Cocktails de polluants : un danger pour les enfants

L'union fait la force. - Esope

Les substances chimiques peuvent être l’objet d’effets cocktails, et ainsi se trouver être à l’origine de phénomènes de potentialisation biologique, liés à l’action toxique conjuguée de plusieurs d’entre elles. Ce qui signifie en clair que les normes de protection réglementaires, dont on sait qu’elles ont été établies pour chaque substance à partir des résultats de toxicité aiguë obtenus chez l’animal, ne nous protègent nullement contre la multitude des polluants présents dans l’environnement et de l’ensemble des effets délétères qu’ils provoquent. - Pr Dominique Belpomme

Bonjour à tousSynergie polluants santé enfants

Les enfants sont rarement exposés à une substance chimique à la fois. C’est notamment le cas pour les « métaux » (Eléments traces métalliques – ETM), qui sont souvent présents dans plusieurs milieux d’exposition – eau, air, sol et aliments : les enfants sont généralement soumis à plusieurs métaux simultanément.

Les effets des expositions multiples, appelés « effets cocktails », sont encore mal connus. Potentiellement, selon la composition du cocktail, des synergies (négatives) entre polluants pourraient apparaître. Pour les métaux, dont certains sont toxiques pour le développement du système nerveux, ces potentielles synergies sont notamment préoccupantes pour les enfants, dont le cerveau est en cours de construction [1].

 

En plus de mettre à disposition des articles scientifiques, le site Internet de la revue Environment Health Perspectives [2] propose des interviews de chercheurs, auteurs de certains articles. Dans ce cadre, Robert Wright a été interviewé en 2012 [1]. Robert Wright est pédiatre et professeur associé au Département de santé environnementale de l’Ecole de santé publique d’Harvard. L’interview a porté sur un exemple d’exposition simultanée à deux métaux : le manganèse et le plomb.

 

Eléments clés de l’interview, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus de l’interview, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

 

  • La plupart des études toxicologiques se focalisent sur une unique substance. Pourtant, en réalité, les êtres humains sont exposés à de multiples produits chimiques.
  • 450 enfants, exposés à la fois au manganèse et au plomb, ont été suivis depuis la naissance jusque 36 mois. Les résultats de ce suivi montrent que les effets liés au plomb (troubles du développement mental et troubles du développement psychomoteur) sont plus importants chez les enfants fortement exposés au manganèse [3]. « En d’autres termes, être fortement exposé au plomb et au manganèse est plus toxique que d’être fortement exposé à une seule de ces deux substances. Et si vous ne mesurez pas les deux métaux, il n’y a pas moyen de comprendre les différences et les évolutions que vous observerez sur certains de vos résultats. »
  • « Ces résultats soulignent l’importance de comprendre les effets des expositions multiples, particulièrement durant les étapes de développement de la petite enfance, potentiellement sensibles.»
  • Certains métaux sont des micronutriments : le corps en a besoin pour être en bonne santé. Par exemple : le fer, le cuivre, le manganèse, etc. D’autres métaux ne correspondent à aucun besoin physiologique : le plomb, le mercure, etc. Les micronutriments, à faible dose, sont bons pour la santé et permettent d’atténuer les effets des substances toxiques. Par contre, à fortes doses, les micronutriments pourraient accentuer ces effets.
  • « Quels sont les métaux et les cocktails qui, selon vous, doivent être étudiées plus avant ? – Et bien, lorsque l’on parle de combinaisons, je pense qu’il faut inclure le plomb car on sait que c’est une exposition très commune. On sait que c’est toxique, et même si on a l’impression de très bien comprendre sa toxicité, je ne pense pas que nous comprenions bien les combinaisons du plomb avec d’autres substances chimiques. Donc je pense que comprendre la combinaison du plomb et du mercure ou des PCB, qui sont des substances également très communes, pourrait être un bon point de départ. »

 

Comment protéger les enfants de ces pollutions environnementales

Les bonnes pratiques suivantes permettent de diminuer l’exposition des enfants au plomb [4, 5] :

  • lire le diagnostic plomb de son logement, pour identifier d’éventuels revêtements contenant du plomb. En cas de présence, empêcher toute mise en contact des enfants avec des écailles de ces revêtements, et faire la poussière régulièrement (avec un linge humide et/ou un aspirateur équipé d’un filtre HEPA) ;
  • se séparer des jouets rappelés par leurs fabricants à cause de leur teneur en plomb ;
  • ne consommer que l’eau froide du robinet ;
  • en cas de travail au contact du plomb, changer de vêtements et prendre une douche avant de rentrer chez soi.

