Pourquoi la nature apporte tant de bienfaits à la santé des enfants : l’hypothèse de la topophilie (1/2)

Musique par Ronan Vernon

 

Apprendre, c’est devenir autre. Et à mesure que nous apprenons tout au long de notre vie, notre cerveau aussi devient autre. – Jean-Claude Ameisen

Enfant nature topohilie santé

 

Bonjour à tous

A l’occasion d’un précédent article, nous avons vu ce qu’est la notion de biophilie : il s’agit d’une hypothèse selon laquelle il existe une attraction instinctive des êtres humains vers les autres êtres vivants. Scott Sampson, dans son beau livre Comment élever un enfant sauvage [1], propose une autre hypothèse de travail, dans la continuité de la biophilie : la topophilie, littéralement « l’amour du lieu ». La topophilie désigne l’attraction instinctive qu’un être humain ressent pour l’environnement naturel dans lequel il a grandi.

 

Notre dernier ancêtre commun avec les primates non humains vivait il y a 7 à 8 millions d’années. Depuis leur séparation d’avec la lignée qui donne naissance aux chimpanzés et aux bonobos, les êtres humains ont acquis plusieurs caractéristiques spécifiques, dont une des plus remarquables est le développement de la taille du cerveau. Par exemple, son volume a fait plus que tripler entre l’homme de Néandertal et l’homme moderne [2]. Selon Sampson, ce plus gros cerveau a permis aux êtres humains, notamment, de pouvoir mieux s’adapter à différents environnements locaux. C’est ce qui explique que, à l’inverse des autres espèces animales, les êtres humains ont pu coloniser la quasi-totalité des terres immergées, depuis les forêts tropicales jusqu’aux contrées désertiques chaudes et froides. Cette dispersion sur la planète est d’autant plus remarquable qu’elle s’est faite en moins de 100 000 ans, un temps très court à l’échelle de l’évolution.

 

Sampson explique que la phase où le cerveau présente le plus de connexions entre neurones est… l’enfance.  Pour ceux qui (comme moi !) ne le savaient pas, cela peut être contre-intuitif au premier abord. En fait, l’apprentissage et l’accumulation d’expériences n’ont pas pour principale conséquence de créer de nouvelles connexions, mais plutôt de renforcer certaines connexions existantes, au détriment des autres. Pour reprendre la métaphore de Sampson, le cerveau passe d’une multitude de petits chemins neuronaux à quelques autoroutes neuronales, spécifiquement développées en fonction des expériences sensorielles vécues.

Or la capacité de déplacement de nos ancêtres était limitée : pas d’avion, pas de train, pas de voiture, etc. La majeure partie de leur vie se passait donc dans un seul et  même environnement. Par conséquent, les expériences sensorielles provenant d’un unique type de nature de proximité ont façonné les structures neuronales du cerveau de nos ancêtres. Cette nature de proximité était spécifique à leur localisation géographique respective.

 

Puisqu’il a forgé nos principales structures neuronales, la topophilie fait l’hypothèse que nous avons un attachement particulier pour l’environnement naturel dans lequel nous avons grandi. Nous ressentons pour lui une attraction instinctive et inconsciente. S’y retrouver nous procure un surplus de bien-être, qui pourrait se rapprocher du sentiment de « rentrer à la maison ».

 

Comme la biophilie, la topophilie n’est pas vraiment « démontrable ». Elle constitue néanmoins une hypothèse intéressante, il me semble, qui permet de proposer une explication plausible à certains types d’expériences que chacun peut ressentir.

Selon Sampson, bien comprendre les conséquences pratiques de la topophilie peut être très bénéfique pour la santé de nos enfants. Je vous présenterai ses recommandations à l’occasion d’un prochain article.

 

Et vous, est-ce que cette notion de topophilie vous parle ? Est-ce quelque chose que vous ressentez consciemment lorsque vous retournez dans le type d’environnement où vous avez grandi ? Partagez votre expérience dans la zone de commentaires !   

 

Références :

  1. Sampson SD. How to Raise a Wild Child: The Art and Science of Falling in Love with Nature. Houghton Mifflin Harcourt, 2015 ;
  2. Site Internet du Museum d’histoire naturelle de Marseille – http://www.museum-marseille.org/marseille_cerveau_evolution.htm.

Credit photo : Ferran Jordà

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14 Commentaires

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  5. Mi-Ko

    Bonjour,
    je découvre cette théorie de la topophilie!
    C’est peut-être une question de béotienne, mais l’attraction (ou non) pour les lieux où on a grandi ne dépend-t-elle pas notamment de l’enfance qu’on y a passée (enfance heureuse ou au contraire difficile, événements vécus, souvenirs associés à ces lieux, etc.)?

    Répondre
  6. Guillaume (Auteur de l'article)

    Hello Mi-Ko
    Question très intéressante, qui n’est pas abordée dans les documents que j’ai lus. T’es-tu forgé un avis sur le sujet ?
    Intuitivement, il me semble que la notion de lieu a effectivement une double composante, anthropologique et géographique. A ce titre, on pourrait imaginer que des expériences malheureuses dans un lieu particulier puissent générer une sorte de topo »phobie ».
    L’hypothèse qui est présentée dans ses deux articles se concentrent sur l’aspect géographique. Comme tu le verras dans la 2nd partie, une attirance et une curiosité pour notre environnement d’enfance peut se comprendre comme un héritage de nos ancêtres, qu’elles rendaient plus aptes à la survie. Dans ce cadre, pourquoi ne pas envisager la possibilité d’une attraction mêlée de crainte ? Cela recouperait bien avec la fascination pour l’océan qu’ont, par exemple, plusieurs personnages décrits par Melville dans Moby-Dick.

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  8. Un colibri

    Intéressant ! Il est clair que je ressens un sentiment de bien-être lorsque je suis dans mon environnement d’enfance, c’est-à-dire la maison de mes parents dans laquelle j’ai passé mes 20 premières années et sa campagne environnante. Aussi étonnant que cela puisse me paraître à chaque fois que j’y réfléchis, ce lieu en lui-même ne correspond pas à mes « aspirations d’environnements idéaux » tels que ceux que j’ai conçu à l’âge adulte, et pourtant, j’aime de plus en plus m’y retrouver et y passer du temps.

    Répondre
  9. Guillaume (Auteur de l'article)

    « + 1 » pour l’hypothèse de topophilie (« + 2 » avec moi 😉 ) !

    Répondre
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