Toxique ? Santé et environnement : de l’alerte à la décision (2/3)

La question de la transmission intergénérationnelle se pose également pour certaines substances. – troisième Plan national santé environnement (PNSE3)

 

Chronique du livre « Toxique ? Santé et environnement : de l’alerte à la décision »

Toxique sante environnement

de Francelyne Marano, Robert Barouki et Denis Zmirou, 240 pages, publié en 2015

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Francelyne Marano est professeur émérite de biologie cellulaire et de toxicologie à l’université de Paris Diderot. Robert Barouki est toxicologue et professeur à l’université Paris Descartes. Denis Zmirou est épidémiologiste de l’environnement, professeur à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé publique et à l’université de Lorraine, et également Président de la commission spécialisée « Risques liés à l’environnement » du Haut Conseil de Santé Publique. Ces trois auteurs contribuent à la prise de décision publique, au niveau national, en matière de santé-environnement.

Ce livre a pour objectif de « répondre aux nombreuses interrogations du public, confronté à une succession d’emballements médiatiques qui […] dramatisent en mettant en avant le sensationnel plutôt que le scientifique, ce qui nourrit les peurs irrationnelles ».

Ce livre est très riche en informations de qualité : il fera l’objet d’une chronique en trois parties. Cet article est la deuxième partie de la chronique : il traite notamment de l’impact de différents facteurs environnementaux (nanoparticules, ondes électromagnétiques, …) et de fenêtre de vulnérabilité. La première partie se trouve ici.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • La fréquence des allergies a fortement augmenté au cours des trente dernières années. Les travaux de recherche actuels suggèrent que les facteurs environnementaux en sont probablement la cause.
  • 20 % des enfants de 9 ans à 11 ans sont atteints de rhinites allergiques
  • Différentes visions du monde se trouvent dans la société, mais également au sein de la communauté scientifique. Certains chercheurs mettent en avant la nécessité d’un « catastrophisme éclairé » ; d’autres pensent que seuls des faits absolument démontrés peuvent justifier l’action publique.
  • Le développement de l’utilisation des nanoparticules inquiète : même si leur composition est différente, les nanoparticules sphériques et  les nanoparticules allongées ont une forme très proche, respectivement, de celle des particules atmosphériques ultrafines (issues des moteurs diesel par exemple) et des fibres d’amiante, dont les effets néfastes sur la santé sont bien connus.
  • Les effets biologiques et sanitaires des ondes électromagnétiques liées à la téléphonie mobile ne sont pas encore bien connus. Ils font toujours l’objet d’études et de discussions au sein de la communauté scientifique. Sur la base du principe de précaution, en France, il est recommandé de :
    • ne pas équiper les enfants d’un téléphone mobile avant l’âge du collège ;
    • modérer son usage chez les adolescents ;
    • préférer le kit oreillette pour les longues conversations, à défaut d’un téléphone fixe disponible.
  • La thématique santé-environnement s’accompagne fréquemment d’une forte charge émotionnelle et de forts enjeux économiques. Dans ce cadre, certains acteurs peuvent contester violemment les expertises issues des pouvoirs publics, et perturber la démarche scientifique et rationnelle.
  • Des contaminants comme les phtalates peuvent migrer des emballages alimentaires vers les aliments. D’autres, comme certains hydrocarbures aromatiques, peuvent apparaître au cours de la cuisson des aliments : grillades, chauffage élevé des graisses, …
  • Souvent on associe « toxique » à « artificiel ». Or il existe de nombreuses substances naturelles qui sont toxiques. Des plantes, des animaux, des champignons ou des bactéries peuvent synthétiser des composés très toxiques. Ces composés constituent des moyens de défense leur permettant de survivre dans un environnement potentiellement hostile.
  • Lorsque des éléments extérieurs ont traversé les différentes barrières de protection du corps (peau, paroi des intestins, etc.), certains processus biologiques vont permettre leur élimination. Ces processus sont issus de millions d’années d’évolution, car ils procuraient un avantage pour la survie face aux toxines provenant de végétaux, de champignons, de micro-organismes ou d’animaux. « L’élimination peut se faire par le système rénal et les urines, l’excrétion biliaire et, dans certains cas, la peau et la respiration. » L’objectif est d’éliminer les composés toxiques avant qu’ils n’aient créé des dommages dans l’organisme.

