Pollution de l’air : quel impact sur les enfants ? La réponse de la Direction générale de la santé

Nous ne sommes pas égaux face à la pollution. Et s’il y a bien une personne à protéger, c’est l’enfant, particulièrement vulnérable. – Dr Patrice Halimi

Avoir du beau temps, et pas le pic de pollution qui va avec. – Slogan de la campagne « Vivre dans un monde vivable » de France Nature Environnement (2016)

 

Bonjour à tous !Air pic pollution enfants

La Direction générale de la santé (DGS) est une des principales directions du Ministère des Affaires sociales et de la Santé. La DGS a pour principales missions de préparer la politique française de santé publique et de contribuer à sa mise en œuvre. Son action s’articule autour de quatre objectifs [1] :

  • « préserver et améliorer l’état de santé des citoyens,
  • garantir la qualité, la sécurité et l’égalité dans l’accès au système de santé,
  • protéger la population des menaces sanitaires,
  • mobiliser et coordonner les partenaires»

 

En 2016, la DGS a publié une série de questions-réponses portant sur le lien entre santé et qualité de l’air extérieur [2]. Le présent article est une sélection d’extraits de ces questions-réponses, contenant des informations qui peuvent être utiles aux parents et aux encadrants d’enfants.

 

Quels sont les effets sur la santé associés à l’exposition aux polluants de l’air ?

La pollution de l’air est un mélange complexe et en constante évolution de divers éléments chimiques, biologiques et physiques pouvant être toxiques pour l’homme. Les effets sanitaires les mieux connus de la pollution atmosphérique sont des effets sur les systèmes respiratoire (affections respiratoires telles que l’asthme et la broncho-pneumopathie chronique obstructive) et cardiovasculaire (accidents vasculaires cérébraux, cardiopathies…). La pollution atmosphérique est responsable d’aggravations aiguës de l’état de santé (augmentation des symptômes allergiques, crises d’asthme, irritation de la gorge, des yeux et du nez…) ou d’exacerbations de pathologies chroniques qui se traduisent par la survenue de symptômes pouvant conduire à des hospitalisations, voire au décès.

Des effets de la pollution de l’air sur la santé sont observés suite à :

  • une exposition de quelques heures à quelques jours (exposition aiguë, dite à court terme) à cette pollution : irritations oculaires ou des voies respiratoires, crises d’asthme, exacerbation de troubles cardio-vasculaires et respiratoires pouvant conduire à une hospitalisation, et dans les cas les plus graves au décès ;
  • une exposition de plusieurs années (exposition chronique, dite à long terme) à la pollution de l’air ; les effets sur la santé peuvent dans ce cas être définis comme la contribution de cette exposition au développement ou à l’aggravation de maladies chroniques telles que : cancers, pathologies cardiovasculaires et respiratoires, troubles neurologiques, troubles du développement, etc.

C’est l’exposition chronique à la pollution de l’air qui conduit aux effets et donc aux impacts les plus importants sur la santé.

En 2013, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), instance spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé la pollution de l’air extérieur comme cancérigène pour l’Homme (Groupe 1).

Des études récentes mettent de plus en plus en évidence d’autres effets tels que des effets indésirables pendant la grossesse et à la naissance (faible poids à la naissance, naissance prématurée…), des maladies respiratoires chez l’enfant telles que l’asthme, et l’athérosclérose. D’autres effets sont suggérés tels que des effets sur le développement neurologique et la fonction cognitive, et sur des pathologies chroniques telles que le diabète.

 

Existe-t-il des inégalités d’exposition liées à la pollution de l’air ?

[…]

Via les méthodes actuelles de mesure et de modélisation des polluants atmosphériques, il a notamment été possible de mettre en évidence des variations des concentrations atmosphériques de polluants auxquelles les populations sont exposées à l’intérieur des villes. Ces variations sont notamment liées à la proximité du trafic routier ou de sites industriels.

 

Air pic pollution enfants3

 

Existe-t-il des interactions entre polluants (« effet cocktail ») ?

L’air auquel on est exposé contient un grand nombre de polluants. Les études épidémiologiques et toxicologiques dans le champ de la pollution de l’air utilisent des traceurs de la pollution de l’air, comme les particules ou l’ozone. Ces polluants sont à la fois étudiés pour leurs effets propres et pour estimer l’effet global du mélange qu’ils représentent. […] Des interactions peuvent également se produire entre les polluants chimiques de l’air et d’autres facteurs de risque tels que les pollens ou la température.

Dans un document publié en 2013, l’OMS présente les données les plus récentes dans ce domaine :

  • des études toxicologiques confirment que des effets synergiques (c’est-à-dire plus importants quand les polluants sont présents simultanément que pris séparément) ont été observés, au niveau des tissus biologiques […] ;
  • le transport dans l’air des allergènes et des composés toxiques via des particules aurait tendance à accroître leur impact sanitaire potentiel, comparativement à un transport sans particule ;
  • selon un nombre limité de publications, des niveaux élevés de dioxyde d’azote (NO2) dans l’air auraient tendance à renforcer les réponses allergiques.

 

Quel est l’impact sanitaire de la pollution de l’air ?

[…]

En France, il est estimé que la pollution par les particules fines (PM2.5) émises par les activités humaines est à l’origine chaque année de l’ordre de 20 000 à 40 000 décès prématurés. Dans le cadre du projet européen APHEKOM, l’Institut de veille sanitaire (InVS) a évalué que si les concentrations moyennes en particules fines PM2.5 dans 9 grandes villes françaises respectaient la valeur guide de l’OMS, de l’ordre de 2 900 décès prématurés pourraient être évités chaque année, ce qui représente un gain moyen d’espérance de vie allant de 3,6 à 7,5 mois selon la ville et une réduction des coûts de santé d’environ 5 milliards d’euros/an globalement pour ces 9 villes françaises.

