Nos enfants pourraient connaitre un printemps silencieux, selon Rachel Carson (5/5)

Il semble que l’apparition de maladies dégénératives du système nerveux, généralement associées au vieillissement, puisse être provoquée par une exposition antérieure très précoce à des pesticides qui, en quelque sorte, sensibilisent le cerveau à des agressions ultérieures, dues à une nouvelle exposition aux pesticides ou simplement au vieillissement. – Pr Philippe Grandjean

On constate souvent une utilisation abusive des pesticides d’intérieur à visée domestique contre les fourmis, les moustiques, les mites, les guêpes … Il en va de même pour le traitement des plantes d’intérieur, de l’humidité, des moisissures … La multiplication des traitements est devenue préoccupante, particulièrement pour les femmes enceintes. – Dr Laurent Chevallier

 

Chronique du livre « Printemps silencieux »

Rachel Carson printemps silencieux

de Rachel Carson, 287 pages, publié en 1962

 

Rachel Carson était biologiste et auteure. Elle est souvent considérée comme une pionnière du mouvement écologiste dans le monde.

Ce livre porte, d’une manière générale, sur les effets des pesticides sur les équilibres du monde naturel, et plus particulièrement, sur les oiseaux et sur la santé humaine. Cet article est la deuxième partie de la chronique. la première se trouve ici : Nos enfants pourraient connaitre un printemps silencieux, selon Rachel Carson (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les graisses se rencontrent dans presque tous les organes et les tissus du corps ; elles font même partie des membranes cellulaires. Les insecticides solubles dans les graisses peuvent donc être stockés jusque dans les cellules individuelles ; ce lieu de stockage leur permet d’interférer avec les processus vitaux d’oxydation et de production d’énergie.
  • Aujourd’hui, les défenses corporelles contre les substances toxiques sont affaiblies. Dans la plupart des cas, le foie est endommagé par les pesticides absorbés ; il n’est plus capable de remplir pleinement ses fonctions de détoxification. Les conséquences sont difficilement évaluables ; leur variété et, souvent, la lenteur de leur apparition peuvent voiler leur origine.
  • Les pesticides, et plus généralement les produits chimiques de synthèse, peuvent traverser le placenta et produire des expositions intra-utérines.
  • Les tissus des enfants se développent très vite ; ils constituent donc un terrain particulièrement favorable à la multiplication des cellules cancéreuses.
  • De manière indirecte, les pesticides peuvent renforcer certaines populations d’insectes, ironiquement. Ces produits éliminent les membres les plus faibles et ne permettent que la survie des plus forts. Les générations suivantes présentent donc des insectes plus robustes… invitant à créer des pesticides plus puissants.
  • Les traitements chimiques devraient être considérés au mieux comme des mesures de fortune, à n’employer que ponctuellement, en cas d’urgence. Employés sur de longues périodes, ces traitements tuent de nombreuses espèces non-nuisibles, favorisent la dangereuse multiplication de certains insectes, détruisent les moyens de régulation prévus par la nature.

 

Rachel Carson printemps silencieux 7

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

La nature cède la place, autour de nous, à un monde artificiel bourré d’agents chimiques et physiques capables d’agir dans le domaine biologique. Devant ces carcinogènes sortis de nos propres mains, nous restons sans défense, car le corps humain évolue très lentement sur le plan biologique, et ne peut s’adapter qu’avec une extrême lenteur à des conditions nouvelles.

La situation s’avère particulièrement périlleuse pour les jeunes. Avant la guerre, le cancer était exceptionnel chez eux ; actuellement, il tue plus d’enfants en âge scolaire que n’importe quelle autre maladie. Le fait est si grave que la ville de Boston vient de créer un hôpital destiné exclusivement au traitement des enfants cancéreux ; 12 % des décès entre les âges de un et quatorze ans sont causés par le cancer.

Dans notre monde saturé de carcinogènes, une action uniquement dirigée ou même principalement orientée vers la thérapeutique (à supposer qu’un traitement efficace soit découvert) serait vouée à l’échec, pense le Dr Hueper, parce que les immenses réservoirs de produits nocifs continueraient à détruire les hommes plus vite que les traitements ne pourraient les sauver. C’est une affaire de bon sens, et l’on peut se demander pourquoi nous avons mis si longtemps à le comprendre. Peut-être Hueper en donne-t-il la raison psychologique lorsqu’il écrit: « Guérir est plus stimulant, plus tangible, plus glorieux, plus payant que prévenir. » Cependant, une fois de plus, mieux vaut prévenir que guérir. C’est à la fois plus humain et plus efficace. La fallacieuse pensée que l’on se prémunira un jour du cancer en avalant une pilule au petit déjeuner résulte en partie d’une idée fausse ; le public imagine que le cancer est une maladie unique (quoique mystérieuse) dont la cause est unique, et, espère-t-il, le remède unique aussi. Or les manifestations malignes sont aussi variées et distinctes, biologiquement parlant, que les agents cancérigènes sont nombreux et divers.