Les bonnes pratiques suivantes permettent de diminuer l’exposition des enfants aux PCB [6, 7] :

  • éviter la consommation de poissons accumulateurs de PCB : anguille, barbeau, brème, carpe, silure [8] ;
  • se séparer des éclairages fluorescents et des appareils électriques (télévisions, réfrigérateurs, etc.) fabriqués il y a plus de 30 ans ;
  • éviter de passer du temps à proximité d’installations de gestion des déchets : incinérateurs, Installations de Stockage de Déchets Dangereux (ISDD), etc.
  • en cas de travail au contact de PCB, changer de vêtements et prendre une douche avant de rentrer chez soi.

Les bonnes pratiques suivantes permettent de diminuer l’exposition des enfants au mercure [9, 10, 11] :

  • Eviter de consommer les poissons suivants : espadon, marlin, siki, requins et lamproies ;
  • Limiter à 60 g par semaine la consommation des poissons suivants : baudroies ou lottes, loup de l’Atlantique, bonite, anguille et civelle, empereur, hoplostète orange ou hoplostète de Méditerranée, grenadier , flétan de l’Atlantique, cardine, mulet, brochet, palomète, capelan de Méditerranée, pailona commun, raies, grande sébaste, voilier de l’Atlantique, sabre argent et sabre noir , dorade, pageot, escolier noir ou stromaté, rouvet, escolier serpent, esturgeon, thon.
  • Manipuler avec précaution les produits contenant du mercure : vieux thermomètres, ampoules à basse consommation, etc.
  • En cas de renversement accidentel de mercure, ne pas nettoyer avec un aspirateur : le mercure se vaporiserait et augmenterait l’exposition.

 

Connaissiez ces recommandations ? Si oui, rencontrez-vous des difficultés à les mettre en œuvre ? Peut-être avez-vous d’autres conseils à appliquer en complément. Dites-le moi dans les commentaires !

Photo par Duncan Rawlinson

Références :

  1. Ahearn A. Mixed metals exposures in children. Environ Health Perspect 2012 ; http://dx.doi.org/10.1289/ehp.trp010112
  2. En français : Perspectives en Santé Environnementhttp://ehp.niehs.nih.gov/
  3. Claus Henn B et al. Associations of early childhood manganese and lead coexposure with neurodevelopment. Environ Health Perspect 2012 ; 120(1) : 126–131 ; http://dx.doi.org/10.1289/ehp.1003300
  4. Fiche de données toxicologiques et environnementales des substances chimiques de l’INERIS – Plomb – http://www.ineris.fr/substances/fr/substance/cas/7439-92-1
  5. Site Internet des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des Etats-Unis – Plomb – http://www.cdc.gov/nceh/lead/tips.htm
  6. Fiche de données toxicologiques et environnementales des substances chimiques de l’INERIS – Polychlorobiphényles (PCB) – http://www.ineris.fr/substances/fr/substance/cas/1336-36-3
  7. Site Internet de l’Agence Américaine des Substances Toxiques et du Registre des Maladies (ATSDR) – http://www.atsdr.cdc.gov/toxfaqs/TF.asp?id=140&tid=26
  8. Manger du poisson : pourquoi ? comment ? – Recommandations de l’Agence pour la consommation de poissons – Site Internet de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) – https://www.anses.fr/fr/content/manger-du-poisson-pourquoi-comment
  9. Consommation de poissons et exposition au méthylmercure – Définition et recommandations de consommation Site Internet de l’ANSES – https://www.anses.fr/fr/content/consommation-de-poissons-et-exposition-au-m%C3%A9thylmercure
  10. Site Internet de Santé Canada – http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/securit/chem-chim/environ/mercur/cons-adv-etud-fra.php
  11. Toxic Substances Portal – Mercury. Site Internet de l’Agence Américaine des Substances Toxiques et du Registre des Maladies (ATSDR) – http://www.atsdr.cdc.gov/toxfaqs/tf.asp?id=113&tid=24

Vous avez aimé cet article ? Alors entrez votre prénom et votre email pour recevoir d’autres conseils, et notamment le guide gratuit « 7 moyens simples et rapides pour réduire l’exposition de vos enfants aux substances chimiques dangereuses »

[aweber listid=3878455 formid=1512845692 formtype=webform]

Moi aussi je déteste les spams : votre adresse email ne sera jamais revendue. En vous inscrivant ici, vous acceptez cette politique de confidentialité. Vous pourrez vous désinscrire à tout moment.