 

Qu’est-ce qu’une personne vulnérable ?

[…]

Certaines personnes sont plus vulnérables ou plus sensibles que d’autres à la pollution de l’air, du fait de leur capital santé ou de leur âge. C’est le cas, par exemple, des nourrissons et des jeunes enfants dont l’appareil respiratoire est encore en cours de développement, ce qui le rend plus fragile vis-à-vis des polluants de l’air que celui d’une personne dont l’appareil respiratoire est mature.

Par rapport à la population générale, les personnes vulnérables ou sensibles à la pollution de l’air vont présenter plus rapidement ou plus fortement des symptômes suite à une exposition à cette pollution, que ce soit à court terme ou à long terme.

 

Jusqu’à quel âge un enfant est-il considéré comme une « personne vulnérable » ?

L’âge à partir duquel le système respiratoire peut être considéré comme mature varie d’un enfant à un autre. L’augmentation des volumes pulmonaires est liée pendant les 3 premières années à la multiplication des alvéoles, de 3 à 8 ans à la multiplication et à l’augmentation de taille des alvéoles, après 8 ans à l’augmentation de la taille des alvéoles. La multiplication alvéolaire plus importante est complétée vers les 8-10 ans. Après cela, il y a une augmentation continue du diamètre des voies aériennes et un remodelage des alvéoles jusqu’à ce que la croissance physique soit terminée vers l’adolescence.

 

Air pic pollution enfants2

 

Est-ce qu’un enfant sensible à la pollution de l’air peut bénéficier d’une prise en charge particulière dans les structures d’accueil en collectivité ?

En collectivité (crèche, halte garderie, école, collège, lycée, centre de vacances ou de loisirs…), un enfant allergique ou souffrant d’une pathologie chronique pouvant être aggravée par la pollution de l’air (asthme par exemple) peut bénéficier d’un projet d’accueil individualisé (PAI) ou d’un projet d’accueil individualisé périscolaire (PAIP), sous réserve d’un accord entre la famille, le directeur de la collectivité et le médecin de la structure d’accueil.

 

Faut-il continuer à aérer en cas d’épisode de pollution de l’air ?

En cas d’épisode de pollution de l’air, il est recommandé de ne pas modifier les pratiques habituelles d’aération et de ventilation car :

  • la situation lors d’un épisode « habituel » de pollution, c’est-à-dire en dehors de situations spécifiques telles qu’un accident industriel, ne justifie pas des mesures de confinement ;
  • l’aération et la ventilation permettent de réduire la pollution de l’air se concentrant à l’intérieur des bâtiments. Celle-ci provient à la fois de diverses sources de pollution présentes à l’intérieur des bâtiments (matériaux, peinture, produits d’entretien, tabac, appareils de combustion, cosmétiques, bougies parfumées…) ainsi que du transfert d’une partie de la pollution de l’air provenant de l’extérieur, et est également à l’origine d’effets sur la santé.

En cas d’épisode de pollution de l’air, il est recommandé d’aérer et de ventiler aux périodes de la journée les moins polluées.

 

Peut-on maintenir les sorties des nourrissons et des jeunes enfants en cas d’épisode de pollution de l’air ? Peut-on maintenir les sorties et les activités physiques ou sportives des enfants et adolescents ?

[Ces recommandations sanitaires pour les enfants font l’objet d’un article dédié : Un moyen simple de diminuer l’exposition des enfants en cas de pic de pollution de l’air]

 

En cas d’épisode de pollution de l’air, est-on également exposé à l’intérieur de son véhicule ? Faut-il plutôt rouler vitres ouvertes ou vitres fermées ?

Des études comparant la qualité de l’air dans différents moyens de transport ont montré que, dans nos régions, les automobilistes sont plus exposés à la pollution de l’air que les piétons et les cyclistes, car à l’intérieur des véhicules, le faible volume d’air dans l’habitacle fait se concentrer les polluants venant de l’extérieur et ceux émis dans l’habitacle du véhicule. Ainsi, l’habitacle du véhicule ne protège pas de la pollution de l’air présente à l’extérieur de ce dernier.

De manière générale, il est recommandé d’aérer régulièrement son véhicule pour réduire la concentration des polluants à l’intérieur. En cas d’épisode de pollution de l’air ou en dehors de tels épisodes, il est préférable d’éviter d’aérer son véhicule à proximité d’autres sources de pollution, par exemple en zone de trafic dense ou dans les tunnels, et pendant les moments de la journée où le niveau de pollution est le plus élevé.

 

Photo par Juan Carlos Pachón, DAVID HOLT et Clare Griffiths.

Références :

  1. Ministère des Affaires sociales et de la Santé. DGS (Direction Générale de la Santé) – http://social-sante.gouv.fr/ministere/organisation/directions/article/dgs-direction-generale-de-la-sante (mis à jour le 01/03/2017, consulté le 14/04/2017).
  2. Direction Générale de la Santé. Questions réponses / Sous-direction de la prévention des risques liés à l’environnement et à l’alimentation / Bureau Environnement extérieur et produits chimiques (EA1) – Air extérieur et santé – Avril 2016 – http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/qr_air_et_sante-2.pdf (consulté le 14/04/2017).
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