Perturbateurs endocriniens : protéger les enfants d’une menace invisible (2/3)

Les perturbateurs endocriniens, pointés du doigt par les scientifiques, affectent principalement la santé des tout-petits. – Dr Véronique Vasseur

La question des effets de type « perturbateurs endocriniens » des substances chimiques est également un défi majeur dans l’évaluation de risques liés à l’alimentation. – ANSES

 

Chronique du livre « Perturbateurs endocriniens – La menace invisible »

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de Marine Jobert et François Veillerette, 144 pages, publié en 2015

Marine Jobert est journaliste au Journal de l’environnement. François Veillerette, militant, élu écologiste dans l’Oise et porte-parole de l’Association Générations Futures.

Ce livre porte sur les perturbateurs endocriniens et leurs effets sanitaires. Il invite les acteurs politiques à se mobiliser et, en attendant une réglementation plus protectrice, il explique comment les particuliers peuvent se protéger par eux-mêmes.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en trois parties. Cet article est le deuxième article de la chronique. Le premier article se trouve ici : Perturbateurs endocriniens : protéger les enfants d’une menace invisible (1/3)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les hormones sont classiquement comparées à des clés, les récepteurs cellulaires à des serrures. Les structures de certaines substances sont proches de celles de certaines hormones corporelles : ces substances peuvent être reconnues comme des hormones par certains récepteurs. Dans ce cas, elles peuvent perturber l’activité normale des cellules et modifier les teneurs en hormones naturellement présentes dans le corps : le fonctionnement global du corps est alors affecté.
  • La toxicologie moderne et la gestion des substances chimiques se basent sur le célèbre principe de Paracelse : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose détermine ce qui n’est pas un poison. », plus généralement connu sous sa forme simplifiée « C’est la dose qui fait le poison ». En pratique, ce principe est notamment décliné par le postulat suivant : plus la dose d’exposition est importante, plus l’effet d’une substance est grand. Par exemple : une petite dose de monoxyde de carbone peut causer un état de somnolence, alors qu’une forte dose pourrait provoquer la mort.
  • Les perturbateurs endocriniens peuvent ne pas respecter le principe de Paracelse. Certains d’entre eux présentent des effets plus importants lorsqu’on diminue la dose. Pire, certains effets observés à faibles doses sont beaucoup plus préoccupants que ceux qui sont observés à fortes doses : pour ces substances, les études toxicologiques pourraient ne pas détecter les effets les plus sérieux, depuis des dizaines d’années. Or les réglementations protégeant les consommateurs (alimentation, cosmétiques…) se basent sur ce type d’études.
  • Parfois, selon le niveau de dose, des effets opposés peuvent être observés. Par exemple, chez le rat, une faible dose de distilbène cause une forte obésité, alors qu’une dose mille fois plus importante cause une perte de poids.
  • Voici une liste de bonnes pratiques proposées par le livre, dans l’objectif de se protéger des perturbateurs endocriniens :
    • ne pas utiliser de petits canards jaunes comme jouets de bain des enfants. Ces canards contiennent du DEHTP, un phtalate de substitution dont la toxicité n’a pas encore été évaluée ;
    • éviter les produits ménagers contenant des parfums de synthèse. Préférer l’utilisation de produits naturels comme le vinaigre blanc, le savon noir et le bicarbonate de soude ;
    • ne pas utiliser de spatule souple en plastique, de robot mixeur à bol translucide en plastique, de bouilloire en plastique et de poêles à fond antiadhésif. Préférer le verre, l’acier inoxydable, la fonte émaillée et une spatule en bois ;
    • préférer les bocaux en verre aux boîtes de conserve ;
    • privilégier les produits alimentaires issus de l’agriculture biologique ;
    • éviter de consommer des plats préparés industriels. Cuisiner des plats soi-même, à partir d’un maximum d’ingrédients non transformés ;
    • laver les vêtements neufs avant de les porter, en particulier ceux des enfants.

 

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Les petits enfants portent la main à la bouche en moyenne vingt-huit fois par heure. Jusqu’à récemment, les scientifiques pensaient que l’essentiel du bisphénol A avalé transitait par l’estomac, avant d’être « filtré » par le foie et que nous étions contaminés par seulement de 1 à 2 % du bisphénol A ingéré. Autrement dit, pas grand-chose (même si c’est déjà trop, compte tenu du principe des faibles doses). Or, des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et de l’École nationale vétérinaire de Toulouse ont montré que la muqueuse de la langue et de la bouche, qui est extrêmement fine et vascularisée, offre une porte d’entrée royale vers le réseau sanguin. Résultat : si elle est déposée dans la bouche, la même dose de bisphénol A se retrouve cent fois plus concentrée dans le sang que si elle a été ingérée. Cette découverte en dit long sur la méconnaissance des voies d’exposition des populations et sur la nécessité de revoir les processus d’évaluation du risque des produits chimiques.

