Comment se protéger des polluants du quotidien quand on est enceinte, avec le Dr Laurent Chevallier (2/4)

Il y a des questions auxquelles la science ne peut apporter que des réponses incomplètes, et donc imparfaites. Ainsi du lien certain entre l’explosion de certaines maladies et les perturbateurs endocriniens, dont la preuve scientifique absolue peut difficilement être rapportée. Faudrait-il demander à des femmes, enceintes de garçons, de lécher des rideaux de douche truffés de phtalates pour s’assurer que ces derniers perturbent réellement la masculinisation de leur fœtus ? […] Évidemment non. – François Veillerette 

Pourquoi ne dit-on pas aux futures mères que repeindre elles-mêmes la chambre de l’enfant est une très mauvaise idée ? Ou encore que les crèmes antivergetures classiques peuvent contenir des conservateurs nocifs pour le bébé ? La composante environnementale doit faire partie du discours médical, des gynécologues en particulier. – Dr Patrice Halimi

 

 

Chronique du livre « Le guide anti-toxique de la grossesse »

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de Laurent Chevallier, 240 pages, publié en 2016

Le Dr Laurent Chevallier est médecin nutritionniste, praticien au Centre Hospitalier Régional Universitaire de Montpellier. Il a écrit une dizaine d’ouvrages pratiques traitant de santé environnementale.

Ce livre décrit les risques auxquels sont exposées les femmes enceintes par divers polluants du quotidien. L’auteur y présente des conseils pratiques permettant de se protéger.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le deuxième article de la chronique. Il porte notamment sur les atouts présentés par les aliments issus de l’agriculture biologique. La première partie se trouve ici : Comment se protéger des polluants du quotidien quand on est enceinte, avec le Dr Laurent Chevallier (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Le tabagisme de la mère est une des premières causes de retard de croissance intra-utérin et de prématurité. Il favorise la mort subite du nourrisson, la mortalité infantile de la première année, un périmètre crânien réduit et l’apparition de plusieurs affections respiratoires. Pourtant, plus de 20% des femmes enceintes fument, et environ 15 % le font encore au troisième trimestre de leur grossesse. Ainsi, plus de 150 000 enfants par an sont exposés in utero aux substances très toxiques issues de la combustion de tabac.
  • Après plusieurs années de controverses, des études récentes montrent les nombreux avantages des aliments issus de l’agriculture biologique. Par exemple :
    • ils contiennent moins de résidus de pesticides (quatre fois moins en moyenne), moins de métaux (par exemple moitié moins de cadmium en moyenne) et plus d’antioxydants (jusqu’à + 70 % environ) que les produits issus de l’agriculture conventionnelle ;
    • le nombre de cas d’hypospadia (une malformation du pénis à la naissance) a été mesuré deux fois plus faible lorsque la mère mange « bio » ;
    • à apport calorique et niveau d’exercice constants, les consommateurs bio ont été associé un risque plus faible d’être obèse ou en surpoids.
  • Concernant les nanoparticules, il serait plus raisonnable de limiter l’exposition directe des consommateurs, en particulier dans l’alimentation. Mettre en place un affichage sur les produits contenant des nanomatériaux serait une mesure minimale. Or, si l’étiquetage est obligatoire pour les cosmétiques depuis juillet 2013, il n’existe toujours pas pour l’alimentation, bien qu’il soit prévu depuis 2011.
  • Selon l’Institut national de la recherche agronomique, suivre les normes de migration des substances issues des plastiques vers les aliments n’est plus suffisant : ces normes varient selon les États de l’Union européenne et n’assurent pas le même niveau de sécurité pour tous les matériaux.
  • Les recommandations présentées par ce livre comprennent les bonnes pratiques suivantes :
    • ne consommez pas de produits contenant des additifs en dehors de ceux autorisés dans les produits bio (soit 48, contre plusieurs centaines pour les produits conventionnels – cette liste peut être facilement trouvée sur Internet). Par mesure de prudence pour les femmes enceintes, la règle arbitraire suivante pourrait être retenu comme point de repère : ne pas consommer de produit contenant plus de trois additifs alimentaires autorisés en bio ;
    • choisir en priorité les œufs dont le chiffre sur la coquille et sur l’emballage commence par 0 (bio) ou 1 (label type « label rouge ») ;
    • privilégier les conserves en bocaux aux conserves en métal ;
    • choisir des instruments de cuisson sans revêtement antiadhésif, de préférence en inox. Les autres ustensiles de cuisine pourront aussi être choisis en bois, en verre ou en fonte ;
    • éviter le contact entre de l’aluminium et les aliments ;
    • au four à micro-ondes, ne réchauffer des aliments que dans des récipients en verre, ou entre deux assiettes ; ne pas utiliser de films souples étirables pour recouvrir les récipients, car ils contiennent des phtalates pouvant migrer dans les aliments, surtout si ceux-ci sont gras.