Partagez les bonnes pratiques qui protègent les enfants !

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur email

Ces articles pourraient vous intéresser aussi

4 réponses

  1. Je me permets de préciser 2 points :

    – Les trois types d’effets liés aux interactions possibles entre substances chimiques sont l’antagonisme (effet de AB < effet de A + effet de B), l'additivité (effet de AB = effet de A + effet de B) et la synergie (effet de AB > effet de A + effet de B). La synergie n’est donc pas la seule interaction possible mais elle est évidemment la plus inquiétante. A noter, pour nous rassurer un peu de temps en temps quand même ;), que certains processus biologiques d’antagonisme ont déjà pu être décrits avec des données de terrain (exemple de la détoxification du mercure par le sélénium dans les organes internes de mammifères marins).

    – « La plupart des études toxicologiques se focalisent sur une unique substance. Pourtant, en réalité, les êtres humains sont exposés à de multiples produits chimiques. » > ceci est vrai, bien sûr, mais il est nécessaire de préciser (pour nous rassurer encore! ;)) que les scientifiques et les autorités compétentes sont conscients de ce problème et que les travaux menés sur le sujet des effets cocktails (travail littéralement titanesque) sont lancés depuis des années et pris très au sérieux ! Malheureusement, la route est encore longue pour atteindre un niveau de connaissance qui nous permettra de parfaitement les évaluer. En attendant, soyons tous des colibris minutieux et limitons les expositions à la source : limitation de la consommation aux produits nécessaires, alimentation bio et locale, etc. 🙂

  2. Colibri, tu es la meilleure illustration que les commentaires de lecteurs complètent et enrichissent les articles initiaux.
    C’est génial que tu aies soulevé l’interaction du mercure et du selenium, que j’ai rencontré dans deux ouvrages de nutrition (si tu as les sources à dispo je suis preneur), qui questionnait de potentielles recommandations « trop sévères » sur la restriction de la consommation de poissons.

    Oui le travail est pharaonique car les combinaisons sont illimitées par essence. Les études que j’ai croisées jusqu’ici traite soit de cocktails classiques (j’ai croisé l’unique exemple de la pollution atmosphérique urbaine) et soit de doublons de substances, comme celui mentionné dans l’interview par exemple. Si tu as connaissance d’études plus complexes je suis vraiment intéressé par ton retour.

    Une précision/question pour toi : ces effets cocktails font l’objet de travaux de recherche, mais je crois comprendre (à creuser) que les études toxicologiques demandées aux industriels ne portent, elles, que sur des substances considérées individuellement : tu confirmes ?

  3. Je confirme que les évaluations des risques soumises dans le cadre d’autorisations de mise sur le marché (que ce soit pour des pesticides, des biocides, ou d’autres substances chimiques, y compris les cosmétiques et pharmaceutiques) portent sur des substances prises individuellement. A préciser que les pesticides et biocides sont évalués en tant que substances pures et en tant que « formulation », mais en aucun cas on ne se penche néanmoins sur les interactions potentielles entre 2 substances actives ayant le même mode d’action par exemple. Attention, je précise (à nouveau) que toutes ces informations sont d’ordre réglementaire et que de nombreux chercheurs, évaluateurs de risques et instances nationales, européennes et internationales (ex. Commission Européenne, OCDE, US-EPA) travaillent sur la question de l’interaction des substances et des « effets cocktails » depuis 1-2 décades.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partager sur twitter
Partager sur facebook
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur email

Entrez simplement votre prénom et votre email pour recevoir gratuitement le guide « 7 moyens simples et rapides pour réduire l’exposition de vos enfants aux substances chimiques dangereuses »

[aweber listid=3878455 formid=54673424 formtype=webform]

Moi aussi je déteste les spams : votre adresse email ne sera jamais revendue. En vous inscrivant ici, vous acceptez cette politique de confidentialité. Vous pourrez vous désinscrire à tout moment.

Pour me suivre
Articles populaires

 

S’ABONNER AUX ARTICLES

Autres éclairages

Entrez simplement votre prénom et votre email pour recevoir gratuitement le guide « 7 moyens simples et rapides pour réduire l’exposition de vos enfants aux substances chimiques dangereuses »

Moi aussi je déteste les spams : votre adresse email ne sera jamais revendue. En vous inscrivant ici, vous acceptez cette politique de confidentialité. Vous pourrez vous désinscrire à tout moment.