Quels polluants trouve-t-on dans le corps des femmes enceintes ?

Regardez une femme enceinte : vous croyez qu’elle traverse la rue ou qu’elle travaille ou même qu’elle vous parle. C’est faux. Elle pense à son bébé. – Anna Gavalda

[Concernant les tests de dangerosité des substances] l’état de santé de la personne n’est pas pris en compte. Ainsi, on ne sait pas si une femme enceinte va être plus sensible à tel ou tel polluant. Son enfant encore moins […] Du coup, on laisse passer des molécules potentiellement dangereuses. – Barbara Demeneix

 

Bonjour à tousFemmes enceintes polluants santé

Comme tout un chacun, les femmes enceintes sont exposées à des substances chimiques, tous les jours. Ces substances peuvent être issues de diverses sources : poussières des maisons, certains aliments, air extérieur urbain, produits cosmétiques, canapés, coussins, matelas, meubles, etc. L’évaluation de l’exposition des femmes enceintes est un thème de santé-environnement qui s’est fortement développé lors des 20 dernières années.

 

En plus de mettre à disposition des articles scientifiques, le site Internet de la revue Environment Health Perspectives [1] propose des interviews de chercheurs, auteurs de certains articles. Dans ce cadre, Tracey Woodruf et Rachel Morello-Frosch ont été interviewées en 2011 [2]. Tracey Woodruff est professeur associée et directrice du Programme sur la santé reproductive et l’environnement, à l’Université de San Francisco. Rachel Morello-Frosch est professeur associée à l’Ecole de santé publique de l’Université de Berkeley.

L’interview portait, notamment, sur les résultats d’une biosurveillance réalisée sur plus de 250 femmes enceintes [3]. La biosurveillance est la mesure de polluants (ou de leurs traceurs) dans des organismes vivants. Dans le cas des êtres humains, la biosurveillance peut être faite dans le sang, les urines, les cheveux, le lait maternel, … [4]

 

Eléments clés de l’interview, concernant la thématique « Santé des bébés et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus de l’interview, en lien avec la thématique « Santé des bébés et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • L’échantillon sélectionné est représentatif de la population de femmes enceintes vivant aux Etats-Unis.
  • 163 polluants ont été recherchés dans le sang et les urines des femmes enceintes.
  • Les résultats obtenus permettent d’identifier une exposition commune : quasi-toutes les femmes enceintes étaient exposées à au moins 43 substances chimiques.
  • Certaines sont des substances aujourd’hui interdites, mais persistantes dans l’environnement : PCB, pesticides organo-chlorés (le DDT notamment), etc. D’autres sont des substances plus contemporaines : retardateurs de flamme bromés (PBDE), phtalates, HAP, PFC, perchlorate, etc.
  • Sans être aussi communes, d’autres substances ont été retrouvées dans l’organisme de nombreuses femmes enceintes. Par exemple : Bisphénol A (BPA), triclosan, pesticides organophosphatés, etc.
  • « Donc ce que cela veut dire, c’est que les femmes enceintes ont de nombreuses substances chimiques dans leur corps, durant la période particulièrement importante qu’est le développement du fœtal »
  • « Les inquiétudes de la population générale ne manqueront pas : beaucoup de ces substances chimiques sont d’un usage répandu, et leurs effets sur la santé humaine n’ont pas été suffisamment testés. »
  • Plus généralement, « nous sommes en train de mesurer différents types de substances chimiques dans l’organismes des gens, et nombre d’entre eux – comme le mercure, le plomb, les retardateurs de flamme, les HAP, le perchlorate – ont été associés à des effets sanitaires, à des niveaux similaires à ceux trouvés dans la population générale. »

