La Biophilie d’Edward O. Wilson

Plusieurs décennies de recherche inspirée par la théorie de Wilson suggèrent qu’à un niveau que nous ne comprenons pas complètement, l’organisme humain a besoin d’une expérience directe avec la nature. – Richard Louv

Alors que l’on demandait à E. O. Wilson […] ce qui constituait le principal obstacle au développement des enfants, il répondit : « la mère poule ». […] Son argument est que les mères poules répriment la biophilie naturelle des enfants, leur amour de la vie. – Nassim Nicholas Taleb

Chronique de « Biophilie »

Biophilie Edward Wilson

d’Edward O. Wilson, 218 pages, publié en 1984

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Edward Osborne Wilson est un entomologiste (spécialiste des fourmis) et un biologiste internationalement reconnu. Il est célèbre pour avoir été l’un des promoteurs de la notion de biodiversité et de biophilie.

Ce livre définit ce qu’est la biophilie et décrit ses implications. Il est également l’occasion pour Wilson de développer son point de vue sur différents sujets, tous liés à la science et à la place de l’Homme dans le monde vivant.

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • De manière innée, les êtres humains montrent un grand intérêt pour la vie et les processus biologiques. Cet intérêt devient parfois une véritable fascination. Wilson appelle ce phénomène « biophilie ». Construit à partir des racines grecques « bios », la vie, et « philia », l’amour,  biophilie signifie simplement « amour de la vie ». La biophilie est probablement un besoin ancré dans notre biologie, nécessaire à notre développement individuel.
  • En particulier, nous sommes spontanément attirés par des paysages similaires à des paysages de savane : de grandes étendues d’herbes, parsemées d’arbres et d’arbustes, comprenant des eaux de surface. Ce type de paysage correspond à celui dans lequel nos ancêtres préhistoriques ont évolué, en Afrique de l’Est. Nos jardins modernes en reprennent les principales composantes.
  • La complexité de la nature, qui ne sera jamais complètement comprise, constitue pour nous un profond mystère. Ce mystère génère un sentiment d’émerveillement. Cet émerveillement est probablement un besoin psychologique de base, nécessaire au bon développement des enfants.
  • Paradoxalement, plus notre savoir sur la nature augmente, plus nous découvrons de nouvelles zones d’inconnu dans le même temps. Ainsi, notre sentiment d’émerveillement croit avec notre intérêt pour la nature : plus nous en savons, plus le mystère devient profond.
  • L’homme moderne lui-même, bien que l’objet de milliards de dollars de recherche par an, demeure un mystère apparemment insoluble.
  • La complexité de la nature nous dépasse : la perte de biodiversité due à la destruction des habitats naturels ne pourra pas être corrigée en quelques générations. Cette correction demanderait des millions d’années.
  • Les produits pharmaceutiques purement inventés sont très rares. La plupart proviennent de l’étude d’espèces sauvages.
  • La baisse de la biodiversité est une grande perte, du point de vue de l’épanouissement psychologique, mais également du point de vue économique.

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biophilie edward wilson 2

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Explorer la vie, s’affilier à elle, constitue un processus profond et complexe du développement mental. Dans une mesure encore sous-évaluée par la philosophie et la religion, notre existence repose sur cette inclination, notre esprit en est tissu.

Un bit est l’information requise pour déterminer quel est l’élément choisi d’une alternative également plausible, tels les deux côtés d’une pièce lancée à pile ou face. Les mots anglais ont en moyenne deux bits par lettre. Une seule bactérie possède quelque dix millions de bits d’information génétique, un champignon un milliard, et un insecte d’un à dix milliards de bits selon l’espèce. Si l’information contenue par un seul insecte — disons une fourmi ou un scarabée — devait être traduite dans un code de mots anglais et imprimées en lettres de taille standard, le ruban en question mesurerait plus de 1 600 kilomètres.

Rappelons-nous ce fait élémentaire que le développement de l’embryon ne dépend pas seulement de ses gènes mais de la façon dont ses cellules se déploient dans l’environnement alentour. Ou que le comportement d’un organisme est modelé en partie par l’expérience, en d’autres termes par l’altération de ses cellules nerveuses en fonction des stimuli externes.

La vie de l’animé, quel qu’en soit le type, est infiniment plus intéressante que n’importe quelle variété imaginable de matière inanimée. On apprécie cette dernière surtout dans la mesure où on peut la métaboliser en tissu vivant, ou si elle lui ressemble accidentellement, ou encore quand elle peut être façonnée en un artefact utile et convenablement animé. Nul, s’il est sain d’esprit, ne saurait considérer un tas de feuilles mortes de préférence à l’arbre qui les a perdues.

Le cerveau a acquis sa forme actuelle au bout de deux millions d’années d’évolution, depuis l’époque de l’homo habilis jusqu’a la fin de l’âge de pierre, celui de l’homo sapiens, où les hommes vivaient en bandes de chasseurs-cueilleurs, en contact étroit avec l’environnement naturel.

Les individus aspirent souvent à conserver les qualités principales et parfois particulières de leur environnement d’enfance.

Les reproductions artificielles sont incomparablement plus pauvres que la vie qu’elles sont censées imiter.

Car si tout le processus de notre vie vise à préserver notre espèce et nos gènes personnels, la planification pour les générations futures est sans doute l’action la plus morale dont nous soyons capables. Il en résulte que la destruction du monde naturel qui a vu la patiente construction du cerveau pendant des millions d’années est une démarche risquée. Et le pire pari de tous est de laisser des espèces verser tout entières dans l’extinction car même si l’on concède plus de place à l’environnement naturel par la suite, jamais il ne pourra se reconstituer dans sa diversité originelle. La première règle du bricolage, nous rappelle Aldo Leopold, est de garder toutes les pièces.

Les produits naturels ont été qualifiés de géants endormis de l’industrie pharmaceutique. Une espèce de plantes sur dix renferme des composants anticancéreux.

Telle est ma formule de réenchantement, de redynamisation de la poésie et du mythe : de mystérieux organismes, et peu connus, vivent à quelques pas de l’endroit où vous êtes assis. La splendeur vous attend en minuscules proportions.

Mon avis

Les + :

  • des passages qui décrivent, en s’appuyant sur l’exemple d’espèces particulières, l’harmonie et l’extraordinaire complexité du fonctionnement de la nature : Wilson a réussi à me transmettre son émerveillement ;
  • des thèmes traités par différents angles d’approche : science, histoire, littérature, histoire des sciences, etc.
  • un style véritablement poétique par endroits, qui n’empêche pas de nombreux traits d’humour bien sentis ;
  • l’impression de lire une personne brillante (géniale ?), qui fait partie de ceux qui « font » la science.

Les – :

  • Même si elle peut être vue comme une sorte de fil rouge, la biophilie elle-même représente une faible part des sujets traités. Je sors du livre enchanté, et aussi un peu frustré.

Photos par Jason

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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