Santé des enfants : comment la protéger du « syndrome de manque de nature » (4/4)

Ici, sur le bord de ce que nous savons, au contact avec l’océan de tout ce que nous ne savons pas, brillent le mystère du monde, la beauté du monde. Une beauté à couper le souffle. –  Carlo Rovelli

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Chronique du livre « Last Child in the woods »  (Le dernier enfant dans les bois)
Enfants bois Louv santé

de Richard Louv, 410 pages, publié en 2005 (révisé et augmenté en 2008) .

Richard Louv est auteur et journaliste scientifique. Il a fondé et préside l’ONG Réseau Enfants & Nature.

Ce livre est considéré comme un ouvrage de référence sur le lien entre les enfants et la nature. Il recense les résultats de différents travaux scientifiques, portant sur :

  • le rôle que joue la nature dans le bon développement des enfants ;
  • les impacts du manque de nature sur la santé des enfants, aussi bien physiologique que psychologique.

Ce livre est très riche en informations et en recommandations de qualité : il fera donc l’objet d’une chronique en quatre parties. Le présent article est la quatrième partie de cette chronique, où il est question notamment du risque de l’enlèvement par un inconnu et de la notion de Mentor nature. La première partie se trouve ici, la deuxième ici et la troisième ici.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • En 2006, près d’un tiers des enfants de 6 mois à 6 ans vivaient dans des maisons où la télévision était allumée « tout le temps » ou « la plupart du temps ». En moyenne, les enfants de 8 à 18 ans passaient environ 6,5 heures par jour devant un écran : cela représente 45 h par semaine, soit plus que ce qui est considéré comme la semaine de travail d’un adulte.
  • Selon les statistiques disponibles, la grande majorité des enleveurs d’enfants sont des membres ou des connaissances de la famille : ce ne sont pas des inconnus. Nourrie par le traitement médiatique des cas existants et par un fort risque légal pour les encadrants d’enfants, la peur de l’enlèvement par un inconnu fait surévaluer le risque réel.
  • Les taux de crimes violents contre les enfants ont baissé aux Etats-Unis. Ils sont aujourd’hui bien en-dessous des taux mesurés en 1975, ce qui contredit la perception de la plupart des parents.
  • Les résultats de recherche disponibles suggèrent que l’ordinateur est un outil d’apprentissage peu efficace.
  • Les enfants ont besoin de « mentors nature » : des personnes qui enseignent le respect de la nature, montrent l’attention à porter aux phénomènes naturels, et avec qui les enfants peuvent partager leurs expériences. Les mentors nature peuvent également transmettre un savoir, lié à la nature, mais l’essentiel n’est pas là. Quand on introduit un enfant au monde naturel, l’important n’est pas de savoir mais, comme le souligne Rachel Carson, de ressentir et de (re)découvrir « la joie, l’excitation et le mystère liés au monde dans lequel nous vivons ».
  • Le plus gros problème pour les enfants n’est pas l’absence d’expériences dans des milieux très sauvages, mais plutôt l’absence de contact quotidien avec la nature de proximité.
  • Le jardinage est une activité traditionnelle qui permet à un enfant d’être en contact régulier avec la nature. Les légumes sont un bon choix pour les jeunes enfants. Ils poussent vite et peuvent être mangés en toute saison. Les enfants sont plus enclins à manger des légumes qu’ils ont eux-mêmes fait pousser.
  • Selon Abraham Maslow, la célèbre psychologue, auteur de la Pyramide des besoins, même les enfants sont saisis par des questions de nature spirituelle. L’enfance et la nature sont, respectivement, une période et un environnement propices aux expériences de « grande signification, de beauté, d’inspiration… hors de toute religion institutionnelle ».
  • La spiritualité pourrait être définie comme le fait d’être constamment émerveillé par le réel, et tout particulièrement par la nature.

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

L’étude suggérait également que le jeu libre dans la nature est bien plus efficace  que les activités obligatoires et organisés par des adultes dans la nature. Paradoxalement, ceci suggère que les organisateurs d’activités nature devraient s’efforcer de rendre l’expérience aussi peu organisée que possible – tout en lui conservant un sens. Plus facile à dire qu’à faire.

Les parents se sentent déjà assiégés par les difficultés à trouver un équilibre entre le travail et la vie de famille. De manière compréhensible, ils peuvent résister à l’idée d’ajouter d’autres éléments à leur longue liste de choses à faire. Alors voici un autre façon de voir le défi : la nature comme antidote. La réduction du stress, une meilleure santé physique, une spiritualité plus profonde, plus de créativité, le sens du jeu et même une vie plus sûre – ce sont les récompenses qui attendent une famille quand elle invite plus de nature dans la vie des enfants.

Chercher les bordures des habitats naturels : où les arbres s’arrêtent et un champ commence ; où les rochers et la terre rencontrent l’eau. La vie est toujours dans ces espaces de transition.

[Parlant d’une personne ayant connue une sévère dépression] Elle dit qu’elle avait souffert d’avoir été  « à distance de la beauté ». Cette idée est devenue une partie de moi. Je sais quand je suis en train de souffrir de cette distance. […] Bien que la confiance en soi et la conscience peuvent venir de l’expérience de la nature, les générations ne vont pas dans la nature pour trouver de la sécurité ou de la justice. Ils y vont pour trouver de la beauté. Très simplement, quand nous refusons la nature à nos enfants, nous leur refusons la beauté.

