Qu’est-ce que le « risque attribuable » et pourquoi est-ce important à comprendre

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. – Nicolas Boileau

Les pathologies ou décès attribuables aux polluants ne surviennent pas avec une étiquette permettant de les identifier comme tels — ce qui peut s’expliquer par le fait que la pollution est une cause « distante » de la pathologie, alors que les outils des médecins ne permettent que d’identifier la ou les causes les plus proches, c’est-à-dire les mécanismes biologiques éventuellement induits par la pollution. Identifier les causes des causes requiert une autre approche. – Rémy Slama

Bonjour à tous Définition santé enfants environnement

En vous intéressant aux effets sanitaires des pollutions environnementales, vous allez souvent rencontrer le terme « risque attribuable ». Clarifions ensemble ce qu’il recouvre.

 

Pour les Pouvoirs publics en charge de définir des politiques de santé, choisir telle ou telle action de prévention doit pouvoir s’appuyer sur une mesure de son impact attendu, en termes de santé. Par exemple, dans un contexte de budget restreint, un décideur public ne pourra agir que sur un nombre limité de facteurs environnementaux : il aura besoin de connaitre ceux dont l’impact sanitaire est le plus grand.

 

Une manière de mesurer cet impact est de faire appel à la notion de « risque attribuable ». Cette notion a été initialement introduite par Morton Levin en 1953, dans l’objectif de quantifier l’impact du tabagisme sur une population. Il définit « le risque attribuable à une exposition à un facteur environnemental » comme l’excès de risque de développer une maladie associée à cette exposition, comparé à une situation sans exposition à ce facteur. Plus simplement, le risque attribuable est le risque ajouté par la pollution considérée, que l’on peut lui attribuer, qui lui est directement relié et pas aux autres. Par exemple, le risque de cancers du poumon attribuable au tabagisme est estimé à environ 90 %. En d’autres termes, si plus personne ne fumait, environ 10 % des cancers du poumon surviendraient encore, étant dus à d’autres facteurs.

 

La difficulté avec le risque attribuable, c’est notre capacité à le mesurer précisément. Le cas le plus favorable est celui d’une relation du type {une facteur environnemental = une maladie}, comme c’est le cas entre le tabagisme et le cancer du poumon. Mais souvent, un facteur environnemental sera un cofacteur de risque, un contributeur parmi d’autres. Par exemple, le cancer du sein peut être lié au mode de vie (la grossesse a un effet protecteur), à la sédentarité, à l’obésité, aux perturbateurs endocriniens, au travail de nuit, à l’alcool, à l’exposition aux rayons X pendant la puberté, aux sels d’aluminium, etc. Dans ce cas, on comprend bien que la mesure est beaucoup plus compliquée, à cause des différentes relations potentielles entre les cofacteurs : synergie ? Inhibition ? Compétition ? Dépendances ? etc. Les méthodes de mesure peuvent aussi varier selon les facteurs de risque : extrapolation des fortes aux faibles doses, transposition de l‘animal à l‘homme, transposition d‘un groupe humain à une autre population, analogies entre effets, analogies entre substances, etc.

Ces considérations dépassent le champ de cet article d’éclaircissement. On pourra néanmoins retenir qu’en pratique, la mesure du risque attribuable est un exercice complexe. Par conséquent, les chiffres avancés par les médias pourront être considérés avec prudence 😉

 

Photo par Steve Davis

Références :

  • Lacronique JF. Mot à Mot : Imputabilité, causalité, risque attribuable. Environnement, Risques & Santé 2007 ; 6-1.
  • Association internationale des démographes de langue française. Morbidité, mortalité: problèmes de mesure, facteurs d’évolution, essai de prospective : colloque international de Sinaia. INED 1998
  • Valleron AJ. Faculté de médecine Pierre et Marie Curie – Cours de Biostatistique – Risque attribuable, proportion de cas évitables – http://www.chups.jussieu.fr/polys/biostats/poly/POLY.Chp.15.6.html (consulté le 9/8/2016)
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Cancer – Approche méthodologique du lien avec l’environnement – Risque attribuable – http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/129/?sequence=15 (consulté le 09/08/2016)
  • Cicolella A. Toxique planète – Le scandale invisible des maladies chroniques. Anthropocène 2013.
  • Reportage France 5 – La guerre des bonnes odeurs – diffusé en mai 2015.
  • Arnaud C, Andrieu S. Deuxième Cycle des Etudes Médicales – Faculté de Médecine de Toulouse Purpan et Toulouse Rangueil – Module I : « Apprentissage de l’exercice médical » – Sous module : « La médecine fondée sur les preuves » – QUANTIFICATION DU RISQUE – http://www.medecine.ups-tlse.fr/DCEM2/module1/sous_module1/004_risque_CA_SA.pdf (consulté le 09/08/2016)
  • Hubert P. Pour un meilleur usage du risque attribuable en santé environnementale. Environnement, Risques & Santé 2003 ; 2(5):266-278.
  • Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), aujourd’hui intégrée dans l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) ; Institut de veille sanitaire (InVS). Estimation de l’impact sanitaire d’une pollution environnementale et évaluation quantitative des risques sanitaires – Rapport provisoire – Septembre 2005.

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4 réponses

  1. Très dac c une notion faussement simple, merci pour la clarification
    Son grand avantage pour moi c qu’elle est bien parlante et kel donne des ordres de grandeur qui parlent aux gens
    Qui peuvent lez faire bouger!

    1. … et permettent de prioriser les actions de gestion des risques. Complèteemnt d’accord : pas de grande précision, mais très utile.

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