Toxique planète : l’alerte d’André Cicolella (2/3)

Nous avons saupoudré le monde avec des produits chimiques synthétiques qui peuvent nuire au développement du cerveau et du comportement, ainsi qu’aux systèmes endocrinien, immunitaire et reproductif, des systèmes vitaux qui assurent la pérennité… Tout le monde est exposé. – Theo Colborn

 

Chronique du livre « Toxique Planète : Le scandale invisible des maladies chroniques »

Toxique planete cicolella

d’André Cicolella, 310 pages, publié en 2013

.

André Cicolella est chimiste et toxicologue, ancien conseiller scientifique à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et enseignant à Sciences Po. Il est le président du Réseau Environnement Santé (RES). André Cicolella est un des lanceurs d’alerte les plus connus en France, notamment pour ces travaux sur le bisphénol A (biberons, contenants alimentaires) et sur le perchloroéthylène (solvant utilisé dans les installations de nettoyage à sec).

Ce livre présente l’évolution actuelle des maladies chroniques, ainsi que des propositions pour corriger la situation. La chronique comprend trois partie ; cet article en est la deuxième partie. La première partie se trouve ici : Toxique planète : l’alerte d’André Cicolella (1/3)

.

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Le paradigme de la médecine du XXe siècle, c’est-à-dire l’ensemble des principes qui fondent sa vision de la santé, se caractérise par les principaux éléments suivants :
    • les causes environnementales des maladies se réduisent principalement aux microbes,
    • les maladies infectieuses sont traitées prioritairement aux maladies chroniques,
    • le curatif est préféré au préventif,
    • les facteurs de risques environnementaux sont considérés indépendamment les uns des autres ;
    • le principe « la dose fait le poison » sert de base à la gestion des produits chimiques. Ce principe présuppose qu’il existe des seuils en-dessous desquels une substance toxique serait inoffensive.
  • Répondre à la crise sanitaire actuelle nécessite de changer de paradigme. [note de Guillaume : la notion de « changement de paradigme » est mentionnée (en gras !) dans l’introduction du troisième Plan national santé environnement (PNSE3), couvrant la période 2015-2019]
  • Les spécificités des perturbateurs endocriniens demandent que ce nouveau paradigme intègre les aspects suivants :
    • l’âge d’exposition : c’est la période qui fait le poison, car les impacts sont surtout consécutifs à l’exposition pendant la période de gestation ;
    • le temps écoulé entre l’exposition et ses effets : les effets d’une exposition sont observés longtemps après que l’exposition réelle a cessé et sans qu’il soit même toujours possible de trouver une trace de la substance responsable dans l’organisme ;
    • les interactions entre les substances chimiques, ce qu’on appelle « l’effet cocktail » : pour un même niveau de concentration individuelle, chaque substance d’un mélange, prise individuellement, n’a pas d’effet sanitaire attendu… alors que le mélange, lui, peut induire des effets sanitaires ;
    • la relation dose-effet : de manière contre-intuitive, les effets sanitaires peuvent être plus forts à faible dose qu’à forte dose. Il est même possible de ne rien observer à forte dose alors qu’à faible dose les effets peuvent être importants ;
    • les effets latents à long terme : les effets constatés peuvent être transgénérationnels. Chez des animaux exposés au stade utérin, on a pu observer un impact non seulement lors de l’enfance ou à l’âge adulte, mais également chez leurs propres descendants, bien que ces derniers n’aient pas eux-mêmes été exposés.

 

Toxique planete cicolella 3

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

L’étude PARIS (Pollution and Asthma Risk  : an Infant Study) a suivi une cohorte de 4 177 nouveau-nés dans cinq maternités parisiennes entre 2003 et 2006. Elle montre une association significative entre exposition au formaldéhyde et infections respiratoires basses, notamment sifflantes. Celles-ci sont d’origine virale et peuvent induire de l’asthme et des effets à long terme.

En 2006, Philippe Grandjean et Philip Landrigan, tous deux professeurs à l’École de santé publique de Harvard, publiaient un article retentissant dans The Lancet sur l’impact des substances chimiques sur le développement neurologique des enfants, parlant de « pandémie silencieuse ». En 2007, rejoints par vingt autres spécialistes, ils publiaient la déclaration dite des îles Féroé […] : « Le cerveau est particulièrement sensible aux expositions toxiques pendant le développement […]. De légères modifications du fonctionnement cérébral peuvent avoir de sérieuses implications pour le futur fonctionnement social et les activités économiques, même en absence de retard mental et de maladie évidente. » L’affaire du plomb illustre cette analyse.

D’autres molécules, créées par l’homme cette fois, concourent aussi à la baisse des défenses immunitaires comme les PCB. Ils sont interdits depuis les années 1970, mais ils continuent de contaminer l’écosystème. On a observé chez les Inuits, grands consommateurs de viande de mammifères marins, une augmentation des infections respiratoires chez les enfants liée à leur contamination pendant la grossesse.

La conséquence des classifications selon le degré de preuve chez l’homme est quasiment toujours interprétée comme le degré de priorité d’action. Par exemple, en France, le deuxième Plan national santé-environnement n’a retenu que les CMR 1 au sens de l’Union européenne [note de Guillaume : CMR 1 = agents Cancérigènes, Mutagènes ou Reprotoxiques « certains » (1A) et « probable » (1B)]. Les conséquences sont lourdes en termes de santé publique, car elles induisent d’attendre des délais dommageables dûment constatés chez l’humain avant toute décision, alors que l’objectif d’une politique de santé publique devait être par principe d’éviter ces dégâts, à partir de signaux d’alerte suffisamment validés. C’est une question d’éthique.

 

La suite de cette chronique se trouve ici : Toxique planète : l’alerte d’André Cicolella (3/3)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Amine GHRABI

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

1 Commentaire

  1. Pingback: Toxique planète : l’alerte d’André Cicolella (1/3)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
Hello. Add your message here.