Santé des enfants et flore microbienne – où en est la recherche aujourd’hui ?

[Évoquant les cellules du corps humain] Je pensais jusqu’à il n’y a pas longtemps que c’était ça, « moi ». Et puis j’ai découvert que non, qu’en fait, ça, c’est un petit bout de moi. et qu’il y a un énorme bout qui est composé de bactéries microscopiques… en fait, je suis un écosystème. – Pierre-Henri Gouyon

 

Bonjour à tous !microbiote sante enfants

Dans des articles précédents, nous avons vu les nombreux bienfaits associés à la flore microbienne qui habite notre corps, lorsqu’elle est bien équilibrée : aide à la digestion, protection de la peau, gestion des émotions, protection contre les allergies, etc. Cette flore est appelée microbiote. Ces articles précédents se basaient sur des informations datant de 2013. Où en est la recherche aujourd’hui ?

 

Curtis Huttenhower est professeur au département de biostatistiques de l’Ecole de santé publique de Harvard. Il a participé au fameux Projet Microbiote Humain (Human Microbiome Project). Voici les principaux éléments d’une interview qu’il a donnée en mars 2016 [1] :

  • aujourd’hui, l’étude du microbiote est un des axes de recherche en médecine qui se développe le plus rapidement ;
  • quand un individu est en bonne santé, il porte malgré tout quelques microbes pathogènes sur et en lui, de tout type : bactéries, virus, champignons, … Ces microbes pourrait servir à stimuler le système immunitaire ;
  • des microbes se trouvent à de très nombreux endroits de notre corps : intestins, peau, bouche, poumons, aisselles, aine, nombril, ongles, etc.
  • les projets en cours ont pour objectif de comprendre les microbiotes de personnes en bonne santé et les microbiotes associés à certaines maladies chroniques : maladies inflammatoires des intestins (dont les intolérances alimentaires), maladies auto-immunes, cancers, obésité, polyarthrite rhumatoïde, diabète, asthme, troubles neurodéveloppementaux (troubles du spectre autistique, déficits d’attention, hyperactivité, …). Cette compréhension serait une base pour tenter de modifier les microbiotes déséquilibrés, de manière spécifique.
  • notre microbiote se construit très tôt, dès les premières années de l’enfance. L’acquisition précoce d’un microbiote sain permet notamment d’éduquer un système immunitaire qui sera performant pour le reste de la vie, accueillant les bons microbes et rejetant les mauvais microbes. 
  • Plus les chercheurs avancent, plus ils réalisent la grande complexité des mécanismes impliqués. Cette complexité se heurte aux fortes attentes des patients, stimulées par la mise en avant de potentiels thérapeutiques par les médias.

 

microbiote sante enfants 2

 

Un autre document permet de compléter ce premier bilan : le compte-rendu d’un atelier de l’Académie des sciences des Etats-Unis, intitulé Nouveaux regards sur l’étude du microbiote pour la santé environnementale, publié en juillet 2016 [2]. En voici les principaux éléments, complémentaires à ceux évoqués ci-dessus :

  • pour construire un microbiote solide, les enfants pourront être exposés aux microbes dès les premières années. Cette exposition précoce aura une influence très importante sur le microbiote de l’adulte à venir.
  • plusieurs études ont montré qu’une exposition à certains polluants environnementaux (métaux, pesticides, PCB, …) peut interagir avec le microbiote intestinal, sans que les impacts sanitaires puissent être quantifiés aujourd’hui.
  • La naissance par césarienne et l’exposition précoce aux antibiotiques ont des répercussions significatives sur le microbiote de l’adulte.
  • Des résultats de travaux de recherche suggèrent que « le potentiel du microbiote à impacter la dose de contaminants environnementaux à laquelle les gens sont exposés et au danger en résultant peut être un facteur qui, un jour, sera incorporé à la prise de décision concernant le risque lié aux substances chimiques.« 
  • De nouvelles techniques (métabolomique) « permettent aux chercheurs d’observer la communication entre le microbiote et son hôte « , notamment par l’intermédiaire de certaines hormones et de certains récepteurs cellulaires.
  • le microbiote intestinal a la capacité d’altérer l’absorption, la distribution et le métabolisme des polluants environnementaux. Il module la dose effectivement absorbée par le corps.
  • l’action de certaines bactéries intestinales sur les polluants environnementaux ressemblent aux premières phases du processus de métabolisation corporel (neutralisation puis élimination). A l’inverse, d’autres bactéries peuvent rendre un polluant déjà neutralisé à nouveau toxique.

