L’impact des pollutions environnementales sur les enfants, selon Theo Colborn (2/5)

Le cerveau est particulièrement sensible aux expositions toxiques pendant le développement […]. De légères modifications du fonctionnement cérébral peuvent avoir de sérieuses implications pour le futur fonctionnement social et les activités économiques, même en absence de retard mental et de maladie évidente. – Philippe Grandjean

Les causes de l’obésité relèveraient non pas de la seule prise d’aliments caloriques en trop grande quantité, comme on le pense habituellement, mais bien, comme pour le cancer, de facteurs environnementaux principalement liés à la pollution chimique. En outre, on doit réaliser que le tissu graisseux intervient dans la genèse des cancers, non pas seulement par le biais des hormones naturelles qu’il sécrète, mais, comme nous l’avons montré par sa fonction de réservoir pour de nombreux polluants chimiques. – Pr Dominique Belpomme

 

Chronique du livre « L’homme en voie de disparition ? »

Theo Colborn homme disparition

de Theo Colborn, Dianne Dumanoski et John Peterson Myers ; 316 pages ; publié en 1996 (version anglaise)

 

Theo Colborn était une zoologiste et une épidémiologiste, dont les travaux ont contribué au concept de « perturbateur endocrinien ». Mondialement connue, professeur d’université et fondatrice de l’organisation non gouvernementale TDEX (Endocrine Disruption Exchange), Theo Colborn est souvent considérée, avec Rachel Carson, comme une icône du domaine de la santé environnementale.

Dianne Dumanoski est journaliste, spécialisée dans les questions d’environnement.

John Peterson Myers est biologiste et naturaliste.

 

Ce livre porte, d’une manière générale, sur certains types de substances chimiques, capables d’interférer avec le système hormonal, chez les animaux et chez les êtres humains. Cet article est la deuxième partie de la chronique ; la première se trouve ici : L’impact des pollutions environnementales sur les enfants, selon Theo Colborn (1/5)

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • L’après-guerre fut une période d’optimisme naïf. Tout le monde, des médecins aux agriculteurs, s’est empressé d’adopter les nouvelles technologies « miracle », censées dominer la nature.
  • L’ordre des médecins a une tradition anthropocentrique, considérant que les humains constituent un rameau unique de l’arbre de l’évolution. Par conséquent, ils accordent peu de valeur aux études réalisées sur les animaux. Pour eux, les études épidémiologiques humaines sont les seules valables pour l’homme. Or les études animales sont bien plus nombreuses que les études épidémiologiques ; ne pas les considérer fait perdre un temps précieux : des mesures de protection sont décidés alors que des impacts sanitaires importants se sont déjà produits. Les études animales peuvent signaler des problèmes bien avant qu’ils n’apparaissent chez l’homme.
  • Concernant les perturbateurs endocriniens, le niveau d’exposition a moins d’effet que le moment de l’exposition.
  • Par ailleurs, les effets ne sont pas nécessairement immédiats et apparents. Le temps écoulé fait qu’il est souvent difficile de prouver une relation de cause à effet, voire même de reconstruire l’exposition des personnes malades.
  • Le corps humain peut prendre certains produits chimiques pour des hormones : les premiers produits de ce type, qualifiés d’imitateurs hormonaux, ont été identifiés dans les 1970 : médicaments (distilbène…), DDT, chlordécone, DDE, PCB, dioxines, furanes, dieldrine…
  • D’autres produits chimiques sont des inhibiteurs hormonaux : ils empêchent les hormones de pouvoir remplir leur rôle, par exemple en occupant des récepteurs hormonaux à leur place.
  • D’autres produits inhibent le processus de dégradation et d’élimination des hormones. Cette inhibition conduit à des taux d’hormones corporels trop élevés, qui perturbent le fonctionnement du système hormonal.
  • La plupart des éléments de base de la vie, tels que les systèmes hormonaux, ont traversé l’évolution des espèces et les ères géologiques presque sans changement.
  • Certains produits chimiques, dont des perturbateurs endocriniens bien connus (PCB, dioxines, DDT), résistent aux mécanismes de dégradation naturels : ils s’accumulent dans l’organisme et génèrent des expositions chroniques. Ce type d’exposition est sans précédent dans l’histoire des humains ; de potentielles adaptations du corps ne prendraient pas des décennies mais des millénaires.
  • Parmi les substances reconnues comme perturbateurs endocriniens, plus de la moitié sont des substances persistantes lipophiles. Ces produits peuvent s’accumuler dans les graisses et se transmettre de génération en génération. Pour certains, comme les PCB que l’on trouve déjà dans les graisses animales de la quasi-totalité des êtres vivants, cette situation pourra durer plusieurs siècles. Et si ces substances jouent effectivement un rôle majeur dans la baisse de la production de spermatozoïdes, alors la survie de notre espèce pourrait être menacée.
  • Au niveau individuel, les bonnes pratiques proposées par les auteurs comprennent :
    • ne pas consommer de poissons pêchés dans des eaux de surface connues pour leur pollution, et d’une manière générale, éviter ceux issus d’eaux de surface se trouvant dans des zones densément peuplées. Par exemple, les enfants dont les mères mangeaient des poissons des Grands Lacs présentaient des signes de retard neurologique et résistaient moins bien au stress ;
    • limiter la consommation de graisses animales, issues de l’élevage conventionnel, qui concentrent souvent certaines des perturbateurs endocriniens les plus connus : DDT, dioxines, PCB… Par exemple, aux États-Unis, la viande et le fromage sont les principales sources de contamination humaine par les dioxines. En France, les produits laitiers sont les principales causes de contamination par le DDT et les pesticides organochlorés. Plus généralement, moins on mange de matières grasses animales issues de l’élevage conventionnel (beurre, lait, fromage, viandes grasses, charcuterie), moins on s’expose aux perturbateurs hormonaux.

