Comment protéger les enfants des effets de la pollution atmosphérique (4/6) – bis

Les États-Unis et le Canada, deux pays similaires à la France et l’Europe d’un point de vue développement économique, appliquent des normes plus ambitieuses pour les [particules] PM2,5. - Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses)

Les particules peuvent voyager facilement dans un rayon compris entre une dizaine et une centaine de kilomètres. Il est donc possible de retrouver des concentrations élevées sur certaines zones rurales. - Bertrand Bessagnet

Bonjour à tous,
Cet article porte sur une analyse critique de certaines « idées reçues » liée à la qualité de l’air extérieur.Qualité de l'air - au-dessus d'une métropole

Il fait partie d’une série visant à faire le point sur le sujet la pollution de l’air extérieur, du point de vue de parents souhaitant protéger la santé de leurs enfants. Les articles précédents ont présenté les principaux éléments à connaitre, selon moi, sur son contenu et sur les enjeux sanitaires associés, en particulier pour les enfants. Le présent article a pour objectif de continuer à passer en revue les principales idées reçues concernant cette pollution. Ces idées reçues sont formulées de manière synthétique, par une série de verbatims représentatifs de ce que j’entends autour de moi et de ce que je lis sur les réseaux sociaux.

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Le placenta protège-t-il le bébé des polluants environnementaux ?

« Le placenta est une barrière protectrice pour le bébé : il empêche tout contact avec les polluants atmosphériques. »

La fonction protectrice du placenta présente une efficacité imparfaite, qui varie selon les substances considérées. Comme pour de nombreux types de substances étrangères (drogues, médicaments, pesticides…) [11 – 18], certains polluants atmosphériques peuvent traverser la barrière placentaire et exposer directement le fœtus [1, 2, 5, 22]. Par exemple, c’est le cas des particules ultrafines et de certains métaux (plomb, arsenic, etc.).

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Les zones non-urbaines sont-elles concernées ?

« Vivre à la campagne permet d’éviter les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique »

Les zones rurales peuvent aussi présenter des risques liés à la pollution atmosphériques, car certains polluants peuvent être [3, 8, 10, 23] :

  • émis par des sources locales – ex : agriculture, industrie, brûlage de déchets verts, etc. – et potentiellement se concentrer localement – ex : vallée encaissée, faible dispersion, etc.
  • être transportés sur de longues distances (typiquement plusieurs dizaines de kilomètres) ;
  • se former dans des zones rurales, par une réaction entre des substances ayant été transportés depuis des zones urbaines ;
  • se concentrer dans certaines zones où un des conditions climatiques et certains reliefs peuvent empêcher la dispersion des polluants, comme dans des vallées de montagnes enclavées.

Ainsi, en pratique, la pollution atmosphérique touche l’ensemble du territoire, de façon contrastée [7]. D’après une évaluation quantitative d’impact sanitaire menée par Santé publique France en 2016 [4], « dans les zones rurales, ce sont en moyenne 9 mois d’espérance vie qui sont estimés perdus ».

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Cartographie de qualité de l'air

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Qualité de l’air : un enjeu sanitaire pour les générations futures ?

« Avec la prise de conscience collective en cours, les actions nécessaires seront bientôt prises : les générations futures ne devraient donc plus concernées par la pollution atmosphérique. »

Au-delà des prévisions plus ou moins optimistes sur les futurs niveaux de pollution atmosphérique, certaines études suggèrent que les générations à venir, celles qui ne sont pas encore nées, pourraient se voir affectées par les expositions d’aujourd’hui. L’hypothèse d’un mécanisme transgénérationnel fait écho à celui classiquement associé aux perturbateurs endocriniens.

Par exemple, dans une étude menée sur des animaux de laboratoire, une exposition chronique de mères gestantes à des gaz d’échappement de moteur diesel, muni d’un filtre à particules, a causé des effets délétères sur la croissance et le métabolisme des fœtus de la première et de la deuxième génération [5]. D’après les auteurs de l’étude, les niveaux d’exposition étaient comparables à ceux d’ « une femme enceinte qui prend sa voiture et va à son travail en prenant le périphérique » pendant un pic de pollution.

