Les médicaments sont-ils sous influence de logiques financières ?

Qu’il y ait conflit d’intérêt, ça ne relève pas des compétences de l’Agence de le dire. – Dominique Martin, l’actuel directeur de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM)

Le médecin du futur ne donnera pas de médicaments ; il formera ses patients à prendre soin de leur corps, à la nutrition et aux causes et à la prévention des maladies. – Thomas Edison

 

Chronique du documentaire « Médicaments sous influence »

médicaments influence sante enfants

De Romain Icard , diffusé sur France 5 en 2015

Ce documentaire porte sur l’influence des logiques financières sur le processus d’autorisation des médicaments.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du documentaire, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Le chiffre d’affaires lié à un médicament peut atteindre plusieurs milliards d’euros. Un tel chiffre d’affaires est associé à un contexte de forte concurrence, où les laboratoires pharmaceutiques utilisent différents outils et stratégies pour gagner un maximum de parts de marchés.
  • En France, l’Agence du médicament délivre les autorisations de mise sur le marché des médicaments. Certains des experts cette agence présentent des liens d’intérêt avec des laboratoires pharmaceutiques privés. Pour l’autorisation de certains médicaments, ces liens n’ont pas été déclarés, alors même que des experts avaient participé au montage du dossier de demande d’autorisation.
  • En France, il n’existe aucune loi qui impose à un industriel de déclarer que le médecin qui examine le dossier d’un de ses médicaments est en conflit d’intérêt.
  • Les médicaments sont susceptibles de présenter des effets secondaires graves, alors qu’ils peuvent être consommés par un grand nombre de personnes : le processus d’autorisation doit donc être absolument rigoureux et impartial.
  • En France, de 15 à 20 000 morts par an seraient liées à la prise de médicaments. Symboliquement, cela correspond au crash d’un ou deux avions de ligne par semaine.
  • Pour augmenter les chances d’obtenir des autorisations de mise sur le marché, certains laboratoires pharmaceutiques sont accusés d’avoir utilisé des stratégies très contestables : négliger certains effets secondaires identifiés, réaliser des études cliniques uniquement sur de courtes périodes ou sur des profils de malades permettant de diminuer l’identification d’effets secondaires, proposer des offres financières attractives à des chercheurs peinant à trouver des fonds publics, discréditer et/ou intimider les chercheurs obtenant des résultats contradictoires, mener d’intenses campagnes de marketing, mettre en place un réseau de lobbying de grande échelle, financer les campagnes d’homme politique pouvant influencer ou définir des politiques de santé, intégrer des scientifiques collaborateurs au sein des panels d’experts qui décident des autorisations de mise sur le marché, etc.
  • Dans la célèbre affaire du Vioxx, des journalistes d’investigation ont pu obtenir des emails internes au Groupe Merk, traçant que l’identification de certains effets secondaires a été délibérément non communiquée. Ces effets secondaires ont causé des morts par la suite, au sein des populations traitées.
  • Suite au scandale sanitaire et au retrait du Vioxx au Etats-Unis, ce médicament a également été retiré du marché français. Ce retrait s’est effectué sans couverture médiatique, sans information du public et sans commission pour analyser les dysfonctionnements qui ont permis son autorisation. Aux États-Unis, environ 20 millions de personnes ont été traités avec ce médicament, ce qui a engendré entre 20 et 40 000 morts. En France, environ 2 millions de Français ont pris ce médicament ; le nombre de victimes potentielles n’est pas connu.

 

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

[Un ancien cadre dirigeant de Merk] En ce qui concerne l’industrie pharmaceutique et les médicaments, j’ai fait ce que j’avais à faire parce qu’à la fin il y a des patients, des gens qui souffrent, des gens qui peuvent avoir des effets secondaires redoutables avec vos médicaments ou ne pas être soignés par vos médicaments. C’est absolument impossible à encaisser, vous ne pouvez pas prendre ça sur vos épaules.

