Perturbateurs endocriniens : protéger les enfants d’une menace invisible (1/3)

Agir sur les causes des maladies n’est pas un luxe. C’est une nécessité économique et sociale mais aussi éthique vis-à-vis des générations futures. – André Cicolella

Certaines substances chimiques, comme celles qui perturbent le système endocrinien, sont préoccupantes parce que qu’elles perturbent l’activité d’hormones endogènes qui sont essentielles au développement d’un cerveau sain. – collectif du projet TENDR (Targeting environmental neuro-developmental risks, Cibler les risques de troubles neurodéveloppementaux liés à l’environnement)

 

Chronique du livre « Perturbateurs endocriniens – La menace invisible »

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de Marine Jobert et François Veillerette, 144 pages, publié en 2015

 

Marine Jobert est journaliste au Journal de l’environnement. François Veillerette, militant, élu écologiste dans l’Oise et porte-parole de l’Association Générations Futures.

Ce livre porte sur les perturbateurs endocriniens et leurs effets sanitaires. Il invite les acteurs politiques à se mobiliser et, en attendant une réglementation plus protectrice, il explique comment les particuliers peuvent se protéger par eux-mêmes.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en trois parties. Cet article est le premier article de la chronique.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les perturbateurs endocriniens étaient inconnus il y a 25 ans. Ils mobilisent aujourd’hui des milliers de scientifiques à travers le monde. Les connaissances restent aujourd’hui imparfaites, mais ce qui est connu suffit, et depuis longtemps, à justifier la mise en œuvre de mesures de prévention des risques bien plus exigeantes que celles en vigueur aujourd’hui.
  • Les perturbateurs endocriniens perturbent le système hormonal. Les composés les plus connus sont le Bisphénol A, les phtalates, les pesticides, les retardateurs de flamme… Ces substances sont très fortement suspectées de favoriser l’apparition de plusieurs « maladies de civilisation ». Par exemple : cancers, diabètes, obésité, maladies du système reproductif.
  • Les perturbateurs endocriniens sont présents dans l’air que nous respirons, dans l’eau que nous buvons, dans les aliments que nous mangeons, dans les habits et les cosmétiques que nous mettons chaque jour au contact de notre peau. Les réglementations actuelles ne permettent pas d’assurer un niveau de protection satisfaisant.
  • Des prélèvements de sang de cordon ombilical ont montré la présence de plusieurs centaines de substances chimiques dans le corps des bébés. La toxicité de certaines de ces substances sont bien connues : plomb, mercure, polychlorobiphényles (PCB), retardateurs de flammes bromés, bisphénol A, phtalates… De telles substances peuvent causer des cancers, endommager le système nerveux et être responsables de malformations chez le fœtus.
  • De même, une étude a trouvé plus de 150 substances chimiques différentes dans le sang et les urines de femmes enceintes. Certains produits (pesticides, phtalates…) ont été systématiquement détectés, dont plusieurs étaient interdits depuis des années.
  • Le système endocrinien n’a presque pas changé depuis des millions d’années. L’Homme partage l’essentiel de son système avec d’autres espèces : tortue, souris…
  • Voici une liste de bonnes pratiques proposées par le livre, dans l’objectif de se protéger des perturbateurs endocriniens :
    • éviter les rideaux de douche en PVC, car ils contiennent des phtalates. Préférer un rideau en coton, en nylon ou en résines ;
    • aérer au maximum toutes les pièces de son habitation et de son lieu de travail ;
    • faire la poussière régulièrement, car les polluants des environnements intérieurs s’y accumulent ;
    • se déchausser en rentrant dans la maison ;
    • éviter les appareils électroniques dans les chambres : ils peuvent émettre des retardateurs de flamme ;
    • limiter l’usage des désodorisants d’intérieur : bougies, encens
    • éviter les parfums, les désinfectants et les cosmétiques aux longues listes d’ingrédients ;
    • privilégier les cosmétiques qui se rapprochent le plus des produits naturels bruts. Cette bonne pratique s’appliquera tout particulièrement aux produits les plus utilisés (fréquence, surface de peau concernée, etc.)

 

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Comment concevoir que des produits, dont on suspecte qu’ils favorisent cancers, maladies chroniques ou retard de développement, soient utilisés au quotidien ? Comment l’imaginer dans une société où les études scientifiques sur les impacts sanitaires de ces substances sont censées être publiques et où le coût financier de la mauvaise santé d’une population est connu ? Impossible de s’y résoudre. [Nicolas Hulot, en préface]

Les perturbateurs endocriniens sont nombreux et le chantier est de taille. Or chaque décision tardive, chaque action remise à plus tard risque de constituer peu à peu une injure à l’avenir. J’ai repris à mon compte cette formule saisie lors de différents entretiens, tant je pense qu’elle est cruciale : « Le XXe siècle fut le siècle de l’hygiène bactériologique, le XXIe doit immédiatement devenir celui de l’hygiène chimique. » À la clé, des millions de vies à sauver. [Nicolas Hulot, en préface]