 

toxique sante environnement enfants

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

[Les utilisations de nanomatériaux] couvrent actuellement presque tous les secteurs industriels, dont ceux qui fabriquent des produits de la vie quotidienne : cosmétiques, produits d’hygiène corporelle, vêtements, emballages alimentaires et même certains aliments ! Les consommateurs sont de plus en plus souvent en contact avec ces nanoparticules, mais sans en être informés en raison de l’absence de réglementation sur l’étiquetage.

Au cours des vingt dernières années, plus d’une douzaine d’études épidémiologiques, publiées dans des revues scientifiques, ont exploré le lien entre différents types de symptômes ressentis au voisinage d’antennes-relais de téléphonie mobile, tels que maux de tête, altération du sommeil ou de la mémoire, mal-être. Sauf une, toutes ces recherches, conduites selon des protocoles rigoureux, ont conclu à l’absence de relation […] Si ces protocoles n’observent pas d’effet à court terme de l’exposition environnementale aux champs électromagnétiques radiofréquences, ils ne peuvent explorer de possibles effets à long terme. Le sujet n’est donc pas clos et devra faire l’objet d’une réévaluation régulière, en fonction de la progression des études scientifiques.

La fenêtre d’exposition est maintenant considérée comme prépondérante, ce qui veut dire que, selon son âge et son état physiologique, un individu ne répond pas de la même façon aux polluants environnementaux.

Un seul et même perturbateur endocrinien entraîne souvent des effets sur plusieurs systèmes et fonctions, comme la reproduction, le métabolisme et l’obésité, le développement du système nerveux , etc. En effet, d’une part chaque hormone contrôle différents systèmes physiologiques et, d’autre part, un perturbateur endocrinien peut très fréquemment cibler différentes hormones.

Comme le système hormonal varie selon l’âge et l’état physiologique ou pathologique de l’organisme, on comprend aussi que l’effet toxique des perturbateurs endocriniens dépend de ces mêmes caractéristiques : la toxicité de ces composés n’est pas uniforme et elle est fonction de l’état de vulnérabilité de l’organisme cible. Ainsi, les perturbations sont d’autant plus graves qu’elles se produisent à certaines périodes du développement particulièrement sensibles (fœtus, petite enfance, puberté), car des effets irréversibles peuvent être induits, avec la particularité de se manifester de manière différée dans le temps.

Les effets des perturbateurs endocriniens ne sont pas visibles dans les heures ou les jours qui suivent une exposition. Bien au contraire, il faut souvent attendre des années, voire des dizaines d’années. […] On a pu observer expérimentalement des effets transgénérationnels, où la toxicité persiste ou apparaît plusieurs générations après l’exposition. […] Les mécanismes pouvant en rendre compte restent mal connus bien que plusieurs auteurs mettent en avant le rôle des phénomènes épigénétiques. Ces effets différés rendent la mise en évidence d’une toxicité particulièrement difficile chez l’homme.

La quantification du risque […] ne suffit pas à fonder l’action publique qui vise à le réduire et à le rendre moins injuste. D’autres considérations entrent en jeu, qui font du risque un objet essentiellement politique. Sans quoi, comment justifier qu’il ait fallu des décennies d’accumulation de données scientifiques avant que ne soient mises en œuvre des dispositions contribuant à réduire l’hécatombe provoquée par le tabagisme, ce fléau qui s’est dorénavant diffusé aux pays émergents et en voie de développement, où les profits de ces entreprises de mort sont multipliés ? Ou, pour revenir au thème de la pollution atmosphérique, comment justifier que les industries produisant des voitures et des camions aient, depuis des décennies également, privilégié le diesel, dont les émissions sont causes de cancers et facteurs de risque d’asthme, avec l’appui des pouvoirs publics qui lui ont consenti un avantage fiscal massif ?

 

La troisième partie de cette chronique se trouve ici : Toxique ? Santé et environnement : de l’alerte à la décision (3/3)

Photo par SCA Svenska Cellulosa Aktiebolaget

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Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

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5 Commentaires

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  3. Manue

    C tellement rare d’avoir un expert qui conclue à un non risque (significatif, en l’état des connaissances actuelles)

    Répondre
  4. Guillaume (Auteur de l'article)

    Je suis complètement d’accord. C’est assez rare aussi de lire des personnes qui participent aux décisions publiques (j’imagine de part le temps que cela leur prend). Avoir ce genre de retour permet d’enrichir sa palette de retours d’expériences et de pouvoir les mettre en regard pour affiner l’analyse.

    Répondre
  5. Pingback: Toxique ? Santé et environnement : de l’alerte à la décision (3/3)

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