Le lien gènes / environnement, selon Gilles-Éric Séralini (2/3)

Rappelons-nous ce fait élémentaire que le développement de l’embryon ne dépend pas seulement de ses gènes mais de la façon dont ses cellules se déploient dans l’environnement alentour. – Edward Osborne Wilson

Dans l’espèce humaine, en altérant les mécanismes épigénétiques, l’alimentation de la future mère en période de grossesse, et ultérieurement celle des enfants, pourrait donc être la cause de certaines affections et maladies. – Pr Dominique Belpomme

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Chronique du livre « Génétiquement incorrect »

de Gilles-Éric Séralini, 325 pages, publié en 2003

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Gilles-Eric Séralini est chercheur et professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen. Il est co-fondateur du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) et auteur de plusieurs ouvrages de santé environnementale à l’attention du grand public. Gilles-Eric Séralini est un des lanceurs d’alerte les plus controversés en France.

Ce livre porte sur le fonctionnement du génome, et sur comment ce fonctionnement peut-être perturbé par des pollutions environnementales.

La chronique de ce livre fait l’objet d’une série de trois articles. Cet article est le deuxième de la série. Le premier article se trouve ici : Le lien gènes / environnement, selon Gilles-Éric Séralini (1/3)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • L’histoire des sciences inclut de nombreux exemples de gènes ou de protéines dont les fonctions s’avèrent autres que celles initialement attribuées. Croire qu’on a compris l’ensemble du rôle d’un gène est présomptueux.
  • L’expression d’un gène dépend d’autres molécules qui lui sont associées. Ces molécules, dites « épigénétiques » et dont un exemple célèbre est le groupe méthyl, font que certains gènes sont exprimés à certains endroits du corps et non-exprimés à d’autres endroits.
  • L’environnement d’un gène peut faire varier son état chimique et physique, et cette sorte d’écologie commence avec l’environnement cellulaire.
  • L’environnement peut être considéré comme un filtre de toutes les possibilités d’actions associées à un gène.
  • Plutôt qu’une image du gène comme bouton interrupteur, éteint ou allumé, mieux vaut avoir l’image d’un commutateur avec une infinité de variations possibles, incluant de potentiels effets antagonistes ; une sorte de modulateur de l’action prévue.
  • Les polluants environnementaux peuvent adhérer aux gènes – on parle d’« adduits » – et ainsi provoquer des cassures et des mutations.
  • L’ensemble du vivant est étroitement inter-relié. Personne ne pourrait survivre longtemps de manière isolée : l’évolution est une co-évolution.
  • L’environnement, incluant les pollutions qui s’y trouvent, peut inscrire des dérèglements dans les gènes, de façon durable, et parfois dès la vie embryonnaire.
  • De petites doses de polluants, cumulées sur de longues périodes, peuvent produire des effets sanitaires significatifs.
  • L’exposition pendant la vie fœtale est un moment de grande vulnérabilité aux polluants environnementaux, car tous les gènes primordiaux pour la croissance cellulaire y sont très exposés.

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Génétiquement incorrect Séralini 2

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Le Centre international de recherche sur le cancer de Lyon a admis lui-même, dès les années 1980, que 80 % des cancers ont des causes environnementales, et il a évoqué les agents chimiques, physiques (radiations) et microbiens (essentiellement viraux). Les agents chimiques et physiques sont majoritaires puisque sur ces 80 %, seuls 15 % environ sont liés à des agents infectieux d’origine microbienne.

Il y a tant de gènes impliqués à des degrés très divers qu’il est probable qu’on ne pourra jamais vraiment élucider complètement la question des prédispositions génétiques.

Nos pollutions chimiques n’ont pas fini de nous faire du mal. On classe les polluants en fonction de leur nuisance sur l’environnement, et ces caractéristiques ont des progressions de plus en plus rapides : il faut compter avec leur persistance, mais aussi leur accumulation biologique (ou bioaccumulation), leur toxicité, et leur capacité à se transporter loin, par les nuages. On parle de l’effet « sauterelle » des pesticides sur le globe dû à des cycles de condensation et d’évaporation de l’eau, de continent en continent.

