Pollutions environnementales : protéger le cerveau des enfants avec le Pr Grandjean (1/4)

Le cerveau a acquis sa forme actuelle au bout de deux millions d’années d’évolution, depuis l’époque de l’homo habilis jusqu’a la fin de l’âge de pierre, celui de l’homo sapiens, où les hommes vivaient en bandes de chasseurs-cueilleurs, en contact étroit avec l’environnement naturel. – Edward Osborne Wilson

Nous sommes les témoins d’une augmentation alarmante des problèmes d’apprentissage et de comportements chez les enfants. […] En 2012, aux Etats-Unis, on estime qu’un enfant sur dix présente un Trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). En 2014, aux Etats-Unis, 1 enfant sur 68 présente un trouble du spectre autistique. – collectif TENDR

 

Chronique du livre « Cerveaux en danger : protégeons nos enfants »

Cerveaux danger Philippe Grandjean

de Philippe Grandjean, 300 pages, publié en 2016

.

Philippe Grandjean est médecin épidémiologiste danois, spécialiste de santé environnementale. Il est professeur à l’Université du Danemark du Sud et à l’université Harvard (États-Unis).

Ce livre décrit comment les polluants du quotidien peuvent altérer le développement du cerveau des enfants. Cette altération est rarement décelée et peut être irréversible. L’auteur présente ses recommandations visant à protéger les enfants.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le premier article de la chronique. Il porte notamment sur le développement et la vulnérabilité du cerveau. 

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Nous sommes ce que notre cerveau fait de nous. Grâce à lui nous pouvons écrire, lire, réfléchir… et définir qui nous sommes.
  • Le cerveau est un organe exceptionnel et complexe. Aussi perfectionné soit-il, des millions d’années d’évolution l’ont avant tout formé à répondre aux besoins courants de nos ancêtres préhistoriques, typiquement ceux de la période Paléolithique. La société moderne lui offre des possibilités et lui lance des défis bien différents.
  • Les humains ont fabriqué des produits chimiques industriels utiles. Malheureusement, certains sont rejetés et s’accumulent dans l’environnement : nous et nos enfants sommes exposés à de nombreuses substances potentiellement dangereuses.
  • Certains de ces polluants sont susceptibles compromettre le développement cérébral. On parle de « fuite chimique des cerveaux ». Nos capacités cognitives en sont altérées.
  • La pollution de l’environnement présente donc un double défi :
    • elle demande des facultés de réflexion permettant d’y trouver des solutions ;
    • dans le même temps, elle réduit ces mêmes facultés de réflexion.
  • L’altération chimique des cerveaux ne présente souvent aucune manifestation extérieure. Elle ne fait pas l’objet de diagnostics médicaux formels. Puisque la pollution environnementale est présente sur presque toute la planète, il est légitime de parler de « pandémie silencieuse ».
  • Le cerveau est extrêmement vulnérable, surtout durant sa phase de développement.
  • Les résultats des études scientifiques se traduisent très lentement en recommandations officielles. Ceci est principalement dus aux intérêts économiques des industries concernées.
  • Les pouvoirs publics hésitent à adopter des mesures restrictives contre des activités et des produits utiles à la société. Ils demandent des preuves irréfutables.

 

Cerveaux danger Philippe Grandjean1

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Résoudre le problème de cette altération chimique des cerveaux exigera-t-il des facultés de réflexion qui ne sont déjà plus à notre portée ? Voilà la question qui me taraude.

J’étais convaincu que les médecins avaient un rôle actif à jouer, au-delà du diagnostic et du traitement. Cependant, nos découvertes sur l’étiologie des maladies ne se traduisent que lentement – dans le meilleur des cas – en mesures de prévention. Pourquoi ? Ne devrions-nous pas essayer de protéger les cerveaux au lieu de nous contenter de poser un diagnostic et de définir une thérapie une fois les dégâts commis ?

Les cours de physiologie humaine que j’avais suivis à l’université prétendaient que le fœtus est efficacement protégé dans l’utérus maternel. Or, contrairement à cette idée rassurante, le placenta laisse passer des produits chimiques toxiques. Une fois introduits dans la circulation fœtale, certains de ces composés risquent de nuire aux processus délicats à l’oeuvre dans le cerveau en développement. La mère n’en subit parfois aucune conséquence, alors que les dégâts peuvent être catastrophiques pour son enfant.

