Pollutions environnementales : protéger le cerveau des enfants avec le Pr Grandjean (3/4)

En tant que Société, nous devrions être capable de prendre des mesures protectrices quand des résultats scientifiques indiquent qu’une substance chimique est préoccupante, et ne pas attendre une preuve sans équivoque que cette substance cause des dommages à nos enfants. – collectif TENDR

Si on dépasse les champs individuels de la recherche et si on synthétise l’ensemble des résultats scientifiques disponibles, ma conclusion est malheureusement sans ambiguïté : c’est la dégradation de l’environnement qui est à l’origine de la plupart des maladies actuelles. – Pr Dominique Belpomme

 

Chronique du livre « Cerveaux en danger : protégeons nos enfants »

Cerveaux danger Philippe Grandjean

de Philippe Grandjean, 300 pages, publié en 2016

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Philippe Grandjean est médecin épidémiologiste danois, spécialiste de santé environnementale. Il est professeur à l’Université du Danemark du Sud et à l’université Harvard (États-Unis).

Ce livre décrit comment les polluants du quotidien peuvent altérer le développement du cerveau des enfants. Cette altération est rarement décelée et peut être irréversible. L’auteur présente ses recommandations visant à protéger les enfants.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le troisième article de la chronique. Il porte notamment sur les moyens de protection du corps et sur la notion de « fenêtre de vulnérabilité ». La première partie se trouve ici : Pollutions environnementales : protéger le cerveau des enfants avec le Pr Grandjean (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les pesticides sont fabriqués pour perturber les fonctions neurologiques des organismes nuisibles, notamment les insectes. Malheureusement, la biochimie du cerveau ne diffère pas considérablement en fonction des espèces : souvent, ces produits exercent aussi des effets neurotoxiques sur les humains.
  • La barrière hématoencéphalique a pour rôle de protéger le cerveau, tout en se laissant traverser par de l’oxygène et des nutriments permettant son fonctionnement. Cette protection s’est construite pendant des millions d’années d’évolution. Elle est malheureusement peu adaptée aux nouvelles substances de synthèse présentes dans l’environnement : toute comme pour la barrière placentaire, certaines substances toxiques peuvent traverser la barrière hématoencéphalique. Cet enjeu est d’autant plus fort pour le fœtus : cette barrière n’est entièrement fonctionnelle qu’à une date avancée de la grossesse, alors que les processus les plus délicats du développement cérébral sont déjà achevés.
  • Les bébés découvrent leurs jouets et les autres éléments de leur environnement en les suçant et en les mâchouillant. Par conséquent, ils peuvent ingérer des peintures, des plastiques et de la poussière susceptibles de contenir des produits toxiques. Malheureusement, leur foie dégrade très imparfaitement certains produits chimiques et leurs reins ne sont pas suffisamment matures pour pouvoir les éliminer.
  • La reconnaissance de la vulnérabilité des enfants est très récente. C’est aussi le cas de la prise de conscience de la nécessité de diagnostics, de thérapies et de soins spécifiques.
  • Une des stratégies les plus connues des industriels est de demander toujours plus de preuves, jusqu’à atteindre une certitude absolue sur le risque. Or exiger des preuves plus complètes a toujours pour corollaire de retarder les mesures de protection des populations.

 

Cerveaux danger Philippe Grandjean3

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Nous savons aujourd’hui que le plomb est l’agent d’altération cérébrale numéro un. Il a endommagé les cellules cérébrales de plus d’une génération d’enfants, à l’échelle mondiale. Ce métal a provoqué plus de déficits d’intelligence humaine que tout autre polluant. En faire des canalisations d’eau, l’ajouter à l’essence, ou dans la peinture et pour plusieurs centaines d’autres usages sont des erreurs qui nous paraissent aujourd’hui incompréhensibles. […] En finançant des études et en limitant l’accès aux informations, l’industrie a dominé la recherche sur le plomb pendant plusieurs décennies, finissant ainsi par exercer un véritable contrôle sur l’interprétation et la diffusion de données sur ses effets nocifs.

Il semble que l’apparition de maladies dégénératives du système nerveux, généralement associées au vieillissement, puisse être provoquée par une exposition antérieure très précoce à des pesticides qui, en quelque sorte, sensibilisent le cerveau à des agressions ultérieures, dues à une nouvelle exposition aux pesticides ou simplement au vieillissement.