 

Theo Colborn homme disparition3

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Si les produits chimiques semblent aujourd’hui faire partie intégrante de notre vie, leur usage généralisé est relativement récent : en effet, l’industrie chimique ne s’est réellement développée que dans la deuxième moitié du XIXe siècle, avec les premiers colorants textiles synthétiques. Mais il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que «l’âge de la chimie» fasse irruption dans notre vie quotidienne.

Entre 1940 et 1982, la production de substances synthétiques a été multipliée par 350, et des millions de tonnes de produits chimiques ont été libérées dans notre environnement, exposant l’humanité et la nature à un nombre fantastique de composés nouveaux. Par exemple, la production américaine de produits chimiques carbonés a atteint 220 millions de tonnes en 1992, soit 800 kilos par habitant. La production mondiale est environ quatre fois plus importante, bien que les quantités réelles soient difficiles à connaître.

Dans le monde, pas moins de 100 000 produits chimiques différents sont en vente ; chaque année, 1 000 substances nouvelles sont mises sur le marché, la plupart du temps sans avoir été vraiment testées. En effet, les équipements existants dans le monde entier suffisent à peine à tester environ 500 substances nouvelles par an ; en réalité, le nombre de produits testés est bien plus faible.

Les quantités de produits chimiques potentiellement dangereux produits tous les ans dépassent l’imagination. Chaque année, 2,5 millions de tonnes d’insecticides sont répandus à profusion non seulement dans les champs, mais aussi dans les parcs publics, les écoles, les restaurants, les supermarchés, les maisons et les jardins.

Au maximum, 500 produits chimiques (sur 100 000) ont été étudiés de façon détaillée, notamment le DDT, les PCB, la dioxine et le lindane, tous persistants. Mais, même dans leur cas, force est de constater que notre ignorance dépasse nos connaissances. Les effets de la plupart des produits chimiques ont peu ou pas été étudiés. Les rares données que nous possédons ne concernent généralement que d’éventuels effets cancérogènes ou de possibles malformations spectaculaires. Les effets éventuels sur le système endocrinien, transmis d’une génération à l’autre, ne sont pratiquement jamais recherchés.

Si les informations existantes ne permettent pas d’estimer le risque de manière fiable, les preuves accumulées sont suffisamment préoccupantes. Comme les principaux spécialistes des perturbateurs hormonaux l’avaient prédit, on en découvre de plus en plus. Et l’on s’attend à en découvrir d’autres.

À vrai dire, personne ne sait à partir de quelles quantités ils peuvent nuire à la santé. Mais tout démontre que très peu suffit si l’individu est exposé avant la naissance.

« Notre sort est lié à celui des animaux », écrivait Rachel Carson il y a trente ans, dans Printemps silencieux. Depuis longtemps, cette idée guide les écologistes, les biologistes et d’autres, qui reconnaissent une réalité fondamentale : nous partageons avec les animaux le même héritage biologique et le même environnement. […] Les troubles observés chez les animaux de laboratoire et dans la nature ont annoncé des pathologies en augmentation constante dans les populations humaines.

Les mécanismes physiologiques de base, tels que le système hormonal, ont peu changé en quelques centaines de millions d’années. Alors que l’évolution n’a cessé de modifier l’anatomie des animaux, produisant une grande variété de formes parfois extraordinaires, elle a très peu touché aux fondements physiologiques et biochimiques de la vie. Lorsque nous cherchons à définir notre place dans l’arbre généalogique de la vie, nous avons tendance à nous intéresser uniquement aux caractères qui rendent notre espèce unique. Mais, en réalité, ces différences sont très ténues, comparées à tous les traits communs que nous partageons non seulement avec les autres primates, comme les chimpanzés et les gorilles, mais aussi avec les souris, les alligators, les tortues et tous les autres vertébrés.

Il est exact que l’on comprend encore mal les mécanismes du cancer et que des incertitudes pèsent sur l’extrapolation d’une espèce à l’autre. En revanche, nous comprenons assez bien les mécanismes et l’action des hormones. Les biologistes savent comment les messages sont envoyés et reçus et de quelle façon les produits chimiques dérèglent cette communication. Ils savent également que les hormones contrôlent le développement de l’individu de la même manière chez tous les mammifères.

Il faudrait […] connaître le niveau de contamination des mères de ces hommes au moment de leurs grossesses, quelques dizaines d’années plus tôt. Même si, avec beaucoup de chance, on parvenait à récupérer un échantillon de sang ou de graisse prélevé à cette époque, les chercheurs ne sauraient pas quelles substances mesurer. En effet, tout dérèglement hormonal peut résulter de l’activité conjuguée de plusieurs substances différentes. Et l’on est loin de connaître tous les imposteurs oestrogéniques présents dans notre environnement […]. Tant que tous les perturbateurs hormonaux n’auront pas été identifiés, il sera impossible de mesurer avec précision la contamination des personnes.

 

La suite de cette chronique se trouve ici : L’impact des pollutions environnementales sur les enfants, selon Theo Colborn (3/5)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Joanna Poe

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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