 Note de Guillaume : le collectif du projet TENDR a publié en 2016 les résultats des dernières mesures de biosurveillance aux Etats-Unis, qui indiquent une exposition du même ordre : « 90 % des femmes enceintes présentent des niveaux détectables pour 62 substances chimiques. […] Parmi les substances retrouvés dans la grande majorité des femmes enceintes, on trouve des PBDE, des HAP (Hydrocarbures aromatiques polycycliques), des phtalates, des composés perfluorés, des PCB (Polychlorobiphényles), du plomb et du mercure. Nombre de ces substances peuvent traverser le placenta durant la grossesse et être détectés dans le sang de cordon et au niveau du fœtus. »

 

Polluants, femmes, enceintes, sante

 

Comment protéger les femmes enceintes et les bébés de ces pollutions environnementales

Puisque l’exposition étudiée est ici très générale, il est difficile de conclure avec quelques bonnes pratiques ciblées sur certains polluants, comme je le fais d’habitude. Réduire l’exposition des enfants est l’objet d’une grande partie de ces blog.

Néanmoins, les deux chercheuses ont décrit dans l’interview quelques bonnes pratiques, qu’elles mettent en œuvre pour diminuer l’exposition de leurs propres enfants :

Egalement, selon ces deux chercheuses, adopter un régime alimentaire sain permet de réduire les effets liés à une exposition à des substances chimiques.

 

Connaissiez ces recommandations ? Si oui, rencontrez-vous des difficultés à les mettre en œuvre ? Peut-être avez-vous d’autres conseils à appliquer en complément. Dites-le moi dans les commentaires !

Photo par Brian Wolfe et Vladimir Pustovit

Références :

  1. En français : Perspectives en Santé Environnementhttp://ehp.niehs.nih.gov/
  2. Ahearn A. Communicating about chemical body burden, with Tracey Woodruff and Rachel Morello-Frosch. Environ Health Perspect http://dx.doi.org/10.1289/ehp.trp050111
  3. Woodruff TJ et al. Environmental chemicals in pregnant women in the US: NHANES 2003–2004. Environ Health Perspect Doi:10.1289/ehp.1002727
  4. Institut de veille sanitaire (InVS) – Biosurveillance – http://www.invs.sante.fr/Dossiers-thematiques/Environnement-et-sante/Biosurveillance
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9 Commentaires

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  3. Valéry

    Voilà des résultats qui font froid dans le dos. L’empoisonnement progressif de la population commence donc finalement très tôt, dès le stade embryonnaire. Et le cocktail chimique décrit à travers ces lignes n’est vraiment pas appétissant et certainement très nocif.

    Quoique ma femme et moi-même n’ayons pas encore d’enfant (nous espérons en avoir), je m’intéresse tout de même à ces problématiques et connais déjà une bonne partie des recommandations évoquées à la fin de l’article.

    Une pollution qui n’a pas été abordée ici (car elle n’est pas de nature chimique) est l’exposition aux ondes des femmes enceintes et de leur embryon/foetus, plus particulièrement l’exposition aux ondes WiFi.
    Barrie Trower, un spécialiste de ce type d’ondes explique que l’embryon, chez une femme enceinte, n’a aucune protection contre les ondes pendant les 100 premiers jours, période durant laquelle se forment, chez les embryons femelles, les 400 000 ovocytes de son propre matériel génétique. Ainsi ces ovocytes seraient soumis à un très fort risque de voir leur ADN endommagé, affectant par là même toute la descendance des futures femmes.

    Réjouissant, n’est-ce pas ?!

    En tous cas, merci pour ce billet très instructif !
    Valéry Article récent : 5 bienfaits d’une alimentation équilibréeMy Profile

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    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Bonjour Valery. Merci pour ton commentaire très riche ! Je ne connais pas encore les travaux de Barrie Trower, ça l’air très intéressant, je vais certainement approfondir vu que tu me le conseilles une 2 fois. Jusqu’ici j’avais lu plutôt des choses rassurantes (avis ANSES 2013, livre de Zmirou « Toxique ? Santé et environnement : de l’alerte à la décision »), ça me donnera un autre pointe de vue. A une prochaine !

      Répondre
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