Les bienfaits d’une balade en forêt : Shinrin-yoku (4/4) – Même un peu

La nature est toujours là, pourtant. - Albert Camus

Souvent nous pensons à la nature comme à quelque chose de complètement séparé de nous, isolé dans des parcs nationaux, des forêts ou des plages de bord de mer, qui nécessitent des excursions organisées. Mais la nature est tout autour de nous, dans les jardins à l'arrière des maisons, les cours d'écoles, les jardins publics et les terrains en friche, poussant sans relâche vers le ciel, à travers les fissures des trottoirs. - Scott Sampson

Bonjour à tous !
Cette série d’articles traite des bienfaits des bains de forêt (« Shinrin-yoku » en japonais) pour les enfants. Le premier article a expliqué ce qu’est un bain de forêt. Le second article a présenté les bienfaits pour la santé qui ont été mesurés scientifiquement. Le troisième article a discuté de comment faire profiter aux mieux des bains de forêts à nos enfants. Le présent article porte sur l’adaptation de cette pratique en milieu urbain.

Enfants Shinrin-yoku - une forêt en automne

 

La ville de Philadelphie a mis en place un programme d’actions visant à nettoyer puis reverdir les terrains urbains laissés à l’abandon. Ces actions empêchent que les « vacant lots » deviennent de véritables friches, plus ou moins utilisées comme décharges sauvages. Les opérations de reverdissement restent simples : elles consistent à planter de l’herbe et des arbres, puis à entourer le terrain d’une barrière en bois.

A l’occasion de travaux de recherche, des personnes ont été invitées à se balader à proximité d’une sélection de terrains laissés en friche. Ces personnes étaient équipées d’un GPS et d’un appareil mesurant leur fréquence cardiaque. Puis, plusieurs mois plus tard, ces mêmes personnes se sont à nouveau baladées à proximité des mêmes terrains, une fois reverdis. Les fréquences cardiaques mesurées étaient significativement inférieures aux premières mesures, de l’ordre de 5 à 15 battements par minute [1].

 

Enfants et Shinrin-yoku : pas besoin de beaucoup pour voir des effets

Eugenia South, l’auteur de l’étude, souligne que la fréquence cardiaque est un marqueur biologique qui varie sensiblement en fonction des évènements apparaissant dans une journée : elle est classiquement utilisée comme un indicateur permettant de caractériser le stress ressenti. Selon Eugenia South, cette étude suggère donc que se balader à proximité de terrains arborés pourrait contribuer à diminuer le stress ressenti. Ces premières mesures physiologiques font suite à des mesures déclaratives réalisés en 2012. Ainsi, lors d’une expérience similaire, les sujets avaient déclaré se sentir mieux, et même plus en sécurité, une fois le nettoyage et le reverdissement des terrains effectués. Eugenia South indique que de prochains travaux pourraient porter sur d’autres marqueurs physiologiques : pression sanguine, niveaux de cortisol, etc.

 

Ces résultats suggèrent qu’un premier effet “bain de forêt” pourrait se faire sentir dès la proximité d’un terrain arboré en ville, donc sans nécessairement avoir besoin de se retrouver au milieu d’une forêt sauvage de plusieurs hectares. Par conséquent, ils nous invitent à mettre régulièrement nos enfants au contact de paysages arborés, sans forcément attendre de pouvoir accéder à de grands espaces de nature.

 

Nature verte et bleue - square des Batignolles

 

Shinrin-yoku : mon ressenti

Ces résultats sont cohérents avec des résultats d’études précédentes [2] et avec ce que je ressens intuitivement, peut-être qu’ils vous donnent la même impression à vous aussi. Récemment, j’ai pu randonné dans des forêts sauvages, comme en Alaska ou au Parc Yellowstone par exemple. Je m’y suis senti merveilleusement bien. Mais, en routine, je ressens un supplément de bien–être dès que je me rends dans un des parcs de Paris, ou même dans un de ses petits squares, lorsque je me retrouve dans le jardin d’un pavillon, lorsque je me balade dans une base de loisirs, etc. Dans cet esprit, les photos illustrant cet article montre des paysages arborés, certes artificiel, mais au sein desquels je ressens des effets de type “Shirin-yoku”.

 

Enfants Shinrin-yoku - Canal de Berry

 

A mon sens, sur ce sujet comme sur d’autres, le parfait ne doit pas devenir l’ennemi du bien : même un petit carré de nature arborée fait probablement du bien à nos enfants [3]. Et puis, pour passer au niveau supérieur, une forêt se trouve souvent à proximité. Par exemple, l’Office National des Forêts (ONF) indique que 75 % des Français vivent à moins de 30 minutes d’une forêt.

