Santé des enfants : comment la protéger du « syndrome de manque de nature » (2/4)

Chronique du livre « Last Child in the woods »  (Le dernier enfant dans les bois)
Enfants bois Louv santé

de Richard Louv, 410 pages, publié en 2005 (révisé et augmenté en 2008) .

Richard Louv est auteur et journaliste scientifique. Il a fondé et préside l’ONG Réseau Enfants & Nature.

Ce livre est considéré comme un ouvrage de référence sur le lien entre les enfants et la nature. Il recense les résultats de différents travaux scientifiques, portant sur :

  • le rôle que joue la nature dans le bon développement des enfants ;
  • les impacts du manque de nature sur la santé des enfants, aussi bien physiologique que psychologique.

Ce livre est très riche en informations et en recommandations de qualité : il fera donc l’objet d’une chronique en quatre parties. Le présent article est la deuxième partie de cette chronique, où il est question notamment d’écopsychologie et d’intelligence naturaliste. La première partie se trouve ici.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • La théorie de la biophilie suppose que nous sommes instinctivement attirés par les autres formes de vie. Plus de 10 ans de recherches appuient cette théorie.
  • Adossé à la biophilie, une nouvelle discipline émerge : l’écopsychologie. Selon elle, la psychologie moderne a séparé la vie interne de la vie externe : elle nous a fait refouler notre « inconscient écologique ». L’écopsychologie invite au contact avec la nature, qui nourrit la connexion avec nos racines les plus profondes, celles de l’histoire de notre évolution sur Terre.
  • L’écopsychologie s’appuie notamment sur la « thérapie par la nature », selon laquelle des paysages naturels, ou à défaut des jardins, peuvent participer à la guérison de nombreuses maladies.
  • La biophilie correspond à un besoin psychologique fondamental : ressentir notre enracinement dans la nature permet de nourrir la vie en nous.
  • Une étude, publiée en 2003 dans la revue Psychiatric Services, montre que le taux de prescription d’antidépresseurs aux Etats-Unis a presque doublé en cinq ans. L’augmentation la plus forte se situe chez les enfants pré-scolarisés. En y ajoutant les médicaments pour le déficit d’attention, les dépenses associées dépassent, pour les enfants, celles des antibiotiques et des médicaments contre l’asthme. Le contact avec la nature pourrait constituer une thérapie complémentaire, additionnelle ou préventive. En fait, de nouvelles études montrent que le besoin de ces médicaments augmente avec la déconnexion entre les enfants et la nature.
  • Des études suggèrent que les évènements stressants ont moins d’impacts psychologiques (troubles du comportement, anxiété, dépression) sur les enfants vivant dans un environnement riche en nature. Ils sont dits plus « résilients ».
  • La définition de la santé environnementale devrait s’étendre au-delà des expositions liées aux rejets de substances toxiques dans l’environnement. Elle devrait comprendre le pouvoir guérisseur des environnements naturels.
  • Pendant les années 1980, Howard Gardner, professeur de pédagogie à l’Université de Harvard, a développé une théorie aujourd’hui très influente : la Théorie des intelligences multiples. Selon cette théorie, la notion traditionnelle d’intelligence, basée sur le test du QI, est bien trop limitée pour rendre compte de la diversité des potentiels d’un enfant. Ainsi, la Théorie des intelligences multiples proposent sept types d’intelligence : linguistique, logico-mathématique, musicale, visuelle-spatiale, kinesthésique, interpersonnelle et intrapersonnelle.
  • Plus récemment, Gardner a ajouté nouvelle huitième intelligence : l’intelligence naturaliste. Il s’agit de la capacité à reconnaître et à interagir avec les plantes, les animaux et les autres éléments de l’environnement naturel, comme les nuages ou les rochers. Comme pour chaque intelligence, tout le monde peut en faire preuve, et certains y excellent : chasseurs-cueilleurs, botanistes, anatomistes, naturalistes, etc.
  • L’intelligence naturaliste permet notamment de savoir reconnaître les animaux prédateurs, les serpents venimeux ou les légumes bien mûrs. Elle constituait un avantage pour la survie de nos ancêtres préhistoriques.
  • Selon Leslie Owen Wilson, professeur de psychologie de l’éducation à l’Université du Winconsin, les enfants doués pour la huitième intelligence peuvent être reconnus, notamment, grâce aux caractéristiques suivantes :
    • des sens affûtés – vue, ouïe, odorat, goût et toucher – utilisés pour remarquer et catégoriser des éléments naturels ;
    • un plaisir à être dehors, aux activités d’extérieur comme jardiner, marcher dans la nature, observer les phénomènes naturels, etc.
    • une grande attention portée à l’environnement immédiat. Ces enfants remarquent spontanément les similarités entre les éléments naturels, ou leurs différences, ou encore d’éventuelles anomalies, etc. ;
    • un intérêt à prendre soin des plantes et des animaux.