Ce n’est pas le langage des peintres mais le langage de la nature que l’on devrait écouter… Ressentir les choses elles-mêmes, la réalité, est plus important que ressentir des images. – Vincent Van Gogh

Préserver des îlots de terrains sauvages – parcs et réserves – dans les zones urbaines n’est pas assez, selon la théorie écologique actuelle. Au lieu de cela, un environnement urbain sain demande des couloirs de nature pour le mouvement et la diversité génétique.

La nécessité spirituelle de la nature pour les jeunes est un sujet qui reçoit peu d’attention. […] Après tout, une expérience spirituelle d’enfants dans la nature – en particulier dans la solitude – est au-delà du contrôle parental et institutionnel.

 

Mon avis

Les + :

  • un ouvrage de référence concernant l’influence de la nature sur la santé des enfants. Le « syndrome du manque de nature », bien que ne correspondant pas à un concept médical précis, est si reconnu que l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis y fait référence, dans les recommandations de son « Mois de la santé des enfants »  ;
  • une grande richesse de sujets (santé physique, santé mentale, approche évolutionniste, capacités d’apprentissage, résilience, spiritualité, etc.), chacun étant appuyé par des études scientifiques et des points de vue de chercheurs.

Les – :

  • Non traduit en français, ce qui pour un best-seller international « grand public », publié il y a 10 ans, me parait surprenant et me semble bien dommage.

 

Que pensez-vous de ces informations et de ces recommandations ? Peut-être que, comme moi, elles posent des mots sur des phénomènes intuitivement connus. Dites-le moi dans les commentaires !

 

Cet article est une participation au rendez vous « L’enfant et la nature », organisé par Marie du blog Les loisirs de Marie ! Voici les articles des autres participant(e)s :

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Recherches utilisées pour trouver cet article :le dernier enfant dans les bois

6 Commentaires

  1. Cécé from Aix

    Très intéressant cette chronique de livre. Merci !
    Cécé from Aix Article récent : Il était une fois un livre #118 : des histoires pour le soirMy Profile

    Répondre
    1. Guillaume

      Merci 🙂 J’espère que tu as pu y trouver des choses utiles ; personnellement ce livre m’a beaucoup apporté

      Répondre
  2. Emile

    De toutes tes informations et points de vue, je voudrais souligner celle ci, que je partage évidemment;  » la spiritualité pourrait être définie comme le fait d’être émerveillé par la nature ».
    Non seulement elle nous émerveille, mais en plus elle nous étonne et en conséquence elle nous questionne…(qui suis je, d’où je viens, où je vais?)
    Allez à la campagne, en plein champs par une belle soirée d’été quand la nuit est tombée et regardez le ciel étoilé…. automatiquement toutes ces questions vous arrivent plus ou moins confusément à l’esprit …et chacun se donne ses propres réponses. C’est ça la spiritualité et je crois que l’on peut y être sensible très jeune. Faites en l’expérience avec vos enfants et vous constaterez leur épanouissement

    Répondre
    1. Guillaume

      Hello Émile !
      Je suis content que tu soulèves ce point, car il est très important à mes yeux également. Ce que m’a fait réaliser ce livre, c’est que considérer la spiritualité comme « un sujet pour adulte » est probablement une erreur 🙂

      J’ai retenu de mes cours de philo que la spiritualité désignait notre rapport à l’infini, ça colle assez bien avec ta description je trouve. Personnellement, j’essaye de ne plus trop me poser de questions ; je tente simplement (et humblement) de me détendre et de « vivre le mystère ». Et à ce petit jeu là, il me semble que les enfants sont très forts !
      Guillaume Article récent : Santé des enfants : comment la protéger du « syndrome de manque de nature » (4/4)My Profile

      Répondre
  3. Yum

    Bonjour Guillaume,

    Merci pour cette chronique très complète !

    Il faudrait vraiment que le « syndrome de manque de nature » soit mieux connu en France, de sorte que les pouvoirs publics et tout un chacun passent à l’action ! C’est dommage, comme tu le dis, que ce livre ne soit pas traduit en français…

    Richard Louv donne-t-il des conseils pratiques sur la manière de faire les sorties nature des enfants ? Car je comprends qu’il recommande à la fois des moments avec un accompagnement par un « mentor nature » et d’autres de solitude (c’est pourquoi je suppose il donne des éléments, à l’instar de Scott Sampson, sur la faible probabilité d’occurrence des enlèvements – ceci dit, personnellement, même si la probabilité d’occurrence des enlèvements, viols, etc. était peut-être plus faible que ce que les parents imaginent, j’estime qu’un tel événement, s’il arrivait, serait tellement grave et dévastateur, que pour ma part je ne laisserais pas mes enfants sans une surveillance minimale dans des bois…) ?

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    1. Guillaume

      Bonjour Yum
      Réduire son « syndrome de manque de nature » fait partie des recommandations de l’usepa, qui est un organisme de référence international : y a de l’espoir 🙂

      Du temps de l’enfance de Louv, les enfants étaient dehors, seuls, tous les jours, la question ne se posait pas. Je retiens de ma lecture qu’il nous invite à laisser à nos enfants des moments de solitude, même dans le contexte d’aujourd’hui, les sorties avec les parents pouvant être plus focalisées sur du « mentoring ». Selon son analyse, le rapport bénéfice/risque est suffisamment bon.
      Guillaume Article récent : Santé des enfants : comment la protéger du « syndrome de manque de nature » (4/4)My Profile

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