Maternité et santé environnementale, avec Sandra Steingraber (4/4)

« Un seul avenir pour nos enfants – Développement sans destruction. » – Slogan de la Journée mondiale de l’environnement 1979

Investir dans un environnement sain, c’est investir dans la santé et le bien-être des générations actuelles et futures. – Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)

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Chronique de « Having Faith »

de Sandra Steingraber, 440 pages, publié en 2001

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Sandra Steingraber est une des figures les plus connues du domaine de la santé environnementale. Biologiste universitaire, généralement considérée comme militante écologiste et lanceuse d’alerte, certains considèrent qu’elle s’inscrit à la suite d’icônes telles que Rachel Carson ou Théo Colborn. Elle est notamment connue pour son travail d’enquête sur les pollutions environnementales pouvant favoriser l’apparition de certaines pathologies. Having Faith décrit l’enquête qu’elle a menée au cours de sa propre grossesse.

Cette article est le troisième d’une série de quatre articles. Le premier se trouve ici : Maternité et santé environnementale, avec Sandra Steingraber (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les polluants organiques persistants (POP), tels que les dioxines ou les PCB, peuvent se concentrer dans le lait maternel, riche en graisse. Pour certaines substances, les concentrations mesurées peuvent dépasser les seuils réglementaires s’appliquant au lait de vache du commerce.
  • En moyenne, dans les pays industrialisés, les enfants allaités ingèrent chaque jour 50 fois plus de PCB ou de dioxines par kilogramme de poids corporel que leurs parents. Ces expositions par ingestion dépassent les valeurs recommandées par l’OMS.
  • Par principe, les analyses bénéfices / risques s’appliquent mal aux problèmes des contaminants chimiques dans le lait maternel, car elles n’offrent aucune solution. La recommandation usuelle sur laquelle elles débouchent, soit « continuer à allaiter normalement car les bénéfices dépassent les risques », semble indiquer qu’aucune action n’est nécessaire tant que le lait maternel ne dépasse pas un certain niveau de contamination. Au contraire, nourrir nos enfants de poisons devrait être considéré comme évidemment inacceptable.
  • En pratique, les analyses bénéfices / risques existantes s’appuient généralement sur une science limitée. Par exemple, les risques peuvent être caractérisés par un nombre de cancers attribuables aux composés cancérogènes présentes dans le lait maternel, mais faute de données suffisantes, les autres types de risques ne sont pas quantifiés : dysfonctionnements du système immunitaire, perturbation du système hormonal, altération du développement cérébral…

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Les étagères de mon bureau contiennent des piles et des piles de rapports publiés documentant la présence de produits chimiques environnementaux dans le lait maternel. Tous ensemble, ils remplissaient quelques grandes valises. Mais les mères qui allaitent en entendent rarement parler.

Certains chercheurs, responsables de la santé publique et défenseurs de la lactation soutiennent pour leur défense que faire connaître le problème ne servirait qu’à effrayer les femmes de l’allaitement. Mais garder des secrets est rarement une bonne stratégie de santé publique, car comment allons-nous résoudre un problème dont nous ne reconnaissons pas l’existence ?

Je recherche des mots qui susciteront le courage au lieu de la peur, la conversation au lieu du silence. D’une part, nous avons l’altération chimique du lait maternel. De l’autre, le sacrement corporel entre la mère et l’enfant. Peut-on parler des deux dans le même souffle ? Peut-on regarder l’un sans se détourner de l’autre ?

La première est que, mis à part la migration vers le nord qui vient d’être décrite, les concentrations de dioxines et de PCB ont tendance à être les plus élevées dans le lait des femmes vivant dans les zones industrialisées. Plus la zone industrielle est polluée, plus le niveau de dioxines est élevé. Les concentrations de PCB sont les plus élevées dans les pays où ils ont été à la fois fabriqués et largement utilisés; sont plus bas là où ils ont été importés mais non fabriqués – comme l’Australie; et ne sont souvent pas détectables du tout dans le lait maternel des femmes vivant dans les pays en développement ruraux. En Europe, les niveaux les plus bas de PCB et de dioxines dans le lait maternel se trouvent en Hongrie et en Albanie.

Les analyses risques / bénéfices impliquent que tant qu’un danger (l’allaitement) est moindre qu’un autre (ne pas allaiter), nous devrions accepter le moindre danger – même si cela nécessite toujours de mettre nos enfants en danger. La dualité étroite de l’équation ne laisse aucune place à la proposition selon laquelle nourrir nos nourrissons avec des poisons industriels est inacceptable. Point final.

(Extrait de la déclaration de Wingspread, mis en avant par l’auteur) Réaffirmant la définition du Sommet de la Terre, nous avons été unanimes à penser que des mesures de précaution devraient être prises même si certaines relations de cause à effet ne sont pas encore pleinement établies scientifiquement. Les scientifiques du groupe, en particulier, savaient par expérience directe qu’il n’est jamais possible d’évaluer toutes les relations de cause à effet possibles. Les raisons sont multiples : il n’y a pas de populations indemnes d’expositions toxiques pouvant servir de groupes témoins ; mener des expériences contrôlées sur des êtres humains est inacceptable ; et les variables réelles sont infinies parce que certains individus sont plus sensibles que d’autres, parce que les produits chimiques exercent des effets multiples et parce que les produits chimiques interagissent de manière imprévisible avec d’autres produits chimiques. Plus important encore, l’idée de précaution reconnaît que la science, même à son meilleur, est fondamentalement un processus lent. Avant que la science ne puisse démontrer de manière concluante comment les citoyens de Minamata avaient été empoisonnés par le méthylmercure, deux générations d’enfants avaient subi des lésions cérébrales permanentes.

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Mon avis

Les “+” :

  • Une auteure emblématique, qui s’exprime sur un des thèmes clés du blog (la grossesse), donc un livre à lire.
  • J’aime bien son côté très pêchue, qui néanmoins évite l’écueil d’un militantisme lourd.
  • L’alternance entre analyse scientifique et anecdotes biographiques m’a semblé donner une bonne dynamique à l’œuvre.

Les “-“ :

  • Une auteure de référence non traduite en français à la date de rédaction de cette chronique (2020…).
  • Des situations, des substances autorisées et des chiffres assez spécifiques aux Etats-Unis, dont la réglementation sur les produits chimiques est moins exigeante que la réglementation européenne.
  • Après un diagnostic choc, j’imagine que la plupart des lecteurs aimerait des recommandations pratiques. Le livre en contient très peu.

Par la suite, Sandra Steingraber a écrit un livre sur les premières années de son deuxième enfant, dont la chronique se trouve ici : Elever et protéger un enfant en temps de crise environnementale, avec Sandra Steingraber (1/4)

Photo par Quinn Dombrowski

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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