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Un enfant qui est autorisé à courir librement dans un environnement naturel commencera très rapidement à chercher un abri spécial. L’intérieur des buissons est inspecté et apprécié au regard de sa pertinence à devenir un fort. Les arbres, en particulier les anciens, font des châteaux à tours, et les branches où les enfants peuvent le mieux grimper sont considérées comme des « chambres ».  

La sagesse silencieuse de la nature n’essaye pas de vous tromper comme le paysage d’une ville, avec ses affiches et ses publicités partout. Elle nous fait pas avoir envie de vous conformer à une image. Elle est juste là, elle accepte tout le monde.

L’immersion dans l’environnement naturel expose les jeunes directement et immédiatement aux véritables éléments à partir desquels les humains ont évolué : la terre, l’eau, l’air, les autres familles d’êtres vivants, grandes et petites. Sans cette expérience […], nous oublions notre place ; nous oublions ce tissu plus grand dont notre vie dépend.

Tout espace naturel contient un réservoir infini d’informations, et donc le potentiel pour d’inépuisables découvertes.

Aucune des nouvelles technologies n’implique le toucher humain ; elles ont toutes tendance à nous placer encore un peu plus loin de l’expérience directe.

Le monde n’est pas entièrement disponible depuis un clavier d’ordinateur.

La qualité de vie n’est pas juste mesurée par le salaire que nous gagnons, mais également par ce que nous avons échangé en contrepartie.

« Il existe des arguments théoriques rationnels pour expliquer que les humains en général – et donc les enfants – pourraient avoir un besoin inné de contact avec la nature ». Oui, plus de recherches sont nécessaires, mais nous ne sommes pas obligés de les attendre. Comme argumentent Taylor et Kuo : « Compte tenu des similitudes des résultats statistiquement fiables, pointant tous dans la même direction et persistant au travers des différentes sous-populations d’enfants, des différentes configurations, et malgré les faiblesses des dispositifs, à un certain point il devient plus raisonnable d’accepter le fait que la nature promeut le développement d’un enfant sain. Si, comme de plus en plus d’éléments le suggèrent, le contact avec la nature est aussi important pour un enfant qu’une bonne nutrition ou un sommeil adéquat, alors il faut s’occuper de la tendance actuelle concernant l’accès [difficile] des enfants à la nature.»

 

La suite de cette chronique fera l’objet d’un prochain article.

 

Que pensez-vous de ces informations et de ces recommandations ? Peut-être que, comme moi, elles posent des mots sur des phénomènes intuitivement connus. Dites-le moi dans les commentaires !

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8 Commentaires

  1. Yum

    Très intéressant !
    Les résultats des ces études sur l’impact de l’environnement naturel sur la santé mériteraient d’être mieux connus pour orienter les politiques d’aménagement du territoire, et notamment de planification urbaine, pour faciliter l’accès à la nature pour les enfants et les plus grands !

    Répondre
    1. jenny

      oh que oui ça mériterait d’être connus quand je constate de la difficulté d’un espace extérieur dans des villes pour les structures petite enfance… tout doit être lisse… http://grainesdejenny.com/2015/09/25/homologuer-une-cour-exterieure-dans-une-halte-garderie-temoignage-dune-directrice-et-son-parcours-du-combattant/

      Je suis éducatrice de jeunes enfants et il m’est arrivé de travailler dans des structures où nous sortons pas de 8h à 17H30 le soir ! Nous ne sommes pas fait pour rester enfermé tout le temps !

      Répondre
      1. Guillaume (Auteur de l'article)

        Merci pour ton retour d’expérience « de terrain » Jenny, très intéressant. Coincidence : je suis passé il y a peu devant l’école maternelle de mon enfance, et j’ai été très triste de constater que quasi-toute nature avait disparue (buisson, arbres, terrain enherbé), tout est bien « lisse » comme tu dis.
        Nos ancêtres ont vécu dehors pendant des millions d’années. Je suis d’accord, notre corps a été façonné pour être dehors !!

        Répondre
  2. Guillaume (Auteur de l'article)

    La planification urbaine me parait aussi un enjeu clé.
    Si cette thématique t’intéresse, Richard Louv développe ces aspects et fait des propositions dans son livre suivant « The Nature Principle ».

    Répondre
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