Substances toxiques : une peur déraisonnable, selon Jon Entine (3/4)

Il y a un besoin urgent d’évaluer le niveau d’exposition de la population aux nanomatériaux, au fil du temps et pour les différents groupes de populations. – Organisation mondiale de la santé

Aucune évaluation correcte des risques n’a précédé l’introduction de nombreuses technologies. – Philippe Grandjean

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Chronique du livre « mort de peur : comment la chimiophobie menace la santé publique »

Chimiophobie substances chimiques peur

de Jon Entine, 122 pages, publié en 2011

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Jon Entine est journaliste scientifique et consultant, spécialisé dans les domaines de la chimie, des biotechnologies et de la génétique.

Ce livre décrit comment les dangers liés aux substances chimiques font l’objet de peurs déraisonnables et contre-productives.

Concernant les risques associés aux pollutions environnementales, Jon Entine propose une interprétation des données existantes bien différente de celle proposée sur ce blog. Il me semblait donc important de vous en faire part, chers lecteurs, et d’en faire une chronique aussi objective que possible.

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les doses utilisées dans les tests de toxicité sont généralement bien plus élevées que les doses classiquement rencontrées dans la vie courante. L’extrapolation aux faibles doses est effectuée sur la base d’hypothèses très protectrices.
  • Les expériences de laboratoire ne constituent que la première étape de l’analyse de la toxicité d’une substance. Or certaines ONG tirent régulièrement des conclusions dès cette étape préliminaire.
  • Certains polluants ont été interdits alors que les évaluations bénéfices-risques étaient favorables, en se basant uniquement sur des présomptions de risque non démontrées.
  • Les évaluations de risques se basent sur un certain nombre d’hypothèses, notamment pour évaluer les expositions. En cas d’incertitude, classiquement, ces hypothèses sont retenues de manière à majorer raisonnablement les risques calculés, dans une logique de prudence.
  • Différentes agences nationales, issues de différents pays, retiennent des hypothèses différentes dans leurs évaluations. Or certaines ONG retiennent les évaluations de l’agence qui a maximisé les risques calculés, puis les présentent comme la « vraie » évaluation.
  • Des facteurs de sécurité sont appliqués de manière à tenir compte des variabilités intra-espèces. Par conséquent, les valeurs innocuité réglementaires couvrent les êtres humains les plus fragiles.
  • Malgré toutes ces précautions, dès qu’un léger dépassement est trouvé, certaines ONG concluent qu’il y a un risque inacceptable.
  • Certaines ONG maitrisent les techniques marketing aussi bien que les entreprises. Elles emploient un vocabulaire anxiogène, qui suggère fortement des dangers sans rien affirmer clairement. Elles inventent aussi des nouveaux mots, eux aussi anxiogènes, pour décrire des phénomènes en cours d’études. Par exemple, le terme « perturbateur endocrinien » manque d’objectivité.
  • Les alternatives « naturelles » aux substances sont souvent beaucoup moins efficaces et, concernant les substances biocides, présentent une action moins sélective.
  • Le principe de précaution se base sur le danger lié à une substance, c’est-à-dire sur sa capacité à produire des effets sanitaires et environnementaux, plutôt que sur le risque, c’est-à-dire la probabilité que ces effets se produisent. Ce principe est souvent appliqué en contradiction avec le principe central de la toxicologie : « c’est la dose qui fait le poison ». Pire, ce principe empêche souvent l’avancée par « essais et erreurs », si vitale au progrès.
  • De nombreuses ONG sont devenues très performantes en termes de communication. Parfois, elles utilisent l’image de stars (Meryl Streep, George Clooney…) ; souvent elles jouent sur la peur, un des leviers de communication les plus efficaces. Pire, elles se permettent d’exprimer des messages simplistes et angoissants sans disposer d’experts permettant de comprendre les éléments de connaissance scientifiques sous-jacents, souvent complexes.

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Chimiophobie substances chimiques peur3

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Evaluer le risque environnemental, en particulier dans la fourniture d’aliments, restera un défi majeur au fur et à mesure des avancées. Les tests de toxicité et l’extrapolation au risque relèvent de l’art autant que de la science.

Le principe de précaution est devenu une norme clé de la réglementation environnementale en Europe et au Canada. Bien que les groupes de conseillers scientifiques résistent souvent à appliquer ce principe, son influence grandit d’années en années.

Au lieu d’agir contre des risques environnementaux après qu’ils aient été évalués, il suggère qu’il est plus approprié de prendre des actions réglementaires quand il y a seulement la trace d’un danger.

Le principe de précaution a été à la base de l’interdiction des aliments génétiquement modifiés et de nombreux produits chimiques en agriculture – dans beaucoup de cas sans l’appui de données suggérant des conséquences sanitaires chez les humains.

Environmental Working Group [note de Guillaume : une ONG très connue] est principalement connu pour son travail de lobbying visant à interdire les phthalates. EWG n’a aucun scientifique avec une expertise ciblée sur les plastiques. Cela ne les dissuade pas de semer régulièrement sur le Web des interprétations sensationnelles, simplistes et souvent trompeuses d’études complexes.

Alors que la pensée de précaution est facile à comprendre et joue avec notre peur instinctive de l’inconnu, le concept de risque relatif est très dur à appréhender pour les non-scientifiques, incluant de nombreux journalistes. Afficher tout produit chimique comme un « perturbateur endocrinien » toxique est à peu près aussi utile que de décrire une voiture comme « rapide » : par rapport à quoi ? Dans quelles conditions ? La question pour les responsables de la réglementation reste : quelle quantité de substance cause un effet délétère ?

Pour mettre les choses en perspective, la vitamine D – une vitamine essentielle à la vie – a environ la même toxicité que l’arsenic.

De nombreuses substances chimiques étiquetées « perturbateur endocrinien » sont des millions de fois moins puissantes que l’oestrogene ou la testostérone et n’ont simplement pas le « punch » suffisant pour beaucoup affecter le système endocrinien.

Une des différences majeures entre les deux approches [réglementaires et universitaires], c’est que les études faites par des scientifiques universitaires sont orientées par une hypothèse : ce sont en fait de petites études posant des questions ciblées, élaborées pour mettre au défi les paradigmes existants. Libre de toute responsabilité réglementaire, ils claironnent souvent leurs résultats auprès d’une presse généraliste qui leur est idéologiquement favorable.

La majorité des plus grosses études répondant à l’état de l’art – qui respectent les BPL [Bonnes pratiques de laboratoire] et sur lesquels se base la FDA [Food and Drug Administration – Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux] – montrent peu d’effet cohérents dûs au BPA.

On pourrait penser que les questions soulevées à propos des études de Hayes par des laboratoires de toxicologie internationalement reconnus et des agences de régulations feraient des gros titres au moins comparables aux histoires effrayantes qui apparaissent régulièrement après la publication de chacun de ses articles controversés – mais il n’en est rien.

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La suite de cette chronique se trouve ici :Substances toxiques : une peur déraisonnable, selon Jon Entine (4/4)

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Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par boxer_bob

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