[Un cadre dirigeant de Merk, à la tribune d’une conférence] Oui, notre business est régit par les mêmes règles de rentabilité que les autres business. Oui, notre business utilise les techniques du marketing comme les autres business.

La machine s’est emballée quelque part, et il n’y a plus moyen de l’arrêter.

[Directeur général de Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM)]  Il est possible qu’il y ait eu dans cette situation des liens d’intérêt qui n’aient pas été appréciés à leur juste niveau. […] Assurer la sécurité passe par le respect des règles de déontologie, ça c’est clair. L’agence n’est pas un gendarme général des problématiques de déontologie dans l’environnement du médicament. Nous n’avons ni la compétence, ni la mission.

Il y a eu information, désinformation, surinformation. Et face à ça, la communauté médicale a eu des modes de réponse extrêmement variable.

Evidemment il y a toujours un côté sombre aux médicaments, c’est-à-dire des risques inévitables. Et évidemment, quand il y a des millions de gens qui en prennent en permanence…[…] On parle très peu de ces choses là, et j’ai l’impression que cela arrange un peu tout le monde.

Pour montrer un effet indésirable qui arrive à 1 patient sur 1000, il faut tester le médicament sur 50 000 personnes. Y-a-t-il une seule compagnie qui fasse ça ? Non. Le vrai cobaye, c’est vous, c’est moi, ce sont nos femmes et nos enfants.

On a fait pression sur moi pour que je change mes conclusions. Le directeur de la FDA [Food and Drug Administration, Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux] m’a demandé de ne pas présenté mes résultats.

[Le Directeur Générale de la santé publique en Espagne, entre 2008 et 2011] Il était clair que dès les premiers jours les intérêts particuliers influençaient les décisions. […] Qui décide de l’agenda scientifique ? Les entreprises pharmaceutiques. Quand je suis arrivé au ministère, c’est ce que j’ai constaté. […] Des personnes que je connais personnellement ont reçu des pressions directes pour changer leur opinion en faveur de l’industrie pharmaceutique. Je l’ai vu directement.

Merck a commencé un marketing très agressif. Ils ont fait des déclarations du genre « Votre fille sera une victime de moins grâce au vaccin ». Je leur ai donc dit que ce n’était pas un message approprié. Ils m’ont répondu « la peur fait vendre ; si les mères ont peur de la maladie, elles vaccineront leurs filles. C’est notre business, ce n’est pas le vôtre. » Il était devenu évident à mes yeux que Merck s’éloignait de son devoir de santé publique.

Je ne fais pas partie des gens qui disent « l’industrie pharmaceutique, c’est honteux ». Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Il ne faut pas oublier que l’industrie pharmaceutique a produit des médicaments absolument géniaux. Ce qui pose problème, c’est que certains industriels utilisent les passoires et les mailles du filet trop large du système de l’approbation du médicament, pour passer en force et se faire effectivement de l’argent au détriment de la santé publique.

 

Mon avis

Les « + » :

  • une présentation claire des enjeux liés à la fabrication de médicaments par de grandes entreprises privées, répondant à des objectifs de développement continu de chiffre d’affaires ;
  • un description des rouages internes des laboratoires par un ancien cadre dirigeant ;
  • une indication de l’importance de la prise de recul et du regard critique de chaque médecin, par rapport aux informations qui lui sont communiquées. Selon moi, cela invite à choisir avec grand soin le médecin qui accompagne notre famille, à discuter avec lui, à comprendre sa logique de fonctionnement, à s’assurer qu’il consacre du temps à maintenir à jour ses connaissances, à questionner sa propension à intervenir et avec quels types de moyens, etc.

Les « – » :

  • Le documentaire se base fortement sur le témoignage du « repenti » Dr Bernard Dalbergue, ex-responsable des affaires médicales du groupe Merck, licencié pour faute grave. Cela reste un témoignage unique « de l’intérieur », probablement teinté d’un certain degré d’amertume envers ses anciens employeurs : le documentaire aurait gagné à questionner sa robustesse, à challenger le témoin, voire à le confronter à un contradicteur.

Photo par Philippe

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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