Les recherches sur l’altération cérébrale due aux pesticides peuvent se résumer ainsi. Une importante proportion de pesticides actuellement utilisés présente des effets neurotoxiques notoires ou supposés. Pourtant, les dégâts potentiels des pesticides sur le cerveau en développement n’ont guère fait l’objet d’études, les obligations légales n’exigeant que des tests de neurotoxicité périphérique chez les volailles après exposition à des organophosphorés. La neurotoxicité pendant le développement étant susceptible de se manifester à des valeurs d’exposition nettement inférieures à celles qui sont toxiques pour le cerveau adulte, les restrictions d’utilisation et les limites légales à la présence de résidus de pesticides dans l’alimentation n’assurent peut-être pas une protection suffisante contre la neurotoxicité chez les enfants.

Au siècle de l’information, le cerveau est notre ressource la plus précieuse et il faut préserver du mieux que nous le pouvons les compétences cognitives des prochaines générations. Les preuves des effets néfastes des pesticides sur le développement cérébral ne sont pas d’une solidité absolue, ne serait-ce que parce que la loi n’exige pas de tests appropriés. Mais quelle masse de documentation faudra-t-il avant qu’on mette en place une prévention digne de ce nom ?

Si différents membres d’une même famille de pesticides ont été reconnus comme neurotoxiques, tous les éléments de ce groupe devraient être considérés comme neurotoxiques, sauf preuve du contraire. Toutes les substances présentant des mécanismes biochimiques comparables à ceux de pesticides connus pour leur toxicité cérébrale – tels que les organophosphorés, les carbamates, les pyréthroïdes, les éthylène-bis-dithiocarbamates et les herbicides dérivés de l’acide chlorophénoxyacétique – devraient être considérées comme potentiellement dangereuses pour le cerveau en développement aussi longtemps que l’on n’a pas pu prouver l’inverse.

À partir des expériences actuelles, on peut estimer qu’un produit chimique sur cinq obtiendrait sans doute des résultats positifs à un test de neurotoxicité. Autrement dit, il existe probablement plusieurs milliers d’agents potentiels d’altération cérébrale. Bien que l’ampleur du problème dépende du niveau d’exposition à chaque composé, nous le minimiserions en ne tenant compte que des quelques exemples les mieux connus. De plus, les études réalisées n’ont porté que sur les différentes substances prises individuellement, sans envisager les mélanges, les effets d’un agent d’altération cérébrale pouvant potentialiser ceux d’un autre.

La pollution atmosphérique constitue indéniablement une exposition mixte, et plusieurs rapports l’ont associée à des déficits neurodéveloppementaux.

Un nombre croissant d’enfants et d’adolescents souffrent de difficultés d’apprentissage et, plus généralement, de troubles comportementaux, dont une large proportion pourrait être due à l’exposition à des produits chimiques présents dans l’environnement.

Si un produit chimique toxique peut entraver le développement cérébral, une intervention précoce peut aider le cerveau à récupérer. Les effets d’une altération cérébrale ne sont donc pas nécessairement définitifs. L’environnement stimulant indispensable au développement d’un enfant comprend la présence d’adultes sensibles à ses besoins et une familiarisation normale avec le langage.

[Certaines] études, ainsi que la plasticité bien connue du cerveau, tendent à suggérer que les déficits dus à l’altération chimique des cerveaux pourraient être compensés, au moins partiellement, par des programmes sociaux et pédagogiques. […] Malgré l’importance de ces dépenses et les bons résultats que peut obtenir ce type d’enseignement, celui-ci ne suffira pas forcément à annuler les effets nocifs de l’altération chimique des cerveaux. La plasticité du cerveau exige également que les cellules cérébrales soient fonctionnelles et présentes au bon endroit, ce qui n’est pas toujours le cas dans les cerveaux exposés à des produits chimiques toxiques au cours de leur développement précoce.

Certains toxiques, comme le plomb et peut-être le manganèse, peuvent être à l’origine d’une augmentation des comportements agressifs et d’une baisse de l’inhibition des comportements impulsifs. La pollution pourrait-elle être l’une des raisons qui poussent certains enfants à la délinquance lorsqu’ils grandissent ? On a relevé chez des détenus, condamnés pour actes de violence, des concentrations plus élevées de métaux toxiques que chez des détenus non violents. Associée à la pauvreté, aux tensions sociales, à la consommation de substances illicites et à d’autres facteurs sociaux, la neurotoxicité pourrait sans doute contribuer à faire naître des comportements à l’origine de crimes violents.

 

La quatrième partie de cette chronique se trouve ici : Pollutions environnementales : protéger le cerveau des enfants avec le Pr Grandjean (4/4)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Matthew Purdy

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