La qualité de l’alimentation joue un grand rôle dans la prévention des cancers, et inversement, son altération, liée à la dégradation de l’environnement, inscrit plus ou moins ses effets néfastes dans les gènes : ces « cicatrices », ou mutations, peuvent être transmises à l’embryon et à la descendance sur plusieurs générations quand elles atteignent les cellules sexuelles des parents.

La mesure de la fertilité sera un bon indicateur de l’état général des gènes ou de la pollution de l’environnement. De nombreuses substances toxiques ont des effets de perturbateurs hormonaux, estrogéniques en particulier, et elles agiront sur la différenciation sexuelle ou la capacité normale de reproduction.

Si l’action, sur les hormones, d’environ 500 produits chimiques nouveaux sur 100 000 est étudiée aujourd’hui de façon plus détaillée, ce n’est évidemment pas suffisant, d’autant que ces analyses ne sont pas assez complètes. […] Une exposition à ces produits pendant le développement de l’organisme peut provoquer des séquelles permanentes, irréversibles, notamment sur le système génital et la reproduction chez l’adulte.

Certaines molécules peuvent s’accumuler des millions de fois dans l’organisme, ou encore additionner leurs conséquences avec le temps, comme dans le cas des adduits. Leurs effets à long terme, combinés ou multiplicatifs, sont aussi trop souvent négligés par les instances de surveillance nationales et internationales.

Si nous attendons que les scientifiques soient tous d’accord, il est probable que l’espèce humaine aura disparu avant, car la Terre n’est pas une éprouvette facilement paramétrable. De plus, le savant contemporain est devenu un spécialiste très pointu, ce qui l’empêche souvent d’accéder à un raisonnement global qui croiserait les indices venus de multiples disciplines.

Les gènes cruciaux sont les gènes utiles, les gènes utiles sont des gènes utilisés, et les gènes utilisés sont les plus disponibles, les plus débobinés, les plus offerts aux divers éléments pénétrant la cellule, que ces derniers soient des régulateurs normaux ou des attaquants pervers.

On peut pronostiquer une évolution génétique à partir de quelques mutations à des endroits clés. Au-delà, le système s’obscurcit car il n’est pas régulier et dépend de l’environnement, par définition variable. Prédire relève alors d’une démarche non scientifique ; au contraire, exposer les limites de la connaissance est une composante nécessaire à la description honnête du système, et non un aveu d’imprécision. Prédire en génétique, comme en météorologie, n’est donc possible qu’à court terme, lorsque la situation est simple.

Nos fanfares et collectes sur la voie publique n’abordent jamais le problème tel que nous le posons ici. Elles laissent supposer que toutes les perturbations génétiques sont le résultat du seul hasard ou de l’hérédité. Nous avons vu qu’il n’en est rien. En revanche, les pollutions mutagènes liées à la vie industrielle empoisonnent à chaque instant notre atmosphère, notre eau, notre terre, et donc nos aliments. Elles se retrouvent dans tout ce qui pénètre dans notre corps.

On peut les suivre à la trace dans le corps des bébés. Les embryons, qui développent leur organisme entier en quelques semaines, sont à cause de nous devenus des éponges à environnement souillé. Radiations et polluants chimiques font progressivement le lit aux déficiences immunitaires, aux fragilités face aux virus et aux infections microbiennes. […] Il est plus que probable que ces facteurs mutagènes, séquelles de conceptions économiquement dépassées qui ne prennent pas en compte l’environnement, soient en partie responsables des maladies génétiques.

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La fin de cette chronique se trouve ici : Le lien gènes / environnement, selon Gilles-Éric Séralini (3/3)

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Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Glen Scott

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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