Le lien gènes / environnement, selon Gilles-Éric Séralini (3/3)

Nous devons chercher à comprendre les propriétés émergentes et irréductibles provenant de l’inextricable interpénétration des gènes et de l’environnement. – Stephen Jay Gould

Un programme biologique est un programme qui a besoin des produits de sa lecture et de son exécution pour pouvoir être lu et exécuté. – Henri Atlan

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Chronique du livre « Génétiquement incorrect »

de Gilles-Éric Séralini, 325 pages, publié en 2003

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Gilles-Eric Séralini est chercheur et professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen. Il est co-fondateur du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) et auteur de plusieurs ouvrages de santé environnementale à l’attention du grand public. Gilles-Eric Séralini est un des lanceurs d’alerte les plus controversés en France.

Ce livre porte sur le fonctionnement du génome, et sur comment ce fonctionnement peut-être perturbé par des pollutions environnementales.

La chronique de ce livre fait l’objet d’une série de trois articles. Cet article est le troisième de la série. Le premier article se trouve ici : Le lien gènes / environnement, selon Gilles-Éric Séralini (1/3)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Le corps humain présente des systèmes de détoxification, incluant plusieurs phases d’actions. La première phase consiste à casser les liaisons des molécules polluantes, afin qu’elles deviennent plus solubles, et donc plus facilement transportées dans le sang puis éliminés dans les urines. Ces réactions dites « d’activation métabolique » se produisent notamment dans le foie.
  • Lorsque la sollicitation du foie dépasse sa capacité de détoxification, certains polluants peuvent ne pas être éliminés et donc rester dans le corps. Certains pénètrent jusque dans le noyau de la cellule et se fixent sur l’ADN. Ces « adduits » peuvent alors y rester pendant des années et perturber l’activité des gènes.
  • Concernant l’évaluation des risques liés aux organismes génétiquement modifiés (OGM), aucun test approfondi sur des rats ne dure plus de quelques mois. Cette période réduite limite la portée de ces tests, et donc leur caractère protecteur pour un consommateur qui mangerait des OGM tout au long de sa vie.
  • Quasiment tous les OGM sont des plantes qui contiennent des pesticides, en elles-mêmes. Or les pesticides sont connus pour leurs effets toxiques se manifestant à long terme, que les tests de laboratoire actuels couvrent imparfaitement.

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Génétiquement incorrect Séralini 3

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Les collectes pour le génome ne résoudront pas ces problèmes, même si les travaux ainsi financés sont passionnants et même si des médicaments de soulagement pourraient en résulter.

De manière parallèle, des soins palliatifs ne dispensent pas de concevoir une prévention sérieuse et aboutie. Et la prévention elle-même ne se résume pas à une détection précoce : elle doit être envisagée comme une barrière aux agressions génétiques. […] il ne s’agit pas de dire que les maladies génétiques ne le sont pas, mais qu’il faut chercher en amont, et sans doute souvent dans l’environnement, les causes profondes de leur apparition.

La vaste majorité des scientifiques n’a pas accès aux dossiers confidentiels des OGM commercialisés.

Les maïs Bt ou les cotons Bt produisent des insecticides de natures chimiques nouvelles par rapport aux bactéries dont ils sont issus. Ces insecticides n’ont jamais été testés correctement sur des cellules humaines pour les dossiers d’homologation.

[Concernant] les risques liés aux séquences de virus présentes dans la vaste majorité des OGM actuels, […] ils ont fait l’objet d’encore moins d’études et de questionnements. On a pris simplement l’habitude d’affirmer à la légère que ces séquences d’ADN de virus ne devaient pas favoriser des recombinaisons génétiques, ni des régulations bizarres, ou des interactions avec d’autres virus. Alors qu’elles le font. Mais qui a vu les protocoles d’expérimentation prouvant le contraire ?

Lorsque le commissaire européen affirme qu’il n’a vu aucune expérience permettant de dire qu’il existe un risque sanitaire avec les OGM, il ne se trompe pas. Mais il n’y a guère d’expériences significatives non plus pour dire qu’il n’en existe pas.

Devant le Conseil d’État et la Cour de justice européenne, la distinction fut subtile : le maïs avait été modifié pour fabriquer un insecticide, mais n’était pas un insecticide lui-même, dirent les défenseurs des OGM, car une plante est une plante. Du coup, elle échappe aux tests de toxicité habituels pour les produits phytosanitaires ou les médicaments. Subtilité linguistique ou juridique ? Pourtant, les insecticides d’une famille voisine isolés de la même bactérie font éclater les globules rouges et tuent des cellules humaines.

Les produits de l’agriculture biologique contiennent moins de résidus des pesticides utilisés pour la culture, en raison seulement de la pollution liée à l’environnement, qui n’est pas de son fait et que nous respirons tout aussi bien dans l’air ambiant. Le zéro pesticide s’avère impossible dans notre monde, mais toute réduction est bonne à prendre, et notre système de détoxification n’en travaillera que mieux.

On observe souvent un décalage saisissant entre la réalité du savoir (nos élaborations de notions restent bien fragiles face à l’étonnante complexité de la vie) et ce qui est parfois affirmé publiquement par certains groupements scientifiques ou économiques, et repris par des politiques à seule fin d’exploiter la crédulité et la générosité populaires, en agitant les hochets des miracles. Évoquons par exemple les promesses de lutte contre la sécheresse grâce aux OGM, ou l’annonce de la découverte des gènes des maladies rares, et encore les avancées fumeuses sur les clonages humains.

Mais encore faut-il savoir s’imposer un délai entre les découvertes et leurs applications pratiques, afin d’évaluer sans contrainte les véritables progrès et les risques. Il faudra peut-être inventer des espaces de liberté publique permettant que les applications de la recherche en biologie ne se décident pas toujours sans consultation des citoyens.

La précaution est le véritable moteur du progrès. Il ne s’agit pas de tout arrêter mais d’assurer une progression intelligente. Le principe de précaution permet de repenser l’économie, la croissance et le commerce en fonction des intérêts supérieurs de la santé et de l’environnement.

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Mon avis

Les « + » :

  • Un classique d’un auteur connu et controversé : à lire.
  • Un livre riche, traitant de nombreux sujets. Les différentes analyses de l’auteur sont articulées entre elles et présentées en un tout cohérent.
  • Un discours humble sur la capacité de connaissance scientifique, face à un réel dont la complexité nous dépasse… et nous émerveille ;
  • Une alerte quant à la tendance à une forte spécialisation des scientifiques dans un domaine spécifique ; cette tendance peut diminuer la capacité à intégrer les savoirs issus d’autres domaines.

Les « – » :

  • Je ressors de ce livre avec l’impression que l’auteur est « une personne qui sait », qui a beaucoup d’avis très affirmatifs sur beaucoup de sujets, et chez moi ce type de positionnement est assez suspect a priori, ou pour le moins « suspect au regard de la complexité des sujets traités ». Il est possible que cette impression soit influencée par ma connaissance des controverses et des réfutations dont l’auteur a fait l’objet après 2012. Cela ne m’empêche pas d’être d’accord avec plusieurs de ses points de vue, à ce stade de mes réflexions.
  • Le ton général du livre, que j’ai trouvé assez provocateur et « donneur de leçons », me semble desservir son contenu, réduire son influence potentielle.

Photo par Antoine.Couturier

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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