Pollutions environnementales : protéger le cerveau des enfants avec le Pr Grandjean (4/4)

Nous appelons à agir maintenant pour prévenir l’exposition à des substances chimiques qui peuvent contribuer à la prévalence des déficiences neurodéveloppementales chez les enfants. – collectif TENDR

[lors des tests de dangerosité des substances] l’état de santé de la personne n’est pas pris en compte. Ainsi, on ne sait pas si une femme enceinte va être plus sensible à tel ou tel polluant. Son enfant encore moins […] Du coup, on laisse passer des molécules potentiellement dangereuses. – Barbara Demeneix

 

Chronique du livre « Cerveaux en danger : protégeons nos enfants »

Cerveaux danger Philippe Grandjean

de Philippe Grandjean, 300 pages, publié en 2016

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Philippe Grandjean est médecin épidémiologiste danois, spécialiste de santé environnementale. Il est professeur à l’Université du Danemark du Sud et à l’université Harvard (États-Unis).

Ce livre décrit comment les polluants du quotidien peuvent altérer le développement du cerveau des enfants. Cette altération est rarement décelée et peut être irréversible. L’auteur présente ses recommandations visant à protéger les enfants.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le quatrième article de la chronique. Il porte notamment sur certains des polluants les plus connus et sur le niveau de preuve nécessaire pour obtenir une action des pouvoirs publiques. La première partie se trouve ici : Pollutions environnementales : protéger le cerveau des enfants avec le Pr Grandjean (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Certains poissons peuvent contenir une forte concentration en mercure. Pour protéger les enfants, mieux vaut privilégier les espèces suivantes : crevettes, moules, morue, hareng, saumon, sardines, et plus généralement, les petites espèces de poissons plats.
  • Les substances toxiques pour le cerveau les mieux documentées sont le plomb, l’arsenic, le mercure, les PCB, le toluène et certains pesticides.
  • Les polluants chimiques du quotidien sont suspectés de perturber le comportement des enfants. De nombreuses études montrent une association entre l’exposition à certaines substances (plomb, mercure, pesticides organophosphorés…) et des résultats inférieurs sur les échelles d’évaluation comportementale, y compris celles qui sont utilisées pour identifier les enfants atteints de troubles du spectre autistique et de trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).
  • Croyant bien faire, les journalistes donnent la parole aux deux camps, les médecins et l’industrie. Ce faisant ils ne précisent pas quand le point de vue des industriels est très marginal, soit par volonté d’être impartiaux, soit parce que la controverse est plus divertissante. Dans ce cadre, il suffit à l’industrie de financer quelques études à charge et/ou de trouver quelques chercheurs en manque de financement pour créer le doute. Cela permet de gagner plusieurs années avant qu’une réglementation ne puisse restreindre leurs produits.
  • Malgré la nécessité urgente de protéger le développement cérébral des enfants, seule une fraction des produits chimiques présents dans notre environnement a été correctement étudiée.
  • La législation européenne sur les produits chimiques (REACh) est souvent considérée comme la plus exigeante au monde. Néanmoins, seuls les produits chimiques fabriqués en grande quantité sont testés avec un minimum de précision en matière de toxicologie. Ces tests, malheureusement, n’incluent pas d’études de la neurotoxicité développementale et sont donc très insuffisants.

 

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Au début des années 1990, si l’on en croit les rapports du Federal Bureau of Investigation (FBI), les crimes violents, en hausse depuis plusieurs décennies, marquent une baisse subite. À la fin de 2004, l’ensemble des crimes violents (homicide, vol avec voies de fait, viol et violences aggravées) ont diminué de 32 % par rapport aux chiffres de 1995, dessinant une courbe parallèle à celle du déclin de l’exposition au plomb. Le nombre de crimes violents chez les jeunes aux États-Unis a également diminué, et les crimes violents en milieu scolaire ont reculé de près de 50 % par rapport à 1992. Les chiffres de l’Enquête nationale sur les victimes de crimes menée par le département américain de la Justice pour 2004 révèlent que le taux de crimes violents descend, cette année-là, à son point le plus bas depuis le début de l’enquête en 1973. Bien que de nombreuses explications soient envisageables, ces statistiques présentent une étonnante symétrie avec la baisse de l’exposition infantile au plomb une vingtaine d’années plus tôt.