Le développement cérébral précoce détermine les fonctions cérébrales dont disposera l’individu pour le restant de sa vie. Il ne lui sera pas offert de seconde chance.

Le cerveau se développe donc par multiplication, migration, maturation et transmission – des étapes complexes dont chacune doit s’effectuer de manière bien précise, dans le bon ordre et au bon moment. Notre compréhension de ces processus biologiques extrêmement sophistiqués est encore superficielle. […] Nous commençons tout de même à prendre conscience que l’enchaînement incroyablement précis de processus complexes et étroitement imbriqués est terriblement sensible aux interférences, et que d’éventuels obstacles peuvent avoir de graves conséquences. En cas de perturbation, le développement cérébral sera incomplet ou anormal sans qu’il y ait vraiment le temps ni la possibilité d’y remédier. Certaines fonctions cérébrales seront amoindries, qu’il s’agisse de la faculté de concentration, des capacités d’orientation dans l’espace, de la coordination musculaire, de la mémoire ou de tout autre élément essentiel, tandis que le produit fini, le cerveau mature, n’exprimera pas tout le potentiel que l’individu aura hérité de ses parents.

On estime qu’un enfant sur six souffre d’un retard de développement ou d’une maladie neurologique. Ces troubles rassemblent des maladies graves et diagnostiquées, comme le retard mental, la paralysie cérébrale et l’autisme, et des problèmes moins bien définis comme le trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) ou des variations plus subtiles par rapport à la norme telles que des difficultés d’apprentissage et des déficits sensoriels. […] Il semblerait que de 4 à 5 % des petits Français soient atteints de TDAH et 1/150 d’autisme.

Au cours de l’évolution, notre cerveau a appris à faire face à de graves menaces, qu’il s’agisse de tigres à dents de sabre ou d’orages. En nous alertant par une odeur âcre, un aspect menaçant ou un bruit effrayant, nos connexions nerveuses nous permettent de prendre conscience d’un danger et d’y réagir pour nous mettre à l’abri. Mais rien dans notre passé ne nous a préparés à affronter les menaces chimiques insidieuses qui mettent en péril le développement cérébral des générations à venir.

Il y a quelques années, j’ai passé au crible la littérature scientifique et médicale pour identifier les produits chimiques industriels connus pour leur toxicité cérébrale, quelle qu’elle soit. J’en ai trouvé plus de 200, la majorité des cas concernant cependant l’intoxication d’adultes. Ces substances sont manifestement capables de s’introduire dans le système nerveux et d’endommager les cellules cérébrales. On voit mal comment ce danger épargnerait le cerveau en développement. En raison de la vulnérabilité particulière de celui-ci, on peut au contraire supposer que les produits chimiques toxiques pour un cerveau adulte le sont encore plus pour un jeune cerveau, et à des doses nettement moindres.

Les fabricants réclament généralement des preuves irréfutables de toxicité, car la mise en cause d’un de leurs produits risque de provoquer une baisse de leur chiffre d’affaires et une perte de parts de marché. Pendant cinquante ans, de puissants intérêts économiques se sont ainsi opposés à l’interdiction des additifs à base de plomb dans l’essence, affirmant avec obstination qu’il n’existait aucune documentation prouvant les dangers de ce type de pollution.

Même renforcées, les réglementations ont du mal à ne pas être dépassées par la complexité croissante de la pollution environnementale. Bien qu’on reconnaisse désormais la dangerosité de plus de 200 neurotoxiques avérés, seuls quelques-uns font l’objet de directives destinées à protéger les cerveaux en développement.

Notre cerveau n’a qu’une seule chance de se développer. Les dégâts subis par le cerveau d’un fœtus ou d’un enfant seront probablement irréversibles.

 

La seconde partie de cette chronique se trouve ici : Pollutions environnementales : protéger le cerveau des enfants avec le Pr Grandjean (2/4)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Hey Paul Studios

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