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Qualité de l’air intérieure : faut-il aérer sa maison pendant un pic de pollution ?

« Quand il y a un pic de pollution de l’air extérieur, je reste chez moi et je garde les fenêtres fermées pour m’en protéger. »

Pendant un pic de pollution de l’air, les bonnes pratiques d’aération (au moins 10 minutes par jour, été comme hiver) peuvent être maintenues [6, 9, 19, 20, 23, 24]. Quelle que soit la qualité de l’air extérieur, l’air intérieur est souvent plus pollué, pour plusieurs raisons :

  • les bâtiments ne sont pas hermétiques : l’air extérieur se retrouve à l’intérieur des habitations. En règle générale, les polluants de l’air extérieur sont donc également présents dans l’air intérieur ;
  • la qualité de l’air intérieur est aussi dégradée par des sources d’émissions spécifiques aux habitations : produits de construction et de décoration, produits ménagers, désodorisants, peintures et colles du mobilier, cosmétiques, revêtements de sol, certains types de chauffage, tabagisme, cuisson des aliments, bricolage, etc.
  • contrairement au cas de l’air extérieur, le volume restreint d’une habitation ne permet qu’une dilution partielle de ces émissions intérieures, d’autant plus que les systèmes de ventilation des bâtiments français sont globalement peu performants. Ainsi, pour certains polluants, les concentrations peuvent être jusqu’à 15 fois plus importantes à l’intérieur qu’à l’extérieur.

D’une manière générale, il est recommandé d’aérer aux périodes de la journée les moins polluées, d’éviter les ouvrants qui se trouvent à proximité de sources de polluants (ex : privilégier les fenêtres sur une cours intérieure aux fenêtres sur une rue passante), d’éviter les périodes de pollution maximale (cf. article 2 pour les polluants classiques les plus préoccupants). Par exemple : hors des périodes de fort trafic automobile pour les particules.

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Paris en épisode de pollution de l'air

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Les pics de pollution sont-ils plus fréquents aujourd’hui ?

« Les pics de pollution sont plus fréquents aujourd’hui qu’il y a 10 ans »

A certaines périodes, depuis quelques années, la succession de pics de pollution peut donner l’impression d’une augmentation de la pollution de l’air extérieur.

Certaines valeurs réglementaires, portant notamment sur les particules, ont été abaissées par un décret du Ministère en charge de l’environnement, entré en vigueur en 2012 [21]. Depuis cette date, le nombre de pics a donc mécaniquement augmenté.

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Les pics de pollution correspondent-ils à l’impact sanitaire le plus fort ?

« L’important c’est d’éviter les pics de pollution : à chaque pic, je quitte la ville pour la campagne. Cela me permet d’éviter les effets sanitaires liés à la pollution atmosphérique. »

Ce sujet a été développé dans le 3e article de la série : les expositions chroniques correspondent au plus fort impact sur la santé ; les pics de pollution ont un impact marginal.

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Voilà pour ce passage en revue de ce qui est, à mon sens, l’ensemble des idées reçues les plus courantes concernant la pollution de l’air extérieur. La suite de cette série d’articles va aborder la délicate question du passage à l’action : au niveau individuel, en tant que parent ou encadrant d’enfants, que pouvons-nous faire pour les protéger de la pollution de l’air extérieur ?

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Le prochain article de la série se trouve ici. Comment protéger les enfants des effets de la pollution atmosphérique (5/6)

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Références – idées reçues et qualité de l’air 

