que les enfants n’ont besoin de rien pour jouer ! Depuis que nous sommes à la campagne (4 ans), nos enfants (8 et 5 ans) passent beaucoup de temps dans le jardin et nous leur laissons beaucoup de liberté : ils fabriquent des cabanes, des « armes », des personnages, creusent, font des tas, arrachent parfois… notre seul contrôle est pour leur sécurité et le respect de la nature (et de mes fleurs !). Ils jouent par tous les temps, bien couverts quand il fait froid ou avec une veste étanche s’il bruine ; ils sont heureux et inventifs c’est un vrai plaisir ! Nous avons planté des courgettes et des tomates cette année ; ils se battent pour ramasser et cueillir le fruit de leur travail ! Et une fois cuisinés, c’est toujours le meilleur des plats ! Je sais que c’est un choix de vie contraignant pour nous (région parisienne, plus de temps de trajet pour le boulot) mais les weekends nous profitons pleinement de la nature !

  2. Merci pour ton super retour Cécile, qui va intéresser beaucoup de lecteurs et qui m’inspire beaucoup. En particulier, j’aime bien le « par tous les temps », qui me rappelle l’adage des écoles orientées nature : « il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que des vêtements inadaptés au temps qu’il fait ».
    D’autres lecteurs ont également fait part de la joie des enfants à l’idée de manger des légumes qu’ils ont eux-mêmes cultivés/cueillis : une valeur sûre 🙂

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