 

toxiques chevallier grossesse polluants2

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Une grande vigilance s’impose en ce qui concerne les additifs de synthèse – même s’ils ne sont pas tous à considérer de la même manière. Christophe Brusset, cadre de l’industrie agroalimentaire, indiquait dans une interview parue dans le journal Le Point du 10 septembre 2015 que, sur « 300 additifs, 50 sont identifiés comme dangereux, et ils sont toujours autorisés ». Non seulement les connaissances sont parcellaires – notamment en termes d’interactions entre substances -, mais il faut savoir que certains additifs peuvent être présents sous forme de nanoparticules sans que cela soit clairement mentionné sur l’étiquette. […] Or, les effets de ces nanoparticules sont scientifiquement mal appréhendés et peuvent atteindre directement l’embryon. Les produits bio, qu’ils soient alimentaires ou cosmétiques, n’en contiennent pas.

Il ne faut pas omettre de vous soucier du type d’emballage des produits alimentaires. En effet, il peut y avoir des interactions entre le contenu et le contenant. Ainsi, certains plastiques déversent divers composants dans les aliments en fonction de la durée de contact et du degré de température. À température ambiante et surtout en chauffant certains plastiques, vous potentialisez les risques, alors que le froid paralyse les échanges. Vous n’avez donc rien à craindre avec les produits surgelés bruts, non transformés. Mais, généralement, pour les plats cuisinés proposés en grande surface dans des barquettes en plastique, les aliments ont été déposés puis cuits dans leur emballage…

Le sucre roux véritable est rare. Généralement, on trouve dans le commerce du sucre raffiné recuit, roux, dont la concentration en acrylamide peut être augmentée. Vous pouvez le repérer sur l’emballage, par la mention « caramel ». Le sucre roux authentique est, quant à lui, plus riche en nombreux éléments minéraux.

Il est difficile d’avoir des renseignements fiables et exhaustifs sur la composition exacte des moules en silicone et le degré de migration de l’ensemble de leurs composés. La présence de phtalates est possible. Les industriels interrogés ne répondent pas de façon claire aux questions posées … lorsqu’ils répondent ! En 2010, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes avait indiqué que 25 % des moules en silicone testés émettaient des composés volatiles lors d’un chauffage supérieur aux normes admises par la réglementation. Dans plusieurs pays, certains types de moules en silicone sont interdits, comme ceux dits en « peroxyde », contrairement à ceux en platine qui résistent mieux à la chaleur (« 100% silicone platine »). Dans votre situation actuelle, une fois de plus, jouez la prudence et utilisez des moules ou ramequins en verre résistant bien à la chaleur.

La plupart des produits de maquillage contiennent des perturbateurs endocriniens. Il est donc vivement conseillé de ne pas se maquiller en période de grossesse, ou alors de façon exceptionnelle, avec des produits adaptés.

Vous devez aussi être particulièrement méfiante à l’égard de la plupart des produits cosmétiques conventionnels ; ils peuvent contenir différents additifs sous forme de nanoparticules, sans que cela soit clairement mentionné, alors même que la réglementation a évolué dans le sens d’une plus grande transparence. Force est de constater qu’elle n’est pas ou peu respectée. Or un produit à base de nanoparticules a la caractéristique de pouvoir pénétrer profondément et ainsi atteindre les cellules fœtales. Les effets sur la santé sont particulièrement mal connus, mais des doutes alarmants existent. Un argument de plus pour opter pour des cosmétiques bio qui ne contiennent pas de produits à base de nanoparticules, ni les conservateurs les plus préoccupants.

Les bébés n’ont pas besoin de produits cosmétiques et surtout pas de produits parfumés. Vous devez résister au marketing subtil mais insistant des industriels vous proposant différents types de crèmes et lotions comportant des mentions sans aucune valeur réglementaire ou scientifique, du type « partenaire des maternités », « formulé sous contrôle médical » ou « sans XXX … » (par exemple, « sans certains produits type parabènes »,mais contenant d’autres composés chimiques qui peuvent être peu recommandables). On vous promet des produits qui « protègent la peau des bébés » en soulignant leur fragilité, mais c’est bien parce que la peau du bébé est fragile qu’il faut être extrêmement prudent, puisqu’elle est perméable aux produits chimiques.

 

La troisième partie de cette chronique se trouve ici : Comment se protéger des polluants du quotidien quand on est enceinte, avec le Dr Laurent Chevallier (3/4)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les femmes enceintes et les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Robert Eiserloh

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4 Commentaires

  1. Pingback: Comment se protéger des polluants du quotidien quand on est enceinte, avec le Dr Laurent Chevallier (1/4)

  2. Alex

    Intéressants ces résultats sur les pesticides. Perso je n’ai pas trop confiance des les évaluations de risques actuelles, parce qu’elles sont faites substances par substance. ça paraît tellement dingue… On est exposé à des dizaines ou des centaines de substances par jour, et les producteurs de pesticides nous disent tranquillement « si y avait que ma substance qui existait, alors le risque serait tout à fait acceptable ». Franchement c vraiment pas rassurant … Mieux vaut diminuer son exposition aux pesticides autant que possible, enfin selon moi !?, surtout quand on a des enfants

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    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Oui c’est une limite « technique » de l’exercice d’évaluation des risques actuelles ; à ma connaissance, il est fréquent que les évaluateurs prévoient des hypothèses d’exposition assez larges, sécuritaires, pour tenir compte indirectement de cette incertitude. Mais bon rien n’assure que ce soit systématique, et dans tous les cas ce n’est pas très rigoureux. Je me retrouve assez dans ta position 😉

      Répondre
  3. Pingback: Conseils et astuces de lecteurs n°5 : cosmétiques, arbres, pesticides, couches lavables…

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