  1. Rousseau D. Pollution de l’air ambiant et santé des nouveau-nés à la naissance. Anses – Bulletin de veille scientifique n° 28 – Santé / Environnement / Travail. 2016. Notamment : lien. Consulté en particulier le 16/03/2018. Et aussi :
  2. Just J. L’enfant, cible particulière de la pollution atmosphérique. 2015. Notamment : lien. Consulté en particulier le 16/03/2018. Et également :
  3. Hehua Z et al. The impact of prenatal exposure to air pollution on childhood wheezing and asthma: A systematic review. Environ Res. 2017. Et aussi :
  4. Santé publique France. Impacts sanitaires de la pollution de l’air en France : nouvelles données et perspectives. 2016. Notamment : lien. Consulté en particulier le 17/03/2018. Et également :
  5. Valentino SA et al. Maternal exposure to diluted diesel engine exhaust alters placental function and induces intergenerational effects in rabbits. Particle and Fibre Toxicology 2016. Et aussi :
  6. Site Internet de la radio Europe 1. Les questions (pas si bêtes) que l’on se pose sur la pollution. 2017. Notamment : lien. Consulté en particulier le 18/03/2018. Et également :
  7. Institut de veille sanitaire (InVS), intégrée depuis 2016 à Santé publique France. Air et santé. Mis à jour le 29/01/2018, consulté en particulier le 19/03/2018. Et aussi :
  8. Ministère des Solidarités et de la Santé. Se protéger en cas de pic de pollution de l’air. Notamment : lien. Consulté en particulier le 19/03/2018. Et également :
  9. Institut National de Santé Publique du Québec. Service automatisé d’alertes téléphoniques de la Cote air santé : étude de l’observance des recommandations de santé transmises chez un groupe de patients vulnérables à la qualité de l’air. Rapport final d’évaluation. 2013. Direction de la santé environnementale et de la toxicologie. Notamment : lien. Consulté en particulier le 23/03/2018. Et aussi :
  10. Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique (APPA). Plaquette Un air meilleur pour ma santé». 2014. Consulté en particulier le 27/03/2018. Et également :

Davantage de références – 1 – idées reçues et qualité de l’air 

  1. Slama R. Le mal du dehors : l’influence de l’environnement sur la santé humaine. Quae 2017. Et aussi :
  2. Chevallier L, Aubert C. Le Guide antitoxique de la grossesse. Hachette Livre (Marabout). Et également :
  3. Demeneix B. Cocktail toxique. Odile Jacob. Et aussi :
  4. Frydman R. Environnement et grossesse. Hachette Pratique. Et également :
  5. Marano F et al. Toxique ? – Santé et environnement : de l’alerte à la décision. Buchet-Chastel 2015. Et aussi :
  6. Marano F. Faut-il avoir peur des nanos. Buchet-Chastel. Et également :
  7. Aylward LL et al. Relationships of chemical concentrations in maternal and cord blood: a review of available data. J Toxicol Environ Health B Crit Rev. 2014. Et aussi :
  8. Service communautaire d’information sur la recherche et le développement (CORDIS). PLUTOCRACY — Résultat en bref – e placenta transmet les pesticides au fœtus. Notamment : lien. Consulté en particulier le 02/09/2018. Et également :
  9. Ministère en charge de la santé. Se protéger en cas de pic de pollution de l’air. Notamment : lien. Mis à jour le 09/08/2018, consulté en particulier le 02/09/2018. Et aussi :
  10. Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Avis modification relatif aux messages sanitaires à diffuser lors d’épisodes de pollution de l’air ambiant par les particules, l’ozone, le dioxyde d’azote et/ou le dioxyde de soufre. 2013.

Davantage de références – 2 – idées reçues et qualité de l’air 

  1. Ministère en charge de l’environnement. Décret n° 2010-1250 du 21 octobre 2010 relatif à la qualité de l’air. JORF n°0247 du 23 octobre 2010 page 19011. Notamment : lien. Consulté en particulier le 02/09/2018. Et également :
  2. Howe CG at al. Association of Prenatal Exposure to Ambient and Traffic-Related Air Pollution With Newborn Thyroid Function. Findings From the Children’s Health Study. JAMA Network Open 2018. Et aussi :
  3. Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). LA POLLUTION DE L’AIR EN 10 QUESTIONS COMMENT RESPIRER UN AIR DE MEILLEURE QUALITÉ ? Septembre 2018. Et également :
  4. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Caractérisation des transferts de pollution de l’air extérieur vers l’intérieur des bâtiments. Avis de l’Anses et rapport d’expertise collective. 2019. Notamment : lien.

Photos notamment par Matthew Dillon et D€NNI$

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