« Un grand nombre de produits chimiques de synthèse libérés dans la nature, ainsi que quelques composés naturels, sont capables de dérégler le système endocrinien des animaux, y compris celui de l’homme […] Les concentrations de plusieurs perturbateurs des hormones sexuelles mesurées dans la population américaine actuelle correspondent aux doses qui provoquent des effets chez les animaux sauvages […] À moins que la contamination de l’environnement par les perturbateurs hormonaux ne soit rapidement contrôlée et réduite, des dysfonctionnements généralisés à l’échelle de la population sont possibles. Les dangers potentiels, tant pour les animaux que pour l’homme, sont nombreux, en raison de la probabilité d’une exposition répétée ou constante à de nombreux produits chimiques connus pour dérégler le système endocrinien. » [Extrait de la déclaration de Wingspread, citée dans le livre]

C’est le principe du « maintenant ou jamais » : qu’un toxique perturbe la danse hormonale, qu’une hormone ne commande pas, ou mal, aux cellules au bon moment et le système s’enraie. Il n’y aura pas de seconde chance. Le cœur est programmé pour se former entre la 3e et la 5e semaine de grossesse, l’oreille entre la 4e et la 20e et l’urètre à la 11e. À la différence d’un voyageur qui a pris une mauvaise route, les cellules ne pourront jamais refaire le chemin ou revenir en arrière. Ce qui ne s’est pas (bien) passé fait désormais partie de l’histoire du corps.

L’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire en restant autonome et indemne de maladie chronique, marque le pas. Entre 2005 et 2010, elle a diminué de 62,8 à 61,8 pour les hommes et de 64,6 à 63,5 pour les femmes. Infime variation ? Mais c’est une tendance lourde : les personnes âgées vivent de moins en moins bien. Parallèlement, les maladies chroniques explosent.

Il y a des questions auxquelles la science ne peut apporter que des réponses incomplètes, et donc imparfaites. Ainsi du lien certain entre l’explosion de certaines maladies et les perturbateurs endocriniens, dont la preuve scientifique absolue peut difficilement être rapportée. Faudrait-il demander à des femmes, enceintes de garçons, de lécher des rideaux de douche truffés de phtalates pour s’assurer que ces derniers perturbent réellement la masculinisation de leur fœtus ? Faudrait-il placer sous la langue des petites filles des pastilles de pesticides pour prouver formellement leur implication dans l’apparition précoce de la puberté ? Évidemment non.

[En France, le cancer] des testicules, qui frappe les hommes jeunes et ne fait l’objet d’aucun dépistage systématique, a triplé entre 1985 et 2005.

Près de 15 % des petites filles américaines développent une poitrine dès l’âge de 7 ans et près de 20 % présentent des poils pubiens dès 8 ans.

De plus en plus d’études scientifiques pointent les effets « obésogènes » du bisphénol A, des pesticides et de nombreuses molécules présentes dans des objets de la vie courante. Très schématiquement, ces produits convertiraient en tout début de vie des cellules souches en cellules adipeuses – dont la fonction est de stocker les graisses –, vouant les individus à une lutte permanente pour maintenir un poids de santé correct.

Saumon et fromage fondu aux PCB, beurre doux à la dioxine, jus de raisin aux pesticides, thon à l’arsenic et au mercure… Est-ce un banquet concocté par une sorcière ? Non, il s’agit d’un aperçu des polluants qui agrémentent les repas servis, chaque jour, aux enfants de notre pays. C’est ce qu’a constaté l’association Générations futures, qui a analysé les quatre repas d’une journée, composés en respectant les recommandations nutritionnelles officielles. Et il y a de quoi perdre l’appétit. Car on y retrouve 128 résidus de produits de synthèse, qui représentent 81 substances chimiques différentes (la même molécule peut être présente dans plusieurs aliments). Et combien de perturbateurs endocriniens ? Pas moins de 37 !

 

La suite de cette chronique se trouve ici : Perturbateurs endocriniens : protéger les enfants d’une menace invisible (2/3)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par BüniD

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4 Commentaires

  1. Yum

    Bonjour Guillaume,
    Merci pour cette chronique!
    Les recommandations du livre semblent bien se recouper avec celles que tu mentionnais déjà dans de précédents articles sur les PE, mais il y en a tout de même que je découvre : je ne savais pas que des appareils électroniques pouvaient émettre des retardateur de flamme!

    Répondre
  2. Guillaume (Auteur de l'article)

    J’ai découvert ça il y a peu aussi. Ma compréhension à ce stade : ces substances sont des Composés semi-volatils : ils sont émis dans l’ai ambiant quand les appareils chauffent, puis ils se recondensent à distance de la source de chaleur, pour venir s’adsorber sur les poussières de la maison

    Répondre
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