Tout travail scientifique est incomplet… Tout travail scientifique est susceptible d’être bouleversé ou modifié par l’avancée des connaissances. Cela ne nous donne pas pour autant la liberté d’ignorer les connaissances dont nous disposons déjà, ni de retarder les mesures qu’elles semblent réclamer à un moment donné. – Austin Bradford Hill, statisticien britannique

S’agissant du développement cérébral, nous savons aujourd’hui qu’une altération des processus développementaux peut avoir des effets sur la totalité de la vie d’un individu. […] des altérations, même infimes, de la programmation peuvent entraîner d’importants déficits fonctionnels, surtout au niveau du cerveau.

Puisqu’il faut accepter que l’incertitude soit une propriété incontournable du savoir scientifique, l’exigence d’un complément de preuve doit tenir compte des conséquences potentielles. Au lieu de nous livrer à des contrôles aussi stupides qu’interminables, nous ferions mieux de mobiliser nos ressources pour explorer de nouveaux domaines où nos connaissances sont encore rudimentaires et où les risques pour les cerveaux en développement pourraient être importants.

En l’absence de résultats de recherche définitifs, il faut admettre que toutes les conclusions sont provisoires. Dans la mesure où nous pouvons être obligés d’agir en nous appuyant sur des preuves incomplètes, toute intervention peut nécessiter une révision dès que nous disposerons de chiffres plus définitifs. Dans certains cas, nous découvrirons peut-être que notre réaction a été exagérée et qu’il est possible d’assouplir les restrictions. Mais ce risque est-il important ? Probablement pas. Jusqu’à présent, les risques ont presque toujours été minimisés. Ainsi les valeurs d’exposition admissibles ont généralement été revues à la baisse au fil du temps.

Bien qu’il faille évidemment se réjouir que de nouvelles connaissances se traduisent par des réglementations plus protectrices, la tolérance passée à des taux d’exposition plus élevés a entraîné de longues années de dégâts, qui ont pu faire de nombreuses victimes. Celles-ci ont payé le prix de notre refus de considérer l’incertitude comme une obligation de protection.

L’absence de preuve ne doit plus être interprétée comme la preuve de l’absence de danger. S’agissant d’altération chimique des cerveaux, les risques sont tout simplement trop énormes pour qu’on laisse l’ignorance l’emporter sur la prudence. Au contraire, il convient de tirer de la documentation disponible des conclusions prudentes, mais raisonnables, même si elles ne sont que préliminaires. Les hypothèses se révéleront peut-être erronées, et il faudra peut-être réviser les mesures antérieures, dès que l’on disposera de chiffres plus précis. Les risques qu’une régulation soit éventuellement trop stricte pour quelques produits chimiques industriels ne justifient certainement pas que l’on ignore les dangers potentiels d’un nombre considérable d’autres produits qui n’ont encore été qu’insuffisamment étudiés et qui s’introduisent, à l’heure où j’écris, dans des cerveaux en développement.

 

Mon avis

Les « + » :

  • Un livre « coup de poing » sur un organe à enjeux, très sensible et à haute valeur symbolique : le cerveau des enfants.
  • La mise en avant concrète d’une question qui me parait centrale en santé environnementale : quel niveau de preuves doit-on exiger avant de prendre des mesures de gestion des expositions ?
  • Une synthèse de plusieurs dizaines d’années de recherche, par une des personnes les plus connues sur ce sujet.

Les « – » :

  • Pas mal de répétitions.
  • Pas de recommandation pratique pour les particuliers.

 

Photo par dierk schaefer

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