Substances toxiques : une peur déraisonnable, selon Jon Entine (1/4)

Il n’y a pas de substitut universel au bisphénol A. – Dominique Gombert (2013), alors Directeur des évaluations des risques à l’ANSES

Une règle de conduite sensée consisterait à réduire l’exposition au risque chaque fois que possible, à n’accepter un gros risque qu’en cas de grande utilité, et aucun risque lorsque l’utilité semble dérisoire. – Philip Handler, ancien président de l’American Academy of Science

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Chronique du livre « mort de peur : comment la chimiophobie menace la santé publique »

Chimiophobie substances chimiques peur

de Jon Entine, 122 pages, publié en 2011

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Jon Entine est journaliste scientifique et consultant, spécialisé dans les domaines de la chimie, des biotechnologies et de la génétique.

Ce livre décrit comment les dangers liés aux substances chimiques font l’objet de peurs déraisonnables et contre-productives.

Concernant les risques associés aux pollutions environnementales, Jon Entine propose une interprétation des données existantes bien différente de celle proposée sur ce blog. Il me semblait donc important de vous en faire part, chers lecteurs, et d’en faire une chronique aussi objective que possible.

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les substances chimiques de synthèse apportent de nombreux bienfaits : amélioration de la santé humaine, guérison de maladies, augmentation des rendements agricoles et de la qualité des aliments produits, traitement des déchets, etc.
  • Les substances de synthèse font l’objet d’incessants messages anxiogènes, portant sur les risques sanitaires associés. Ces messages sont relayés auprès de la population générale, à grande échelle, par Internet et par des médias qui utilisent la peur pour vendre.
  • Les préoccupations exprimées sont souvent soit infondées, soit liées à des risques générés par des utilisations inadéquates.
  • Les quelques catastrophes environnementales, sanitaires et pharmaceutiques (Minamata, Bhopal, Thalidomide, Vioxx…) constituent les arbres qui masquent la forêt : dans la large majeure partie des situations, la production, le transport et l’utilisation de produits chimiques sont sans risque significatif. Ces catastrophes historiques, fortement relayées auprès du grand public, sont mises sur le même plan que des exagérations et des contre-vérités portant sur les substances chimiques du quotidien.
  • La peur des substances chimiques se répand comme une épidémie. Cette peur pourrait être appelée chemophobia (« chimiophobie » en français), de l’anglais chemical (produit chimique) et du grec phóbos (peur).
  • En se basant sur leurs propres mesures (non validées par des scientifiques) et sur leurs propres expertises (produites par des experts dont le processus de choix est loin d’être aussi vertueux et transparent que celui des grandes agences internationales), de nombreuses organisations non-gouvernementales (ONG) affirment que des dangers se cachent dans la plupart des objets et des situations du quotidien : cosmétiques, ustensiles de cuisine, emballages en plastiques, boites de conserve, rideau de douche, produits ménagers, dentifrice, eau minérale contenue dans une bouteille en plastique, viande, poisson, fruits, légumes… de quoi rendre folle une personne qui chercherait à éviter tous ces dangers.
  • Les facteurs liés au style de vie, comme le manque d’exercice, le tabagisme, la consommation d’alcool et les habitudes alimentaires qui conduisent à l’obésité, contribuent bien plus que les substances à l’accroissement de la majeure partie des cancers.
  • Un excès de précaution est devenu le principal moteur de la réglementation. Les analyses coûts-bénéfices sont trop peu utilisées.
  • Lorsque de grandes campagnes contre des produits chimiques sont menées par des associations et relayées par des journalistes, des réglementations de restriction ou d’interdiction sont souvent décidées au bout du processus, même lorsqu’il s’agit de substances peu dangereuses et très utiles : phthalates, Bisphénol A, atrazine…
  • La chimiophobie est souvent contre-productive : les ressources allouées à sur-argumenter sur les apports et les risques de certaines substances relativement peu dangereuses, à les retirer du marché et à trouver des substituts, seraient plus utiles si elles étaient allouées pour gérer des enjeux sanitaires significatifs. En ce sens, la chimiophobie peut contribuer à une baisse du niveau de santé publique.

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Chimiophobie substances chimiques peur1

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Les produits chimiques de synthèse sont essentiels à la vie moderne, mais nos points de vue sur eux sont conflictuels.

Il est impossible de concevoir le 21e siècle sans les matériaux et les combustibles que les produits chimiques rendent possibles.

La croyance dans les bénéfices relatifs des substances chimiques, la confiance dans les industries qui les produisent et dans les réglementations gouvernementales n’ont jamais été aussi basses.

L’incompréhension du public sur les produits chimiques et leurs risques a émergé à cause d’une variété de facteurs : avancées en chimie analytique permettant la détection de quantités de substances toujours plus faibles ; développement d’Internet et des médias sociaux ; émergence d’associations de défense de l’environnement, comprenant des activistes engagés et souvent peu de scientifiques ; reportages peu critiques ou complètement biaisés concernant les affirmations que les produits chimiques de synthèses sont intrinsèquement risqués ; renoncement de l’industrie face aux campagnes contre leurs produits ; inclination du gouvernement à répondre à des accusations exagérées de manière politiquement sûre mais scientifiquement déraisonnable ; et l’érosion de la confiance publique dans les autorités, incluant le gouvernement, l’industrie et la communauté scientifique.

Comment est-ce que le public juge le danger, la sécurité et le risque ? A quel niveau de sécurité considère-t-on qu’un produit est sûr ?  

Une illusion a développée l’idée que les produits chimiques peuvent être divisés en deux catégories : « sûrs » et « dangereux ». Mais toute substance, même la nourriture et les vitamines, peut être dangereuse si nous en consommons trop. La sécurité est relative, dépendant de la fréquence, de la durée et de l’ampleur de l’exposition. Cette obsession avec les produits chimiques est malsaine.

Dans l’absolu, bien entendu, il est scientifiquement impossible [d’apporter une preuve de sécurité] car toute chose, naturelle ou de synthèse, peut être montrée comme étant toxique.

Même quand les preuves les plus solides suggèrent que les Américains n’ont jamais été aussi en sécurité concernant l’exposition aux produits chimiques et aux médicaments, de nombreuses personnes croient à tort que nous faisons face à plus de dangers environnementaux maintenant qu’à n’importe quel moment de l’histoire.

La culture scientifique aux Etats-Unis est épouvantable. Au 200e anniversaire de la naissance de Charles Darwin, un sondage Gallup a trouvé que seulement 4 Américains sur 10 croyait à la science de l’évolution.

De nombreux journalistes n’ont pas la formation et la sophistication pour mettre des enjeux scientifiques complexes dans leur contexte.

Tout produit chimique peut être dangereux si le niveau d’exposition est suffisamment fort. Nous avons besoin de peser les bénéfices qu’un produit chimique pourrait apporter au regard de sa toxicité potentielle – et à quelle dose ou niveau d’exposition.

La réglementation sur les produits chimiques est plus stricte et plus efficace que jamais.

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La suite de cette chronique se trouve ici : Substances toxiques : une peur déraisonnable, selon Jon Entine (2/4)

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Pour diminuer l’exposition de vos enfants aux substances les plus préoccupantes, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Emma Cooper 

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