Le lien gènes / environnement, selon Gilles-Éric Séralini (1/3)

La science redeviendra la conquête par essence de l’esprit humain, lorsqu’elle aura accepté de substituer au progrès technologique le progrès humain. – Corinne Lepage

La notion de programme en biologie est une notion ambiguë. […] Il suggère l’existence d’une prédétermination rigide et favorise implicitement une confusion entre la nature des informations contenues – pré-écrites – dans nos gènes et l’ensemble des interactions – des opérations – qui déterminent la manière dont nos cellules et notre corps consultent et utilisent ces informations. – Jean-Claude Ameisen

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Chronique du livre « Génétiquement incorrect »

Génétiquement incorrect Séralini

de Gilles-Éric Séralini, 325 pages, publié en 2003

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Gilles-Eric Séralini est chercheur et professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen. Il est co-fondateur du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) et auteur de plusieurs ouvrages de santé environnementale à l’attention du grand public. Gilles-Eric Séralini est un des lanceurs d’alerte les plus controversés en France.

Ce livre porte sur le fonctionnement du génome, et sur comment ce fonctionnement peut-être perturbé par des pollutions environnementales.

La chronique de ce livre fait l’objet d’une série de trois articles. Cet article est le premier de la série.

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • La génétique a fait d’énormes progrès au cours des dernières décennies. Toutes les découvertes associées peuvent donner la fausse impression que les scientifiques maîtrisent la connaissance du génome et de son fonctionnement.
  • L’expression des gènes dépend de l’environnement dans lequel se trouve l’organisme.
  • Au sein de la communauté scientifique, encore aujourd’hui, beaucoup pense encore qu’un gène est associé à la production d’une unique protéine, qui elle-même assure une unique fonction corporelle. Cette vision est très simplificatrice ; elle ne rend pas compte du fonctionnement en réseau des gènes.
  • Les sciences sont devenues très spécialisées. Par conséquent, beaucoup de scientifiques ont perdu la capacité d’adopter un point de vue distancié, croisant les savoirs acquis dans les sciences voisines. Seul ce point de vue permet d’intégrer et de mettre en synergie différents savoirs.
  • Le « progrès » est associé au développement technologique, dont la vitesse dépasse la capacité des scientifiques à comprendre et maîtriser les risques associés. Souvent, ces risques non maîtrisés sont subis par des populations qui n’ont pas été consultés au préalable.
  • Les médecins n’ont aucune obligation de mettre à jour leurs connaissances pour pouvoir continuer à exercer. Plus préoccupant encore, leurs sources d’informations sont souvent issues du marketing proactif d’industriels pharmaceutiques, pour qui la santé publique n’est pas l’objectif principal.
  • Si les impacts des pesticides sur le système hormonal n’étaient pas sous-évalués, les méthodes culturales et la vie des agriculteurs seraient radicalement différentes.
  • Le processus scientifique d’acquisition de connaissances s’efforce d’être le plus objectif possible. Par contre, ce qui l’entoure est souvent peu objectif. Par exemple :
    • l’interprétation et le choix des résultats sur lesquels on va s’appuyer pour imaginer l’expérience suivante ;
    • les applications pratiques qui en découlent.

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Génétiquement incorrect Séralini 1

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Que sait-on des gènes ? Imprévisibles, ils fonctionnent en réseaux, mutent, se taisent, sautent, se déplacent, vieillissent et meurent – bref, ils échappent très souvent à nos pronostics.

Un paradigme nouveau s’est imposé, qui met au premier plan la plasticité du génome. Car les gènes ne vivent pas dans un théâtre fermé où régneraient à la fois hasard et prédétermination. Ils sont en interaction constante avec l’environnement, qui exerce une influence capitale sur leur évolution. Sans prendre en compte cette relation fondamentale, il est impossible de comprendre la genèse des maladies, d’envisager leur prévention et leur traitement.

Mais maîtriserons-nous sans préjudices les débordements inévitables de nos « progrès », liés à leur croissance singulièrement rapide ? Y a-t-il une raison pour que le bilan soit systématiquement positif pour l’humanité ? N’allons-nous pas trop vite par rapport à nos capacités d’intégration et de contrôle ?

Un caractère, comme la résistance à la sécheresse chez les plantes par exemple, peut-il vraiment être maîtrisé grâce à nos connaissances scientifiques actuelles, et ainsi apaiser, comme on l’affirme, la faim dans le monde, par la simple greffe de quelques gènes étrangers dans un végétal ? Si oui, pourquoi ne s’y emploie-t-on pas plus vite pour aider les pays en développement […] alors que déjà plus de cinquante millions d’hectares de plantes transgéniques commerciales ont été plantés en quelques années sur les surfaces agricoles de la planète ?

Huit ans après leur commercialisation, et après vingt ans de recherche, les OGM qui composent les tourteaux de soja et de maïs transgéniques et tous les OGM cultivés n’ont que deux caractères transgéniques : à 99 %, ils tolèrent ou produisent des pesticides et ne sont que des outils techniques pour le développement de l’agriculture intensive des gros propriétaires sur le continent américain […] tout cela n’a rien à voir avec l’aide aux peuples affamés.

La science vit d’inspirations et de contradictions, plus que de certitudes simples.

Les techniques et les découvertes évoluent à un rythme affolant, et ne sont cependant pas toujours précédées par l’apprentissage du sens critique.

La science est devenue un de nos guides de lecture du monde. Et un enjeu économique puissant. Par exemple, si la communauté scientifique s’accordait sur la nocivité des ondes des téléphones portables ou des lignes à haute tension, bien des activités industrielles et d’échanges seraient bouleversées.

Les gènes se répètent, se dédoublent ou se superposent, se déplacent, ont parfois des boutons de réglage ou promoteurs multiples, complexes et variables, et plusieurs terminaisons possibles. Ils peuvent chacun fournir la recette de fabrication de plusieurs protéines (en langage de biologiste, on dit qu’ils « codent » pour plusieurs protéines), ou bien voir leurs messages modifiés en cours de fabrication ; les gènes peuvent aussi jouer le rôle de leurres ou encore s’emboîter.

Que de complications se dressent devant notre compréhension laborieuse et fragile ! Mais n’y en a-t-il pas aussi dans la suite et l’arrangement des notes d’une symphonie ? La vie est toujours infiniment plus riche qu’on ne le suppose.

Méfions-nous donc des croyances : il ne suffit pas d’un gène pour faire la pluie et le beau temps. Les gènes ne contrôlent pas complètement leur environnement, ils en dépendent.

Le tabac suffirait-il par lui-même à provoquer tous ces cancers, si l’environnement était sain ? On le croit, mais des substances industrielles comme l’amiante, les polluants de l’environnement ou de l’air, comme les gaz de véhicules à moteur, favorisent les cancers dus au tabac, tout en générant leur propre contingent de cancers des voies respiratoires. Ces contaminants provoquent des mutations (des changements de bases) sur les chromosomes humains : il s’agit quelquefois d’une petite séquence manquante ou, en jargon scientifique, délétion, sur le chromosome.

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La suite de cette chronique se trouve ici : Le lien gènes / environnement, selon Gilles-Éric Séralini (2/3)

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Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par National Eye Institute

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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