Et combien de pesticides [dans l’air] ? Officiellement, personne n’en sait rien : il n’existe aucune obligation de mesurer leur présence dans l’air et, par là, aucune limite légale à leur présence. Pourtant, des dizaines flottent dans l’atmosphère des villes, tout comme en pleine campagne. Des exemples : 23 fongicides, 20 herbicides et 4 insecticides ont été répertoriés dans le ciel de Picardie. En Poitou-Charentes, six molécules interdites ont été détectées au coeur d’une bourgade viticole, dont un insecticide pourtant prohibé depuis 1998, et à des concentrations non négligeables. D’où viennent-ils ? La plupart ont été épandus dans les champs ; or, entre 25 et 75 % des pesticides se retrouvent dans l’atmosphère, envolés dès leur application ou se volatilisant à partir du sol ou de la végétation.

Le bisphénol A est aux perturbateurs endocriniens ce que le coca-cola est aux sodas : une tête de gondole. C’est souvent le seul que nous soyons capables de citer. Et pour cause : après certains phtalates interdits dans les jouets en 1999, c’est le premier perturbateur endocrinien à avoir été banni d’un produit de la vie courante. Et pas n’importe lequel : le biberon.

Faut-il se réjouir que le bisphénol ait été ainsi mis (un peu) hors circuit ? Évidemment, puisqu’il est présent, en permanence, dans nos organismes et qu’il est, nous le savons, responsable du déclenchement de quantité de maux. Mais cette interdiction unique est l’arbre qui cache la forêt. D’abord, parce qu’il est toujours massivement utilisé dans des centaines d’objets de la vie courante pour lesquels il reste autorisé. Ensuite parce que cette interdiction donne l’impression qu’il se passe quelque chose, alors qu’il existe près d’un millier de substances (et combien d’autres dont il reste à découvrir les propriétés ?) qui ne font l’objet d’aucune restriction. Sans compter que la question de la substitution du bisphénol A par d’autres molécules ne va pas sans danger.

Si le bisphénol A se retrouve dans les urines de 95 % de la population, c’est bien parce qu’il rend de fiers services… La boîte de conserve de tomates pour préparer la sauce des pâtes, la bonbonne d’eau pour boire entre deux réunions, le récipient en plastique pour emporter et réchauffer le casse-croûte de midi, le ticket de ciné pour la dernière séance. Comment se passer de ce composé, magique du point de vue industriel ? Il faut trouver un remplaçant au soldat bisphénol A ! Une course à la substitution est donc lancée. Mais le constat est cruel : « Il n’y a pas de substitut universel au bisphénol A », explique Dominique Gombert, le directeur des évaluations des risques au sein de l’ANSES. En mars 2013, l’Agence identifie 73 substances, certaines déjà utilisées, d’autres encore au stade de la recherche et du développement. Ces substituts sont-ils sûrs pour la santé et l’environnement ? Nous n’en savons rien, répond l’Agence. « La plupart de ces composés chimiques n’ont pas fait l’objet d’essais complets dans le domaine de la toxicité. C’est particulièrement le cas des effets sur la reproduction et/ou le caractère perturbateur endocrinien », constate l’Agence.

Sur notre continent, il existe une (trop) discrète Agence européenne pour l’environnement (AEE). Chargée de fournir des informations « fiables et indépendantes » aux institutions européennes, elle n’a cependant pas la langue dans sa poche. En 2013, l’AEE a publié le deuxième tome d’un rapport intitulé Signaux précoces, leçons tardives, qui passe en revue des cas où les avertissements ont été ignorés ou écartés jusqu’à ce que les dommages pour la santé et l’environnement deviennent inéluctables. Voilà ce qui est écrit sur le bisphénol A : « C’est toujours la même histoire qui se répète : on utilise un produit chimique à grande échelle sans en comprendre les implications sur la santé, et, après seulement, on essaie de résoudre les problèmes qui se posent pour la santé, dans un contexte de forte pression engendrée par des conséquences économiques importantes. L’urgence antagoniste entre la santé publique et les enjeux économiques place le processus scientifique sous une pression énorme. À ce titre, l’histoire du bisphénol A ressemble à celle de l’amiante, des PCB et du distilbène. »

 

La suite de cette chronique se trouve ici : Perturbateurs endocriniens : protéger les enfants d’une menace invisible (3/3)

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Sonny Abesamis

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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