 

Enfants et Shinrin-yoku : intensité en présence d’eaux de surface

Deux photos illustrent la fin de cet article. Elles montrent notamment les berges du canal de Berry et la base de loisirs de Jablines (Seine et Marne). Quasi-systématiquement, une balade à Jablines ou le long d’un canal correspond chez moi à un surplus de bien-être. Autant que je peux l’observer, cela semble produire un effet similaire sur ma fille de 3 ans.

 

 

Nature verte et bleue - base de loisir de Jablines

 

En plus de zones arborées, Jablines ou un canal comprend plusieurs étendues d’eau. De mémoire, j’ai déjà parcouru des articles portant sur les effets bénéfiques qu’apportent des paysages naturels comportant, à la fois, du bleu et du vert, de l’eau et de la verdure. Ce sujet me parait vraiment intéressant, je pense l’approfondir à l’occasion d’un prochain article. La nature est-elle plus bénéfique pour nos enfants lorsqu’elle est à la fois verte et bleue ? (1/2)

 

Pour conclure ce dernier article sur la pratique de shinrin-yoku par les enfants, je serais intéressé par votre avis. Ressentez-vous un mieux être dès que vous rentrez dans un petit square ? Avez-vous remarqué que la présence d’eau dans le paysage vous apporte quelque chose de particulier ? Partagez vos ressentis dans les commentaires !

 

Références  – Enfants et Shinrin-yoku

1. South EC et al. Neighborhood Blight, Stress, and Health. A Walking Trial of Urban Greening and Ambulatory Heart Rate. American Journal of Public Health, 2015; e1. Notamment : lien. Et aussi : 

2. Harvard Public Health. This Week in Health, April 22, 2016. The health benefits of green space. Et aussi : 

3. Children and Nature Network. Notamment : lien.

 

Photos notamment par Valiphotos

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5 réponses

  1. Bonjour Guillaume,
    Je peux témoigner de ce que je suis en train d’expérimenter:
    J’ai habité pendant 5 ans dans un petit centre ville calme mais sombre et avec très peu de verdure. J’ai emménagé il y a quelques jours dans une petite maison entourée de verdure et lumineuse. Il y a cependant un environnement sonore plus bruyant que dans mon précédent logement: je suis à proximité d’un axe routier, en clair j’entends les camions… Pourtant, quelle libération pour moi d’accéder à cette verdure, de voir des arbres par la fenêtre, de pouvoir gratter dans mon jardin… C’est extraordinaire, à tel point que je ne porte que très peu d’attention au bruit de la route.
    Les arbres et ce qui évoque la nature a pour moi l’effet d’amis bienveillants et apaisants.

  2. Super retour d’expérience Emilie, merci de l’avoir partagé. Moi j’habite dans le 17e arrondissement de Paris, et le petit square des Batignolles me fait l’effet d’une vraie bouffée d’oxygène… aux heures où il n’est pas surpeuplé !

    Par ailleurs, au delà du contenu intéressant, ça me fait vraiment plaisir d’avoir un commentaire de toi 😉 Pour ceux qui n’ont pas encore vu le lien : Emilie s’occupe du blog « Eveil et Nature » dont, comme vous pouvez le voir dans ma sélection de favoris sur la barre latérale, je suis fan ! Je vous invite tous à découvrir cet excellent blog.

  3. J’ai la chance de pouvoir profiter d’un environnement forestier à proximité (quelques centaines de mètres) de mon domicile, et de pouvoir me plonger dans la forêt a minima 1 fois par semaine, mais bien souvent 2 ou 3 fois par semaine. Même si j’ai certainement encore beaucoup à apprendre concernant le Shinrin-yoku puisque je suis plus régulièrement en forêt pour une activité sportive ou pour accompagner mon fils en vélo, que pour de réelles instants de contemplation/méditation, j’y travaille de plus en plus régulièrement.
    Compte tenu de cela, je dois avouer bien humblement que je suis mal habituée (ou bien habituée, tout dépend de quel point de vue on se place !) et il me semble donc que j’ai plus de mal à percevoir ses environnements verts urbains que décrivent Guillaume et Emilie ci-dessus comme ayant de réels effets bénéfiques sur moi. Pour autant, je suis convaincue du bien-être qu’ils peuvent procurer aux personnes dont le quotidien est plus urbain que le mien. Ce témoignage n’est pas là pour déclencher des jalousies – que la vie m’en garde ! – mais pour attester du fait que peut-être, tout est question de comparaison / tout est relatif et que le bien-être procuré par un environnement défini dépend pour chacun de son environnement « de routine ».

  4. haha oui effectivement moi je suis en manque de nature, alors un petit square me fait rêver lol !

    Si tu fais ton sport en forêt seule, alors je pense que la magie peut opérer 😉

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