Les polluants issus des encens et des bougies parfumées sont-ils préoccupants pour les enfants ?

L’encens plus nocif encore que le périphérique parisien pour votre santé ? – Parisien.fr, 2017

La situation n’a guère évolué depuis plus d’une décennie d’alertes. – Que Choisir, 2017

 

Bonjour à tous !encens bougies polluants enfants 2

En septembre dernier, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) a publié un rapport intitulé « Exposition aux polluants émis par les bougies et les encens dans les environnements intérieurs – Emissions et risques sanitaires associés (projet EBENE) » [1]. Ce rapport présente une étude menée dans le cadre du Plan d’actions sur la Qualité de l’Air Intérieur (PQAI). Une des actions du PQAI demande notamment de « travailler sur l’information et l’étiquetage pour certains produits de consommation les plus émetteurs en polluants volatils (tels que les produits désodorisants […] (encens, bougies et autres masquants d’odeur)) » [2]

 

A la suite de premiers travaux sur les encens, cette étude comprend une évaluation des risques sanitaires. Cette évaluation a pu s’appuyer sur :

  • des mesures d’émissions d’encens et de bougies parfumées réalisées en conditions réelles, dans la maison expérimentale du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) [3]. Ces mesures ont été effectuées pour plusieurs substances dangereuses, identifiées comme prioritaires dans la littérature scientifique.
  • un sondage national sur les usages domestiques d’encens et de bougies parfumées, réalisé par TNS Sofres en 2014 [1] ;

Sur la base de ce sondage, plusieurs scénarios d’exposition ont été élaborés, pour caractériser des utilisations plus ou moins à risque : temps et fréquence d’utilisation, nombre d’encens ou de bougies parfumées utilisés simultanément, pratiques d’aération, etc. Puis des méthodes classiques d’évaluation des risques ont été mises en oeuvre.

Voici les principales conclusions du rapport :

  • Concernant les risques chroniques, c’est-à-dire ceux liés à une utilisation de routine : les résultats obtenus « suggèrent un besoin de diminuer les expositions »
  • Concernant les risques liés à des expositions de courte durée, c’est-à-dire ceux liés à une unique utilisation : les résultats obtenus « montrent un besoin de diminuer les émissions liées aux encens les plus émissifs » .

Les substances identifiées comme les plus préoccupantes sont le benzène et les particules fines. Les premiers effets observés incluent des irritations respiratoires, des irritations oculaires, des maux de tête et des nausées. D’autre part, le benzène est classé
cancérigène (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

 

encens bougies polluants enfants

 

Globalement, sur la base de données robustes, ces travaux confirment les résultats de nombreux travaux précédents [1, 4, 5, 6, 7] et les alertes régulières lancées par des associations de consommateurs [8, 9]. Les principales nouveautés apportées par ces travaux sont les suivantes :

  • les risques sanitaires des encens sont plus élevés que ceux des bougies parfumées. Néanmoins, les bougies parfumées émettent plus de particules ultrafines que les encens. Les effets de ces particules sont aujourd’hui imparfaitement compris ; des études montrent qu’elles sont capables de pénétrer jusqu’au plus profond des poumons, puis de passer dans la circulation sanguine, pouvant ainsi atteindre toutes les zones du corps ;
  • certains parfums pourraient comprendre des perturbateurs endocriniens (phtalates, fragrances…), dont les effets sont particulièrement préoccupants pour certaines périodes appelées « fenêtres de vulnérabilité » : période fœtale, premières années de vie…

 

Concernant les utilisations recommandées, le rapport présente plusieurs bonnes pratiques :

  • « Privilégier l’utilisation des désodorisants combustibles dans des pièces de grand volume et bien ventilées ;
  • Éviter l’inhalation directe de fumée ;
  • Aérer la pièce après l’utilisation, par une ouverture sur l’extérieur, pendant au moins dix minutes, été comme hiver ;
  • Privilégier un usage modéré, surtout en présence de personnes dont le système respiratoire est plus sensible (jeunes enfants, asthmatiques, etc.) : éviter de brûler plusieurs encens simultanément, limiter la fréquence d’utilisation, etc. 
  • Privilégier les conditionnements présentant le moins de matière. Par exemple, privilégier un bâtonnet fin à un cône ou à des morceaux de résine.« 

Ces recommandations sont cohérentes avec la stratégie recommandée par les pouvoirs publics [10] pour préserver la qualité de l’air intérieur. Cette stratégie se décline en trois actions phares :

  • aérer tous les jours, au moins 10 minutes, chaque pièce de la maison, été comme hiver ;
  • s’assurer que la ventilation des pièces est efficace ;
  • éliminer ou réduire les sources d’émissions de substances préoccupantes.