 

microbiote sante enfants 3

 

  • Le microbiote constitue une autre barrière entre l’intérieur corps et l’environnement.
  • De longues périodes passées à l’intérieur de bâtiments influencent significativement la formation du microbiote.
  • Certains travaux montrent que, dans le cas d’une naissance par césarienne, la diversité du microbiote des bébés peut être augmentée en les tamponnant avec les fluides vaginaux de la mère.
  • Plusieurs intervenants ont soulignés l’existence de nouvelles données montrant les effets de l’exposition aux antibiotiques et aux contaminants environnementaux, pendant la période intra-utérine et les fenêtres de vulnérabilité connues du premier âge.
  • Le nombre de virus dans le microbiote humain est environ 10 fois plus élevé que le nombre de bactéries. Pourtant, jusqu’ici, les virus ont été beaucoup moins étudiés que les bactéries.
  • Certains travaux montrent que la diversité du microbiote de certaines populations traditionnelles, comme celles vivant dans de petits villages « quasi isolés » du Vénézuela, est bien plus grande que celle des populations dans les villes du monde développé. Certains chercheurs estiment que la perte de diversité peut être de l’ordre de 50 %, ce qui représente un fort enjeu sanitaire.

 

Ces deux sources d’informations me semblent permettre d’avoir une bonne vision de l’état des connaissances sur ce sujet si important. Beaucoup reste à faire et à comprendre. Néanmoins, les informations disponibles me semblent aujourd’hui suffisantes pour mettre en oeuvre des mesures visant à restaurer et entretenir notre microbiote, en particulier celui des enfants. Que faire en pratique ? Je vous renvois à l’article sur les conseils de Jeff Leach, une référence mondiale du domaine.

 

Personnellement, la principale bonne pratique que j’applique auprès de mes enfants est de les mettre dès que possible au contact de la nature, sans excès d’hygiène. Et vous, que faites-vous pour prendre soin du microbiote de vos enfants ? Partagez vos retours d’expériences dans les commentaires ! 

Photo par Quinn Dombrowski, NIAID et

Références :

  1. Huttenhower C. This Week in Health : Inside your microbiome. Harvard Chan: This Week in Health podcast archive, mars 2016.
  2. Betts K, Shelton-Davenport M. New Insights into Microbiome Study for Environmental Health ; Proceedings of a Workshop. The national academies press 2016
  3. Stulberg E, et al. An assessment of US microbiome research. Nature Microbiology 2015 ; 1:15015.
  4. Clemente JC et al. The microbiome of uncontacted Amerindians. Science Advances 2015 ; 1(3):e1500183.
  5. Blaser MJ,  Falkow S. What are the consequences of the disappearing human microbiota? Nature Reviews Microbiology 2009 ;
    7:887-894.
  6. Dickson RP. The microbiome and critical illness. The Lancet Respiratory Medicine 2015 ; 4-1 : 59-72.
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6 Commentaires

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  3. Karen

    Je savais qu’on suspectait les bactéries de communiquer avec le corps (de l’influencer ?) mais je ne savais pas qu’on commençait à pourvoir le mesurer !?!

    Répondre
  4. Guillaume (Auteur de l'article)

    Oui je développais ces aspects dans cet article : http://sante-enfants-environnement.com/les-pensees-des-enfants-peuvent-etre-influencees-par-la-sante-de-leur-ventre/
    Le fait qu’on commence à le mesurer m’a bien épaté aussi ! 😉

    Répondre
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