Avoir tant risqué pour modeler la nature à notre idée, et manquer finalement notre but, serait le comble du ridicule. La vérité, rarement avouée, mais facile à discerner, est que la nature ne se laisse pas façonner si aisément, et que les insectes trouvent le moyen de se soustraire à l’action de nos produits chimiques.

Après dix ans de campagnes chimiques intensives, les entomologistes voient se poser de nouveau, plus sérieux que jamais, les problèmes soi-disant résolus quelques années plus tôt. De plus grandes difficultés les accompagnent même, car tel ou tel insecte assez rare autrefois s’est maintenant multiplié au point de constituer un fléau. Les produits chimiques sont par nature les artisans de leur propre insuccès dans les campagnes insecticides, parce qu’ils ont été imaginés et sont employés sans considération pour les systèmes biologiques complexes auxquels ils s’attaquent. Les essais préalables ne signifient rien, car ils sont effectués sur quelques individus, et non sur des communautés organisées.

Les grandes sociétés de produits chimiques subventionnent abondamment les recherches sur les insecticides dans les universités ; il en résulte des bourses agréables pour les étudiants, et des postes intéressants dans les laboratoires. Personne, au contraire, ne fournit d’argent pour améliorer des méthodes biologiques qui n’offrent pas les fortunes promises par l’industrie chimique. La biologie demeure donc le fief des fonctionnaires, des mal payés.

Partout, la méthode biologique a montré sa supériorité sur les offensives chimiques : elle est meilleur marché, ses effets sont durables, et elle ne laisse pas de résidus toxiques.

Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capable même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue. Ces extraordinaires possibilités de la substance vivante sont ignorées par les artisans de l’offensive chimique, qui abordent leur travail sans aucune largeur de vues, sans le respect dû aux forces puissantes avec lesquelles ils prétendent jouer.

Vouloir « contrôler la nature » est une arrogante prétention, née d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal, où l’on pouvait croire la nature destinée à satisfaire le bon plaisir de l’homme. […] Le malheur est qu’une si primitive pensée dispose actuellement des moyens d’action les plus puissants, et que, en orientant ses armes contre les insectes, elle les pointe aussi contre la terre.

 

Mon avis

Les « + » :

  • Un livre iconique, rédigé par une auteure iconique, pour les domaines de l’environnement et de la santé environnementale. En 1862, Abraham Lincoln accueille Harriet Beecher-Stowe, l’auteure de La Case de l’oncle Tom, par ces mots célèbres : « Ainsi vous êtes la petite femme qui a écrit le livre qui déclencha cette grande guerre ». Dans un clin d’œil à l’histoire, selon Al Gore, lorsque Rachel Carson témoigna devant le Congrès en 1963, le sénateur Abraham Ribicoff l’accueillit par ces mots : « Miss Carson, voici donc la femme qui a déclenché tout cela. »
  • Nous avions découvert une Rachel Carson observatrice émerveillée de la nature avec Le sens de l’émerveillement, la Rachel Carson défenseur de la nature se montre d’une plume aussi efficace.
  • L’auteur souligne que le public n’est pas ou peu consulté lorsque les niveaux de risques acceptables sont définis pour les pesticides. Or, au final, c’est bien le public qui est exposé à ces risques qu’il n’a pas choisis. Plus généralement, ce constat peut être fait pour la plupart des produits chimiques de synthèse.

Les « – » :

  • Ce livre porte sur une période dont plus d’un demi-siècle nous sépare ; les pulvérisations massives (quasi) sans autorisation nécessaire étaient courantes ; les tests toxicologiques étaient beaucoup plus sommaires. Sans minimiser les défis actuels, très préoccupants selon moi, cette période ne représente plus la situation actuelle ; les analyses de Rachel Carson, dont la plupart des principes généraux sont intemporels, doivent être mises en regard des évolutions ayant eu lieu  depuis lors (contamination de l’environnement, contraintes réglementaires, connaissances toxicologiques…) ; elles ne sont pas, a priori, directement extrapolables.
  • Faute de suffisamment de données à l’époque, la plupart des arguments s’appuie sur de la logique et de (nombreux) récits anecdotiques.

Photo par elycefeliz

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