 

encens bougies polluants enfants 3

 

Je comprends qu’utiliser des encens ou des bougies parfumées puisse procurer des sensations agréables ou être utile pour cacher de mauvaises odeurs. cela dit, je n’ai pas trouvé de démonstration convaincante concernant la « neutralisation » des odeurs ou la « purification » de l’air intérieur. Au regard des risques décrits ci-dessus, les bénéfices ma paraissent limités et subjectifs : dans une logique de prudence, je vous invite à éviter d’utiliser des encens et des bougies parfumées en présence d’enfants, parce qu’ils sont plus vulnérables et que leur quotidien les expose déjà à de nombreuses pollutions environnementales.

 

A l’occasion d’un colloque sur la qualité de l’air intérieur, j’ai pu rencontrer un des membres du CSTB qui a participé à l’étude. Selon lui, « rentrer dans une pièce où un encens a été utilisé, c’est un peu comme rentrer dans une pièce où une cigarette a été fumée« .  A mon sens, cette conclusion résume assez bien les résultats de cette évaluation des risques.

 

Connaissiez-vous les risques associés aux encens et aux bougies parfumées ? Cette étude a été diffusée dans de nombreux médias (LCI, JT 13h France 2, Figaro, Parisien…). Peut-être que vous avez eu l’occasion d’en entendre parler et que vous avez fait évoluer vos pratiques : dites-le moi dans les commentaires !

Photos par Shandi-lee Cox, A.J. et Torley

Références :

  1. Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Rapport Exposition aux polluants émis par les bougies et les encens dans les environnements intérieurs – Emissions et risques sanitaires associés (projet EBENE). CSTB, Université Aix-Marseille, INERIS. 2017. http://www.ademe.fr/ebene-exposition-polluants-emis-bougies-encens-environnements-interieurs (consulté le 28/12/2017)
  2. Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer (MEEM) – Ministère des Affaires sociales et de la Santé. Plan d’actions sur la Qualité de l’Air Intérieur (PQAI) – 2013 – http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Plan_Qualite_de_l_air_interieur_octobre_2013.pdf (consulté le 28/12/2017)
  3. Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB). Maison Automatisée pour des Recherches Innovantes sur l’Air (MARIA) – http://www.cstb.fr/plateformes-essais/qualite-sanitaire-des-environnements-interieurs/
  4. Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) – Grammont V. Données disponibles relatives aux émissions des produits de consommation courante dans l’environnement intérieur. Rapport INERIS réf. INERIS-DRC-09-104121-01494B, 2009.
  5. Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) – Larbre J. Deuxième rapport préliminaire en vue de l’étiquetage des produits de grande consommation Classement des bougies et des encens en fonction des émissions de composés organiques volatils et de particules dans l’air intérieur. Rapport INERIS réf. INERIS-DRC-11-115731-06669B, 2011.
  6. Steinemann A. Ten questions concerning air fresheners and indoor built environments. Building and Environment 2017 ; 111 : 279–284. http://dx.doi.org/10.1016/j.buildenv.2016.11.009
  7. Kim S et al. Characterization of air freshener emission: the potential health effects. J. Toxicol. Sci. 2015 ; 40(5) : 535-550.
  8. Que Choisir. Comparatif Encens et Papier d’arménie. 2015. https://www.quechoisir.org/comparatif-encens-et-papier-d-armenie-n893/
  9. Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC). Emissions of Chemicals by Air Fresheners, Tests on 74 Consumer Products sold in Europe. 2005
  10. Institut national de prévention et d’éducation à la santé (INPES – aujourd’hui Santé publique France), Ministère en charge du développement durable et Ministère en charge de la santé. Guide de la pollution de l’air intérieur. 2009.  http://inpes.santepubliquefrance.fr/30000/images/0904_air_interieur/Guide.pdf (Consulté le 29/12/2017)
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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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